Lettres
&
Langues et culture de l'Antiquité

  Accueil > Articles attente classement 2017 > Séquence 4e : Le discours descriptif dans le récit. Un exemple : la nouvelle (...)

Séquence 4e : Le discours descriptif dans le récit. Un exemple : la nouvelle fantastique

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

 

Objectifs :

- étudier la description : décrire une image, organisation de la description, place de la description dans le récit, la description dans le dialogue ;
- utiliser le discours descriptif dans le récit ;
- découvrir le fantastique.

par Arnaud Beunaiche, collège Les Prunais à Villiers sur Marne.

Déroulement de la séquence

Séance 1 - LECTURE : Le Portrait ovale, Edgar Allan Poe

Voir le texte

Lecture silencieuse de la nouvelle.
Réponses au questionnaire.

 

Séance 2 - LANGUE : Les expansions du nom dans un texte descriptif (réinvestissement)

Qu'appelle-t-on les expansions du nom ?
A quoi servent-elles ?

Dans le Portrait ovale, donnez la nature et la fonction des mots soulignés :

1. Sa décoration était riche mais antique et délabrée
2. Une quantité vraiment prodigieuse de tableaux modernes
3. Ces peintures qui étaient suspendues
4. De riches cadres d'or d'un goût arabesque
5. La bizarre architecture du château
6. Les lourds volets de la chambre
7. Un grand candélabre à plusieurs branches
8. Les rideaux de velours noirs qui entouraient le lit
9. Les rideaux de velours noirs qui entouraient le lit
10. Un petit volume que j'avais trouvé sur l'oreiller et qui contenait l'appréciation et l'analyse des tableaux

Pourquoi les expansions du nom sont-elles si importantes dans ce début de nouvelle ?

Rappel des verbes d'état :

Etre, paraître, sembler, demeurer, rester, devenir, avoir l'air…

Séance 3 - ECRITURE : La description objective d'une œuvre réaliste

- Observation d'un tableau : le Portrait ovale.
- Relevé dans un tableau de tous les éléments de l'œuvre (chaque élève doit trouver quelque chose) dans la 1ère colonne.
- Chaque élément doit être qualifié (utiliser les trois modes d'expansions du nom) dans la 2ème colonne.
- Organisation : chaque élément doit être situé dans l'œuvre (soit par rapport au plan, soit par rapport aux autres éléments, soit par rapport aux repères gauche/droite, haut/bas) dans la 3ème colonne.

Pour la semaine suivante : rédiger un texte qui décrive le plus complètement possible et le plus précisément possible cette œuvre d'art.

 

Séance 4 - LECTURE : La Cafetière, la place de la description dans le récit

1. Repérages

a. le cadre spatio-temporel

- en Normandie
- dans un château
- dans une chambre

b. le narrateur

- un homme
- un travailleur d'atelier
- fatigué, fiévreux

c. l'ambiance

- pièce très décorée, chargée, comme figée dans le temps
- lumière inquiétante et vacillante
- perception brouillée par le froid, la fatigue et la fièvre
- solitude

d. les phénomènes étranges

- les objets s'animent et prennent vie : la personnification

Définition : Une personnification est une métaphore qui consiste à donner à un objet des caractéristiques humaines (les pieds de la chaise)

Quels points communs avec Le Portrait ovale ?

2. L'opposition des textes narratifs et descriptifs

a. définitions

- le discours narratif
- le discours descriptif

b. repérages

c. caractéristiques

- les verbes d'état et les verbes d'action
- le passé simple et l'imparfait
- les connecteurs temporels et les connecteurs spatiaux

d. exercices

 

Séance 5 - ORAL : Ecoute et prise de notes

Lecture à voix haute de la suite de la Cafetière de Gautier.
Prise de notes des élèves.
Résumé : méthode et schéma narratif.

 

Séance 6 - ECRITURE

Reprise du paragraphe décrivant le tableau.
Réécriture en organisant la description :

- par plan,
- de gauche à droite
- par éléments les uns par rapport aux autres

Vocabulaire : les champs lexicaux et la formation des mots
- le champ lexical de l'étrangeté : recherche d'adjectifs et d'adverbes
- le suffixe en -âtre sur les adjectifs de couleur

Réécriture en créant une ambiance étrange

 

Séance 7 - IMAGE : Etude des couvertures de la Vénus d'Ille

L'objectif est de créer un horizon d'attente. Réutilisation de la méthode vue dans la séance 3.

1. Comparaison de différentes éditions

Choix éditoriaux sur la couverture :
- les priorités (auteur, titre, collection)
- la nature des documents (dessin, photo, représentation d'objets, reproduction de tableau…)
- public visé (collégien, lycéen, universitaire)
- analyse des illustrations (de la plus réaliste à la plus fantastique)

2. Etude de l'illustration de la couverture Librio

1er plan : une statue de femme en pierre. Elle semble avoir des origines latines et paraît vivante (ses yeux et sa bouche ont l'air réels. Elle est fissurée dans le cou et elle a des cheveux longs et ondulés.

2ème plan : Un monsieur barbu et moustachu en costume du 19ème siècle. Il est élégant et il admire la statue

3ème plan : Le paysage montagneux et aride. Sans doute une région du Sud, méditerranéenne. Il y a une grotte. C'est le crépuscule.

Que peut-on imaginer de l'histoire à partir de cette couverture ?
On peut s'attendre à une histoire mystérieuse à cause de la statue dont la nature a l'air double ( à la fois animé et inanimé)

 

Séance 8 - LECTURE : La description dans le dialogue (extrait de la Vénus d'Ille, incipit)

L'objectif est à la fois de rappeler la présentation du dialogue au discours direct et d'introduire les différents niveaux de langue.

1. la présentation d'un dialogue

- les guillemets et les tirets
- la ponctuation
- les phrases incises

A quoi sait-on qui parle ?
- grâce aux phrases incises ? Il n'y en a pas !
- grâce aux types de phrases (c'est le narrateur qui pose les questions et le guide Catalan qui répond)
- grâce au niveau de langue

2. L'organisation de la description dans le dialogue

Même dans un dialogue, la description doit être organisée :
- la matière : " cuivre ", " chère ", " lourd "
- lieu de la découverte : " au pied d'un olivier " , " dans la terre "
- comparaison à un mort : " main noire " comme dans un film d'horreur
- âge : ancienne " antique " , " temps des païens "
- physique : " grandes ", " femme noire à moitié nue, " yeux blancs "
- origine : " romaine "
- caractère : " méchante ", " impressionnante "

La description la présente de plus en plus humaine et de plus en plus inquiétante car c'est comme si on avait exhumé une morte.

On connaît mieux les personnages à la manière dont ils s'expriment.

 

Séance 9 - LANGUE : les registres de langue

1. Définitions

- explication du rôle sociologique du langage
- définitions des niveaux de langue : argotique, régional, vulgaire, familier, courant, soutenu
- lecture du manuel de grammaire
- exercices

2. le langage soutenu du narrateur

Il utilise le passé simple (et non pas le passé composé) : " Que trouvâtes-vous ? "
Il emploie " quelque " pour dire " un certain…parmi d'autres "
Il utilise une syntaxe complexe.

3. le langage familier et régional du guide

Le Catalan, pour sa part, fait des fautes de français et utilise des expressions familières :
" Elle vous pèse " = elle pèse
" C'est bien avant dans la terre " = profond
" Jean Coll, il donne "
" Qu'est-ce que c'est, que je dis "
" Je m'en vais à monsieur " = je vais voir Monsieur
" défoncer " = casser
" Pécaïre " = zut alors
-> On voit par son langage que c'est un homme du Sud, peu instruit et qui a un emploi de serviteur.

4. Fiche de vocabulaire

Reprise de tous les mots de registre soutenu.
Vocabulaire à apprendre.

 

Séance 10 - ORAL : correction du questionnaire sur La Vénus d'Ille, Mérimée

Reprise de la méthode.
Comment répondre sans répéter la citation.
Ne pas utiliser " il " ou " elle " sans donner le référent.

 

Séance 11 - ECRITURE : Correction et recopie du résumé de la séance 5

orthographe,
présentation,
conjugaison.

 

Séance 12 - LECTURE : Le Chevalier double, Th. Gautier

Lecture complémentaire personnelle.
En quoi s'agit-il d'une nouvelle fantastique ?
Bilan de la séquence : qu'est-ce qu'une nouvelle fantastique ?

Séance 13 - EVALUATION FINALE : production écrite.

A partir d'une situation initiale donnée et d'une image, écrire la suite du texte.

Voir le sujet

Voir les critères de correction

 

Questionnaire

Consignes

Lisez entièrement et attentivement le texte avant de répondre aux questions.
Répondez en faisant des phrases complètes et en les justifiant toujours par des relevés d'indices.
La présentation et l'orthographe seront évaluées.

Questions
1. Qui est l'auteur de cette nouvelle ?
2. Quelle est sa nationalité ?
3. A quel siècle a-t-il vécu ?
4. Qui est le narrateur ? Que sait-on sur lui ? (Développez votre réponse)
5. Où se passe l'histoire ? (Soyez le plus précis possible)
6. Qu'est-ce qu'un candélabre ? (aidez-vous du texte) Relevez les deux indices.
7. A quel moment de la journée se passe l'action ?
8. Que fait le narrateur avant de voir le tableau ?
9. Dans quel état physique et mental se trouve le narrateur ?
10. Que pourriez-vous dire de l'atmosphère dans la pièce ? Justifiez.
11. Qu'est-ce qui semble étrange dans le tableau ? Expliquez.
12. Qu'est-il arrivé à la femme du peintre ?
13. Quel mystère se cache dans le portrait ovale ?
14. A votre avis, qu'est-ce qu'une nouvelle fantastique ?

Retour à la séance 1

 

 

Eléments de support de la séquence

Tableau : Le Portrait ovale

 

 

 

Retour à la séance 3

Sujet de l'évaluation finale  : J'intègre une description organisée à un récit fantastique.

 

La choucroute

C'est par Buire que cette histoire commence. Je le considère comme un ami parce que je perds rarement une de nos parties d'échecs, qu'il essaye toujours de m'être agréable par de menus et fréquents services et peut-être aussi parce qu'il y a entre nous une certaine ressemblance physique. Nous avons d'ailleurs des goûts communs, par exemple pour la choucroute, le vin des Côtes-Rôties et le tabac de Hollande.

Au nouvel an, ses patrons lui ont donné une grosse prime et un abonnement sur tout le réseau des chemins de fer. Il a empoché l'argent avec plaisir, mais l'abonnement lui a procurer un bonheur sans nom.

" Savez-vous, cher ami, comment je passe mes journées de congé ? me dit-il en rougissant de plaisir. Je vais à la gare, je prends place dans le premier train venu, sans me soucier de sa destination, et je descends au hasard. De cette façon, je réalise tous mes désirs de découverte. Un jour, je vous prêterai mon abonnement, aucun contrôleur ne pourrait découvrir cette supercherie, puisque nous nous ressemblons comme des frères. "

Il a tenu sa promesse. Ce matin et malgré l'orage qui s'annonçait, j'ai utilisé sa carte. Je n'arrive pas à croire tout ce qui m'est arrivé.


CONSIGNES D'ECRITURE

Racontez la suite immédiate et la fin de cette nouvelle.
Respectez bien le cadre spatio-temporel et les caractéristiques de la narration.
Votre texte, de 30 à 40 lignes, respectera le schéma narratif et la méthode de présentation apprise.
Il comportera :
- un paragraphe de description organisée dans lequel vous soulignerez cinq expansions du nom de trois natures différentes,
- un court dialogue. Attention à la présentation,
- dix mots de registre soutenu que vous soulignerez.

A la fin de votre devoir, vous ferez l'analyse des cinq expansions du nom soulignées (nature et fonction)
Soyez très vigilant sur l'orthographe.

BAREME

Rédaction sur 20 (respect des consignes)
Langue sur 20 (cinq expansions du nom bien analysées sur 10 + dix mots du registre soutenu sur 10)
Orthographe sur 20

Retour à la séance 13

 

Critères de correction de la rédaction

Le cadre spatio-temporel est respecté (matin, pluie, orage, train…) sur 2
Les caractéristiques de la narration sont respectées
(1ère personne du masculin singulier, passé composé)
sur 2
Le texte suit un schéma narratif précis sur 2
La présentation respecte la méthode (alinéas, paragraphe, saut de lignes) sur 3
Le récit est fantastique
(événement surnaturel mais explication rationnelle possible)
sur 4
Le paragraphe de description est pertinent et organisé sur 4
Le dialogue est pertinent et bien présenté sur 4
OUTILS DE LA LANGUE  
Votre description comporte 5 expansions du nom de 3 natures différentes sur 5
Ces expansions du nom sont bien analysées (nature et fonction) sur 5
Votre texte comporte 10 mots de registre soutenu bien utilisé sur 10
ORTHOGRAPHE  
Cette fois, seules les fautes de grammaire ont été pénalisées
(accords, conjugaison, homonymes grammaticaux - ces/ses/à/a…)
sur 20

A revoir :

 

Les fautes d'orthographe lexicale ont été signalées et doivent être corrigées.

Retour à la séance 13


 

Texte de la nouvelle

Le Portrait ovale

Edgar Poe, traduit de l'américain par Charles Baudelaire

Le château dans lequel mon domestique s'était avisé de pénétrer de force, plutôt que de me permettre, déplorablement blessé comme je l'étais, de passer une nuit en plein air, était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Apennins, aussi bien dans la réalité que dans l'imagination de mistress Radcliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné. Nous nous installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins somptueusement meublées. Elle était située dans une tour écartée du bâtiment. Sa décoration était riche, mais antique et délabrée. Les murs étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées héraldiques de toute forme, ainsi que d'une quantité vraiment prodigieuse de peintures modernes, pleines de style, dans de riches cadres d'or d'un goût arabesque. Je pris un profond intérêt, - ce fut peut-être mon délire qui commençait qui en fut cause, - je pris un profond intérêt à ces peintures qui étaient suspendues non seulement sur les faces principales des murs, mais aussi dans une foule de recoins que la bizarre architecture du château rendait inévitables ; si bien que j'ordonnai à Pedro de fermer les lourds volets de la chambre, - puisqu'il faisait déjà nuit, - d'allumer un grand candélabre à plusieurs branches placé près de mon chevet, et d'ouvrir tout grands les rideaux de velours noir garnis de crépines qui entouraient le lit. Je désirais que cela fût ainsi, pour que je pusse au moins, si je ne pouvais pas dormir, me consoler alternativement par la contemplation de ces peintures et par la lecture d'un petit volume que j'avais trouvé sur l'oreiller et qui en contenait l'appréciation et l'analyse.

Je lus longtemps, - longtemps ; - je contemplai religieusement, dévotement ; les heures s'envolèrent, rapides et glorieuses, et le profond minuit arriva. La position du candélabre me déplaisait, et, étendant la main avec difficulté pour ne pas déranger mon valet assoupi, je plaçai l'objet de manière à jeter les rayons en plein sur le livre.

Mais l'action produisit un effet absolument inattendu. Les rayons des nombreuses bougies (car il y en avait beaucoup) tombèrent alors sur une niche de la chambre que l'une des colonnes du lit avait jusque-là couverte d'une ombre profonde. J'aperçus dans une vive lumière une peinture qui m'avait d'abord échappé. C'était le portrait d'une jeune fille déjà mûrissante et presque femme. Je jetai sur la peinture un coup d'œil rapide, et je fermai les yeux. Pourquoi ? - je ne le compris pas bien moi-même tout d'abord. Mais pendant que mes paupières restaient closes, j'analysai rapidement la raison qui me les faisait fermer ainsi. C'était un mouvement involontaire pour gagner du temps et pour penser, - pour m'assurer que ma vue ne m'avait pas trompé, - pour calmer et préparer mon esprit à une contemplation plus froide et plus sûre. Au bout de quelques instants, je regardai de nouveau la peinture fixement.
Je ne pouvais pas douter, quand même je l'aurais voulu, que je n'y visse alors très nettement ; car le premier éclair du flambeau sur cette toile avait dissipé la stupeur rêveuse dont mes sens étaient possédés, et, m'avait rappelé tout d'un coup à la vie réelle.

Le portrait, je l'ai déjà dit, était celui d'une jeune fille. C'était une simple tête, avec des épaules, le tout dans ce style, qu'on appelle en langage technique, style de vignette, beaucoup de la manière de Sully dans ses têtes de prédilection. Les bras, le sein, et même les bouts des cheveux rayonnants, se fondaient insaisissablement dans l'ombre vague mais profonde qui servait de fond à l'ensemble. Le cadre était ovale, magnifiquement doré et guilloché dans le goût moresque. Comme oeuvre d'art, on ne pouvait rien trouver de plus admirable que la peinture elle-même. Mais il se peut bien que ce ne fût ni l'exécution de l'œuvre, ni l'immortelle beauté de la physionomie, qui m'impressionna si soudainement et si fortement. Encore moins devais-je croire que mon imagination, sortant d'un demi-sommeil, eût pris la tête pour celle d'une personne vivante. - Je vis tout d'abord que les détails du dessin, le style de vignette, et l'aspect du cadre auraient immédiatement dissipé un pareil charme, et m'auraient préservé de toute illusion même momentanée. Tout en faisant ces réflexions, et très vivement, je restai, à demi étendu, à demi assis, une heure entière peut-être, les yeux rivés à ce portrait. A la longue, ayant découvert le vrai secret de son effet, je me laissai retomber sur le lit. J'avais deviné que le charme de la peinture était une expression vitale absolument adéquate à la vie elle-même, qui d'abord m'avait fait tressaillir, et finalement m'avait confondu, subjugué, épouvanté. Avec une terreur profonde et respectueuse, je replaçai le candélabre dans sa position première. Ayant ainsi dérobé à ma vue là cause de ma profonde agitation, je cherchai vivement le volume qui contenait l'analyse des tableaux et leur histoire. Allant droit au numéro qui désignait le portrait ovale, j'y lus le vague et singulier récit qui suit :

- " C'était une jeune fille d'une très rare beauté, et qui n'était pas moins aimable que pleine de gaieté. Et maudite fut l'heure où elle vit, et aima, et épousa le peintre. Lui, passionné, studieux, austère, et ayant déjà trouvé une épouse dans son Art ; elle, une jeune fille d'une très rare beauté, et non moins aimable que pleine de gaieté : rien que lumières et sourires, et la folâtrerie d'un jeune faon ; aimant et chérissant toutes choses ; ne haïssant que l'art qui était son rival ; ne redoutant que la palette et les brosses, et les autres instruments fâcheux qui la privaient de la figure de son adoré. Ce fut une terrible chose pour cette dame que d'entendre le peintre parler du désir de peindre même sa jeune épouse. Mais elle était humble et obéissante, et elle s'assit avec douceur pendant de longues semaines dans la sombre et haute chambre de la tour, où la lumière filtrait sur la pâle toile seulement par le plafond. Mais lui, le peintre, mettait sa gloire dans son oeuvre, qui avançait d'heure en heure et de jour en jour. - Et c'était un homme passionné, et étrange, et pensif, qui se perdait en rêveries ; si bien qu'il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait si lugubrement dans cette tour isolée desséchait la santé et les esprits de sa femme, qui languissait visiblement pour tout le monde, excepté pour lui. Cependant, elle souriait toujours, et toujours sans se plaindre, parce qu'elle voyait que le peintre (qui avait un grand renom) prenait un plaisir vif et brûlant dans sa tâche, et travaillait nuit et jour pour peindre celle qui l'aimait si fort, mais qui devenait de jour en jour plus languissante et plus faible. Et, en vérité, ceux qui contemplaient le portrait parlaient à voix basse de sa ressemblance, comme d'une puissante merveille et comme d'une preuve non moins grande de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle qu'il peignait si miraculeusement bien. - Mais, à la longue, comme la besogne approchait de sa fin, personne ne fut plus admis dans la tour ; car le peintre était devenu fou par l'ardeur de son travail, et il détournait rarement ses yeux de la toile, même pour regarder la figure de sa femme. Et il ne voulait pas voir que les couleurs qu'il étalait sur la toile étaient tirées des joues de celle qui était assise près de lui. Et quand bien des semaines furent passées et qu'il ne restait plus que peu de chose à faire, rien qu'une touche sur la bouche et un glacis sur l'œil, l'esprit de la dame palpita encore comme la flamme dans le bec d'une lampe. Et alors la touche fut donnée, et alors le glacis fut placé ; et pendant un moment le peintre se tint en extase devant le travail qu'il avait travaillé ; mais une minute après, comme il contemplait encore, il trembla et il devint très pâle, et il fut frappé d'effroi ; et criant d'une voix éclatante : " En vérité, c'est la Vie elle-même ! " - il se retourna brusquement pour regarder sa bien-aimée ; - elle était morte ! "