15 nov. 2009

Activité 2nde : L’étude des personnages d’un roman avec une carte heuristique

 
par Françoise Cahen, professeur au lycée Maximilien Perret d’Alfortville
 
Un exemple en classe de seconde, dans le cadre de l’étude du roman Une saison blanche et sèche d’André Brink
 
Quand ils arrivent au lycée, bien souvent les élèves de seconde ne savent pas comment mener des recherches dans un livre sur un thème donné, de façon à la fois autonome et méthodique. C’est pourquoi j’ai organisé en début d’année des exposés à conduire en groupes sur une œuvre intégrale, le roman d’André Brink Une saison blanche et sèche. Le thème des personnages s’est imposé, car ceux-ci sont assez nombreux, et j’ai pensé qu’étudier toutes les facettes d’un personnage permettrait aux élèves de se préparer efficacement à l’objet d’étude de première : « le roman et ses personnages », tout en leur permettant de parcourir le roman à la recherche d’éléments divers.

Déroulement de la séquence

Première séance : comment étudier un personnage ?

Nous avons d’abord essayé de répondre à la question générale ensemble, et nous avons constitué un premier schéma heuristique de base qui rassemblait tous les angles d’analyse que nous avions trouvés : à la fois le portrait physique et moral du personnage, les éléments de base du schéma narratif et du schéma actantiel.
 
étude du personnage
 
J’ai complété cette première approche par un diaporama qui présentait de façon plus théorique l’analyse des personnages.
Le diaporama est visible à la fin de l’article.
 
Nous avons ensuite constitué des groupes de travail de trois ou quatre élèves, en attribuant à chacun un personnage du roman à étudier. Une fiche de suivi permettait de cadrer l’organisation du travail préparatoire de l’exposé. Les élèves devaient se partager le nombre de pages à parcourir pour l’étude du roman : certains personnages apparaissant ou disparaissant en cours de route, il fallait d’abord délimiter la sphère de leurs apparitions avant de calculer pour chacun le nombre de pages à revoir. J’avais pris soin de constituer des groupes plus fournis pour les personnages les plus importants, notamment le héros, Ben Du Toit. Chacun devait pour la séance suivante noter au brouillon tous les éléments susceptibles de compléter la carte heuristique commune dont nous avions trouvé la trame ensemble en l’adaptant à son personnage, et en se partageant le travail dans le groupe.

Deuxième séance : mise en commun des recherches

Une fiche guidait les élèves dans l’organisation de leur exposé, facilité par le fait que tout le monde suivait le schéma de la carte heuristique, qui leur fournissait finalement un plan unique. En effet, les élèves réutilisaient le modèle établi avec toute la classe durant la première séance. Cette fiche me permettait aussi d’évaluer le travail du groupe et son organisation, grâce à quelques questions.
  • Quelles rubriques de la carte heuristique sont les plus faciles à remplir ?
  • Lesquelles sont les plus difficiles ? Pourquoi ?
  • Pour l’exposé, comment vous partagerez-vous la parole vendredi ?
  • Le travail en commun dans le groupe vous a-t-il posé des difficultés ? Lesquelles ? Pourquoi ?
Le travail fut bien sûr inégal selon les groupes. J’ai pris soin de repérer et de rappeler à l’ordre ceux pour lesquels un ou deux élèves semblaient prendre en charge tout le travail alors que les autres suivaient passivement. J’ai remarqué aussi que bien peu avaient pris soin de noter le numéro des pages où ils avaient trouvé leurs renseignements, alors que je leur avais demandé. Chaque groupe parvenait tout de même à faire un schéma de la carte heuristique au brouillon, avant de venir la taper sur les ordinateurs. Ceux qui n’avaient pas tout à fait fini ont téléchargé chez eux le logiciel « Freemind », et m’ont rapporté leur schéma sur une clé USB à la séance suivante.
Le travail des élèves est visible à la fin de l’article en pdf.

Troisième séance : les exposés

J’avais mis en place un vidéoprojecteur pour que les élèves puissent se servir de la carte heuristique comme support visuel afin de soutenir leur exposé, ce qui les aidait d’ailleurs à ne pas lire passivement leurs notes. Comme ils étaient en groupe, l’un pouvait manipuler la souris et déplier la carte heuristique au fur et à mesure, tandis que l’autre la regardait et parlait à la classe. L’équipement technique qui appuyait les exposés donnait finalement à ceux-ci un aspect plus solennel qui a aidé les élèves à prendre l’exercice plus au sérieux. J’avais par ailleurs préparé un tableau d’évaluation des exposés, en essayant de prendre en compte non seulement le résultat final, mais aussi la qualité du travail dans l’ensemble du groupe.

Bilan

Il me reste de ce travail une impression très positive. Freemind a permis aux élèves de début de seconde, qui ont toujours du mal à organiser leur pensée, d’architecturer sans peine leur réflexion. Ils ont eu la satisfaction de voir le résultat final de leur travail matérialisé sous une forme joliment aboutie, impressionnés eux-mêmes par ce dispositif. Et surtout, il me semble que la vidéoprojection de la carte heuristique s’est révélé être un appui très appréciable pour la pratique de l’oral face au groupe classe : les regards de celui qui parle vont alors naturellement du tableau aux élèves, ils ne restent pas fixés sur une petite feuille.
 
Nous avons ensuite pu exploiter ce travail sur les personnages dans le devoir d’évaluation finale de la séquence, qui constituait un entraînement à la dissertation. La question posée était celle-ci : « Ben Du Toit est-il un héros ou un anti-héros ? » Et les élèves pouvaient reprendre des arguments et des exemples figurant dans la carte heuristique. On pourrait imaginer que celle-ci puisse aussi servir de support à un devoir d’invention consistant à faire le portrait d’un personnage. Finalement, je recommencerai bien volontiers cette expérience de travail avec les cartes heuristiques, en l’adaptant à d’autres sujets, et peut-être à d’autres niveaux.