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Langues et culture de l'Antiquité

Terminale L - Les Pensées : contexte de rédaction

10 / 02 / 2009 | le GREID Lettres

La révolution des années 1640
et le contexte dans lequel écrit Pascal

Dans les années 1640, on passe d’un XVIIe siècle optimiste, à un XVIIe siècle pessimiste. L’œuvre de Pascal porte la marque de cette évolution.

 

a. Héros vs pécheur

 

Lecture des stances de Don Rodrigue (Corneille, Le Cid).

 

Quels sont les deux champs lexicaux qui dominent dans ces vers ?

 

-champ lexical de l’amour (« feu », « amour », « maîtresse »,...)

 

-champ lexical du devoir (« vengeur », « honneur », « noble »,...)

 

Proposez un plan du passage.

 

-strophes 1 à 3 : pose le problème. Difficultés soulignées par l’exaltation du héros : accumulation d’exclamatives, d’interrogatives...

 

-strophe 4 : envisage le suicide (« Mourons du moins sans offenser Chimène »)

 

-strophes 5 et 6 : se reprend : il doit accomplir son devoir et venger son père.

 

Quel portrait du héros se dégage de cette scène ?

 

Héros déchiré entre son amour pour sa maîtresse et son devoir filial. Finalement, c’est la fidélité aux ancêtres qui l’emporte. Exaltation, exposition des sentiments.

 

Lire les pensées 108 (« La grandeur de l’homme […] autrefois »), 122 (« Connaissez-vous donc […] malheureusement déchus »), 20 et 129 (« Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure ! »).

 

Quelle image de l’homme se construit ici ?

 

Image de l’homme réduit à une extrême faiblesse (« puissance des mouches »), depuis la Chute. 

 

 

 

Bilan : Au héros exalté des œuvres cornéliennes des années 1630, succède une représentation plus tragique de l’homme : l’homme déchu. Ces deux figures s’inscrivent ds 2 histoires différentes :

 

-le héros dans une histoire familiale (l’individu se définit par appartenance à une lignée, à une race ; il existe par ses qualités claniques) ;

 

-l’homme déchu, dans l’histoire de l’humanité et de la condition humaine (pour Pascal, un seul événement historique : la Faute. Adam et Eve chassés du Paradis comme rupture irrémédiable. 2 états de l’homme : anté et post-lapsaire). 

 

 

 

b. Exaltation du moi vs anéantissement de l’amour-propre

 

Lecture de la scène IV, 3 du Cid.

 

Faites le portrait de Rodrigue à travers sa tirade.

 

-Il apparaît très courageux (« hardiement ») et ce d’autant plus que ses ennemis sont eux-mêmes des soldats remarquables (« leur courage », « vaillamment ») et particulièrement nombreux (récurrence des pluriels).

 

-C’est un meneur d’hommes (passage du « nous » au « je », champ lexical de l’autorité (« mon commandement », « l’ordre », « convie »).

 

Lire les extraits ci-dessous

 

PAUL BÉNICHOU, Morales du grand siècle, Paris, Folio Essais, 1948.

 

Paul Bénichou analyse ici Le Cid dans une perspective anthropologique : il s’inscrit en faux par rapport à une tradition critique, qui fait du théâtre cornélien un théâtre contempteur des passions. Au contraire pour Bénichou, Le Cid est un éloge de l’énergie et de la vitalité passionnelles, qui témoigne d’une conception optimiste et lumineuse de la nature humaine.

 

 

 

Le sublime cornélien […] [est] un mouvement directement jailli de la nature, et qui pourtant la dépasse, une nature supérieure à la simple nature. Nature par la démarche ouverte de l’ambition, que ne tempère aucune gêne, et plus que nature, par la puissance que le moi s’attribue d’échapper à tout esclavage. La vertu cornélienne est au point où le cri naturel de l’orgueil rencontre le sublime de la liberté. La grande âme est justement celle en qui cette rencontre s’opère.

 

Le sublime cornélien n’est pas propre à Corneille ; il emplit tout le théâtre tragique de son temps. Les êtres d’exception à l’âme forte et grande peuplent les tragédies de Rotrou, de Mairet, Tristan, du Ryer. Et ce qui frappe d’abord, chez ces écrivains comme chez Corneille, c’est le ton exalté, l’attitude glorieuse des héros qu’ils offrent en modèles au public. Ni la contrainte, ni le silence des désirs ne semblent être le partage des "grandes âmes" comme on les conçoit alors ; chez toutes s’épanouit la même forme glorieuse et ostentatoire du sublime, le même étalage des puissances du moi, le même grandissement moral de l’orgueil et de l’amour.

 

 

 

Quelle image du héros cornélien apparaît dans ces extraits ?

 

Vocabulaire du grandissement (héroïsme, gloire, sublime) : le héros tend à tirer l’humanité vers le haut.

 

Voir aussi le tableau de Rubens, Portrait équestre du duc de Lorna (1603).

 

Position frontale, défie le spectateur du regard, signe d’orgueil et de bravoure.

 

Luminosité des coloris qui met en valeur l’armure étincelante.

 

Attributs : bâton de maréchal, cheval richement paré,... homme de qualité, bien né.

 

Domine le champ de bataille, position de vainqueur.

 

 

 

Lire la première maxime de La Rochefoucauld

 

Qu’est-ce qui conduit l’homme ?

 

L’amour propre : on croit être conduit par la vertu, mais nous n’agissons que par amour-propre.

 

cf. aussi les fragments 12, 34 et 111.

 

 

 

Lire la fin du fragment 41 (« L’homme n’est qu’un sujet plein d’erreur […] Ils mentent et se trompent à l’envi »)

 

Qu’est-ce qui trompe l’homme ?

 

Tout, en particulier la raison et les sens alors qu’on croit qu’ils nous conduisent vers la vérité.

 

A quoi est due cette tromperie ?

 

Absence de grâce, chute de l’homme.

 

Alors que l’homme post-lapsaire est aveuglé, il n’a aucune conscience de sa faiblesse. Il fait au contraire preuve d’orgueil et d’amour-propre. Il se place au-dessus de sa condition.

 

 

 

Bilan :

 

-Exaltation du moi  : héroïsme, un des idéaux de la société du temps de Corneille : exaltation du dépassement de soi, quête de la gloire. Ces notions sont héritées des valeurs la société féodale, mais elles sont renforcées par le Concile de Trente (1545-1563).

 

Affirme les deux thèses :

 

-de la liberté de la volonté humaine avec sa capacité de faire le bien

 

-de la nécessité du secours de Dieu, la grâce, pour permettre à l’homme d’accomplir ses commandements.

 

Mais le Concile ne dit rien sur la manière de les concilier. Un courant humaniste, dominant dans l’Eglise, insiste sur la capacité de l’homme à faire le bien par ses propres forces. Il défend cette idée d’héroïsme : en tant que trajet ascensionnel, en tant que dépassement de soi, il s’agit d’un premier pas laïc vers Dieu (La Cour sainte du Père Caussin).

 

Notions féodales renforcées aussi par le néo-stoïcisme (Epictète) et le dogmatisme (Descartes) : accordent une grande confiance à la raison. Possibilité de l’homme de contrôler son existence.

 

1610’s : ne s’agit plus de se replier mais agir pr réaliser ses idéaux.

 

Suffisance du moi n’est pas prétentieux narcissisme mais légitime confiance en soi des gens soutenus par leur valeur, animés par vertu, et capable de réaliser leur idéal.

 

 

 

-Moi haïssable : Renversement de perspective chez Pascal et augustiniens : conception du « moi » haïssable. L’égocentrisme comme source de malheur, comme voile qui empêche de marcher vers Dieu. Il faut humilier le moi et non plus l’exalter.

 

 

 

c. Energie vs prière et retraite

 

Suite de ce qui précède.

 

Comparer le tableau de Rubens avec la Marie-Madeleine de La Tour (1640).

 

Bilan bis :

 

-vaillance militaire et physique : Dans le premier tiers du XVIIe siècle, combattre apparaît comme une activité héroïque par excellence. Eloge des valeurs guerrières est le fruit de l’héritage d’une littérature belliqueuse et épique qui exalte les vertus guerrières (Amadis de Gaule). Le héros agit et accomplit.

 

-prière et retraite : Chez Pascal et les moralistes augustiniens, la suspicion est jetée sur toutes les actions : AP comme moteur de tout. Toutes les actions humaines st attribuées à « l’amour de soi-même et de toutes choses pour soi » (La Rochefoucauld). Triomphe de l’intérêt. Il ne reste plus qu’à se retirer du monde pour prier.

 

 

 

d. Service du roi vs service de Dieu

 

Reprendre la tirade de Don Rodrigue.

 

Pour qui agit le Cid ?

 

Agit pour son roi (« Pour votre service »). Met sa vaillance au service de la monarchie, dont il reconnaît ainsi l’autorité.

 

Lire les fragments 25 et 28.

 

Quelle est la métaphore dominante dans ces deux fragments ?

 

La métaphore du voyage (« aller », « allées et venues », « gouverner un vaisseau »). Idée que l’homme n’est qu’un voyageur, qu’il est de passage sur terre. Rien de stable. Idée également que rien ne mérite son attachement. Eventuellement lire quelques fragments sur la justice (fragments 12 ou 18).

 

 

 

Bilan :

 

-La loi et l’ordre monarchique. Elles s’affirment comme une nouvelle transcendance, dès 1624. Richelieu et Louis XIII, Louis XIV ensuite, cherchent à domestiquer la noblesse. Le héros met son épée au service du roi.

 

-La cité de Dieu. A l’opposé, les augustiniens ne reconnaissent que la grandeur de la cité de Dieu. Aucun royaume terrestre n’est grand, ni digne d’être célébré. Seul le royaume de Dieu mérite de l’intérêt. L’homme doit donc être un voyageur en ce monde. L’homme est donc décrit comme un voyageur évoluant dans un monde placé sous le signe de l’inquiétude, mais plus encore il doit être un voyageur. En effet, ne pas s’attacher aux biens terrestres est un impératif catégorique de la vie chrétienne. Le Bien est ailleurs.