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Séquence 4e : "Le Dragon", de Ray Bradbury

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

Objectif :

Revoir en début d’année certaines notions fondamentales (narrateur, personnage, champ lexical ; le temps dans le récit ; les temps dans le récit) et évaluer les acquis des élèves, leurs hésitations et leurs lacunes à partir de l’étude de la nouvelle de R. Bradbury Le Dragon (1948), (in Un Remède à la mélancolie, éd. Denoël, collection Présence du Futur)

par Céline Dunoyer , professeur au collège E.Carrière de Gournay-sur-Marne (93)

Cette séquence permet aussi d’établir une relation agréable entre l’enseignant et les élèves.
On pourra, grâce au texte de Bradbury, montrer aux élèves qu’ils savent déjà certaines choses qui leur sont utiles mais qu’il y a encore des choses intéressantes à découvrir et à apprendre en cours de Français. L’effet de surprise joue ici un rôle non négligeable. La classe est à la fois dans le plaisir de la lecture et dans l’étude (révision et découverte) d’éléments importants du fonctionnement des textes aussi bien en lecture qu’en écriture.

|Déroulement de la séquence | Productions d’élèves | Réflexions faites... | A vos plumes ! |

Déroulement de la séquence

Séance 1 : découverte de la première partie du texte

Seule la première partie du texte (jusqu’à l’apparition du "dragon") est distribuée aux élèves.
Lecture, découverte du vocabulaire qui pose problème.
* Le narrateur est-il un personnage de l’histoire ? Partie de cours sur les trois types de narrateurs : personnage-auteur, personnage, extérieur.
* Questions sur les éléments fondamentaux du texte : qui sont les personnages ? pourquoi se trouvent-ils là ? que font-ils ? sur quel point ne sont-ils pas d’accord ?
* La notion de champ lexical : repérages dans le texte de différents champs lexicaux (désolation, feu, mort) puis définition. Exercice de classement selon la nature des mots relevés.

Séance 2 : repérage des éléments de temporalité dans le texte

* A quelle époque (au sens historique) l’histoire se déroule-t-elle ? Quels éléments du texte vous permettent de le savoir ? Partie de cours sur les différents éléments temporels à observer dans un texte (datation, durée, chronologie)
* Etude des temps employés dans ce texte (imparfait et passé simple) et essai de justification de l’emploi de ces temps : travail oral commun, mise "en vrac" au tableau, puis reformulation ordonnée par les élèves.

Séance 3 : outils de la langue : le temps

Révision commune des divers modes et temps en conjugaison (recherche dans le manuel) .
Observation du système temps simples/ temps composés.
Le système des temps dans le récit au passé. Conjugaison de l’imparfait et du passé simple de l’indicatif.

Séance 4 : exercices

Cette séance est consacrée à des exercices variés : repérage d’un champ lexical dans un texte, recherche de vocabulaire à partir d’un champ lexical défini, identification du temps des verbes, conjugaison (imparfait et passé simple), justification de l’emploi de l’imparfait et du passé simple.

Séance 5 : écrire une suite de texte

* Mise en forme commune des principes à respecter pour écrire une suite de texte.
* Enrichissement du vocabulaire : élaboration du champ lexical de la peur (classé).

Séance 6 : EVALUATION

Ecriture de la fin du texte.

Séance 7 : découverte de la fin du texte.

Oralement, les élèves cherchent dans la première partie des indices annonçant la fin du texte.
Réflexion sur la notion de point de vue.
Echange d’idées, de réactions sur le piège tendu par l’auteur au lecteur (découverte de la notion d’horizon d’attente). Essai d’explications sur le sens de ce texte.

 

Pour poursuivre

- Une séance 8 peut facilement être conduite : écriture d’un texte complet fonctionnant sur les mêmes principes que le texte de Ray Bradbury.

- J’ai personnellement profité de l’intérêt suscité par ce texte pour lire aux élèves un autre texte fonctionnant sur le principe de la surprise du lecteur. J’ai choisi "Coup de gigot" de Roald Dahl extrait de Bizarre ! Bizarre ! (Folio). De nombreux autres textes peuvent être ainsi lus.

- L’étude de ce texte peut permettre de passer ensuite à une séquence sur des textes de science-fiction (une oeuvre intégrale ou un groupement de textes)

- On pourra aussi étudier un (des) texte(s) marquant une nette différence avec ce premier texte étudié : textes écrits à la première personne par exemple ou textes au système du présent de l’indicatif.

Réflexions faites après ce travail

Ce texte nous a permis de travailler sur la prise de conscience de la façon dont chacun construit le sens du texte. La connaissance de certains codes fournit aux élèves les moyens de faire des hypothèses de lecture basées sur la cohérence. Cependant, ils ont découvert au cours de cette séquence que le sens d’un texte peut aussi venir de la rupture même de cette cohérence.
 

 Le travail effectué à partir du texte de Ray Bradbury s’est révélé une expérience très intéressante.
 J’ai en effet mené cette séquence avec deux classes de 4ème au profil assez différent : dans la première classe, la majorité des élèves avaient de solides bases et connaissaient déjà bien certains codes (notamment ceux du roman de chevalerie étudié en 5ème) ; dans la seconde, les bases étaient moins assurées, mais les élèves ne manquaient ni de dynamisme ni d’imagination.
 Ces deux groupes ont produit des travaux souvent fort différents : les élèves de la première classe ont montré qu’ils étaient, dans l’ensemble, capables de respecter la cohérence d’un texte et ont produit des textes en parfaite conformité avec le début qui leur avait été proposé. Dans l’autre classe en revanche, si la majorité des élèves se sont efforcés de rester cohérents avec le texte étudié, quelques-uns ont produit des textes plus originaux en introduisant des originalités. Ils se sont ainsi trouvés un peu plus proches du texte complet de Bradbury.

 Dans les deux classes, j’avais décidé de profiter des questions des élèves pendant le lancement du travail d’écriture pour orienter leur réflexion dans le sens de l’originalité, sans pour autant les déstabiliser. Rapidement, des élèves ont demandé s’ils avaient le droit "d’inventer leur dragon". J’ai demandé l’avis de l’ensemble de la classe à ce sujet et la réponse est venue d’elle-même : un dragon, cela n’existe pas, donc il est comme on le veut, comme on l’imagine. Cependant, j’ai rappelé aux élèves que le dragon avait déjà été évoqué dans le texte et qu’en conséquence le fruit de leur imagination devait simplement s’accorder avec ces évocations. Les élèves ont été invités à relire ces parties du texte. Ils étaient ainsi libres soit de respecter les codes du roman de chevalerie, soit de laisser leur imagination ouvrir des portes plus secrètes mais peut-être plus savoureuses...

 Aucun des travaux de ces élèves ne manque d’intérêt. 
 Les uns, faisant preuve de peu d’originalité, mais souvent bien écrits, soignés, rigoureux et répondant aux exigences développées dans la séance 5, ont prouvé que leurs auteurs savaient lire attentivement un texte pour repérer des éléments de cohérence et prolonger cette cohérence dans leur propre production. 
 Les plus originaux, en me surprenant davantage, m’ont donné beaucoup de plaisir à la lecture, même s’ils étaient souvent moins bien écrits, moins bien orthographiés, moins soignés que bien d’autres travaux. 

 Les élèves qui ont tenté de rompre la cohérence ne sont pourtant pas allés au bout de cette rupture : tous ont cherché une explication logique à cette rupture (rêve-cauchemar, tournage d’une séquence de film, histoire racontée à un enfant...). En effet, la nécessité de la cohérence du texte ne leur permettait pas de faire ce que Bradbury peut, lui, se permettre.

 La lecture de la fin du texte a beaucoup surpris les élèves, dont aucun n’avait finalement imaginé une telle fin (malgré les indices donnés par le texte). Cela nous a permis de réfléchir sur le sens que nous pouvions donner au texte, sur la construction de ce sens par les lecteurs, sur l’évolution de la construction de ce sens à travers les différentes hypothèses de lecture, sur ce qui permet à l’auteur de jouer avec le lecteur jusqu’au dernier moment.

A vos plumes ! Nous attendons vos réactions...

Si vous avez expérimenté cette séquence ou une séquence similaire, si vous avez des commentaires, des idées, des propositions, n’hésitez pas à nous écrire !
Il pourrait être intéressant de proposer ici une liste de textes courts fonctionnant sur ce principe de la surprise du lecteur. Si vous avez une idée, vous pouvez adresser des références directement au site, en les envoyant à l’attention de Céline Dunoyer : lettres@ac-creteil.fr

Merci de participer à l’enrichissement des séquences !


 

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