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Littérature et peinture en 3e : Inconnu à cette adresse

03 / 03 / 2009 | le GREID Lettres

Julien Harang, professeur au collège Didier-Daurat (Le Bourget)

 

Au cours de l’étude du roman épistolaire Inconnu à cette adresse de Kathrine Kressmann Taylor, j’ai proposé à ma classe de 3e un ensemble de séances de travail en salle informatique, à raison de deux heures par semaine environ.
Ces séances ont permis aux élèves de découvrir la diversité de la peinture moderne (objectif culturel, en liaison avec l’histoire des arts), de développer leurs compétences d’écriture en matière de description et d’argumentation, et de mieux comprendre les problématiques de l’engagement de l’artiste en littérature et en peinture.
Elles ont également permis aux élèves de développer diverses compétences et connaissances liées à l’usage des Tice (recherches Internet, et production de documents composites intégrant textes et images).

L’objectif majeur de la séquence était d’étudier la façon dont l’auteur a su tirer parti de la forme épistolaire pour écrire une œuvre engagée, en commençant par rendre compte de la dégradation progressive de l’amitié des deux protagonistes, sous l’effet de la propagande nazie, puis en montrant comment l’écriture épistolaire, dans un état totalitaire où règne la censure, peut devenir un instrument de vengeance à distance.

L’intérêt des élèves dès le début de la séquence m’a décidé à approfondir le travail sur cette œuvre et son contexte, en développant notamment un élément qui reste au second plan de l’ouvrage : la peinture. Les deux protagonistes du roman sont d’importants marchands d’art, comme nous avions pu le noter dès l’analyse de la couverture de l’ouvrage en édition jeunesse. Mais, à part Picasso, aucun peintre n’est cité. Il m’a donc semblé intéressant de permettre aux élèves de s’initier à la peinture européenne du début du XXe siècle (des années 1900 à 1930), afin d’approfondir la réflexion, induite par l’étude d’Inconnu à cette adresse, sur le rapport complexe entre les arts, l’histoire et le pouvoir.

Séance 1 : Réalisation d’une galerie de peintures européennes des années 1900-1930

Cette séance a débuté par une réflexion sur les méthodes et les principes à mettre en œuvre dans une recherche Internet, pour permettre aux élèves de vérifier la fiabilité des informations recueillies (statut du site, identité et degré d’expertise de l’auteur, recoupement de l’information sur d’autres sources).
Les élèves, en binômes le plus souvent, ont ensuite réalisé un document Word dans lequel devaient figurer une dizaine d’œuvres de peintres différents, accompagnées de leurs caractéristiques (titre, auteur, date, et format si possible), et d’un bref commentaire constitué d’une description suivie d’une appréciation personnelle.

Séance 2 : Otto Dix, un artiste face à l’Histoire

Durant cette seconde séance, les élèves ont tous fait une recherche sur le même peintre, Otto Dix, dont l’œuvre est particulièrement intéressante à étudier dans la perspective suggérée par les nouveaux programmes de français pour aborder l’histoire des arts en classe de Troisième : « Arts, États et pouvoirs ».
Le document Word produit devait comporter cinq œuvres réalisées par Otto Dix entre 1914 et 1934, accompagnées de leurs caractéristiques et d’un commentaire, à laquelle les élèves devaient ajouter, pour finir, une biographie succincte du peintre, qui devait leur permettre de mieux comprendre les liens entre l’expérience personnelle du peintre et l’évolution de son esthétique, en particulier dans sa représentation de la guerre.
En guise de « correction », j’ai proposé à la classe un diaporama consacré à la peinture d’Otto Dix entre 1914 et 1934, ce qui nous a permis de revenir sur la question de l’artiste engagé, et plus particulièrement sur le rejet des avant-gardes esthétiques qualifiées d’« art dégénéré » par la propagande nazie dans les années 1930.

Séance 3 : La galerie de Max et Martin

La consigne était de réaliser le catalogue des œuvres de la galerie de Max et Martin, les deux protagonistes d’Inconnu à cette adresse. Pour ce faire, les élèves devaient sélectionner au moins 5 œuvres de peintres différents dans leur galerie, et écrire pour chacune un texte présentation de 5 lignes (Times 12, description et commentaire) qui insiste sur les qualités de l’œuvre présentée.
À ma grande surprise, deux élèves ont demandé s’ils pouvaient réaliser leur galerie sous forme de diaporama. J’ai bien entendu encouragé cette initiative.

Séance 4 : La lettre de Max à Martin

Afin de « combler les blancs du texte », selon une démarche suggérée par Denis Fabé (IUFM de Lille) pour l’étude d’Inconnu à cette adresse, les élèves ont pu rédiger une lettre adressée par Max à Martin pour lui proposer d’acheter 4 œuvres pour leur galerie d’art. Pour chacune des quatre œuvres, les élèves devaient commencer par décrire l’œuvre, en précisant le sujet de la toile et le style du peintre, puis écrire quelques lignes pour convaincre leur associé de l’intérêt d’acheter cette œuvre.
L’écriture de ce texte constituait l’aboutissement du travail, puisque chacun pouvait réinvestir les connaissances et les compétences acquises durant les séances précédentes pour les intégrer dans une forme d’écriture d’imitation. Une production réussie devait s’inspirer des lettres lues dans l’ouvrage étudié pour en respecter les codes de présentation, et l’univers fictionnel. Enfin, la forme même de l’écriture épistolaire rendait nécessaire la description précise des tableaux choisis par les élèves.
 

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