1er oct. 2011

Théâtre en boîte

Françoise Cahen, professeur au lycée Maximilien Perret, Alfortville
 
Projet podcast« Théâtre en boîte » : mise en ligne sur un blog de petits films tournés avec des figurines dans des maquettes fabriquées à partir de boîtes à chaussures, avec l’enregistrement de la voix des élèves, qui interprètent différents extraits de L’Illusion comique
 
Niveau(x) : seconde (transposable au collège)
 
Durée : Prévoir 5 heures en demi-groupes (soit 10 heures de cours), en marge d’une séquence plus classique sur l’étude de l’œuvre intégrale et de groupements de textes sur le théâtre.
 
Objectifs : -Comprendre les contraintes et les enjeux de la mise en scène théâtrale.
-S’exercer à l’expression théâtrale, donner à voir et à entendre le résultat de son travail sur la pièce, de façon très complète, en réalisant un véritable spectacle miniature.
 
Contexte :- Dans le cadre d’une étude plus classique de la pièce en classe entière, deux spectacles « grandeur-nature » ont été vus par les élèves, l’un en classe entière, en journée (La Vie est un songe, mise en scène par William Mesguich) et l’autre en soirée pour les élèves volontaires (L’Illusion comique, mise en scène d’Elisabeth Chailloux au théâtre d’Ivry).
-Une grande partie de la classe suit par ailleurs l’enseignement d’exploration « littérature et société », et a pu assister dans ce cadre à une répétition de La Vie est un songe avec W.Mesguich, qui a expliqué son travail aux élèves. Par ailleurs, une rencontre avec le personnel du Pôle culturel a été organisée : les élèves ont fait connaissance avec tous les métiers liés au théâtre, (éclairage, son, communication, programmation, billetterie, etc…)
 
 
Supports : -L’Illusion comique de Corneille (l’activité peut se pratiquer sur d’autres pièces de théâtre)
-L’excellent livret du SCEREN et les DVD qui l’accompagnent sur les mises en scènes de l’Illusion comique, pour comparer avec les élèves différentes versions de la pièce et commenter les choix des metteurs en scènes.
-Des boîtes à chaussures, des tissus, des papiers colorés, des peintures, des paillettes, et des figurines de type « Playmobils ».
 
Outils TICE : Audacity, un logiciel de montage vidéo (« Movie Maker »), et un blog.
 
Démarches et activités : -Des groupes de deux à trois élèves ont un extrait de la pièce de Corneille à mettre en scène à l’intérieur d’une boîte à chaussure. On choisit des extraits différents pour que les productions soient variées.
- Les élèves, après une lecture attentive de leur extrait, réalisent un schéma de leur future maquette, en justifiant leur choix, et en précisant le matériel dont ils ont besoin.
- Les élèves réalisent leur maquette, lors d’une séance dédiée au travail plastique sur la boîte à chaussures.
- Ils enregistrent les voix sur Audacity.
- Ils font un schéma des déplacements de leurs personnages et un story-board de leur mini-film.
- Ils filment les figurines dans la maquette et montent les différents plans, qu’ils synchronisent avec l’enregistrement sonore. Le tout est placé sous forme de podcast sur le blog.
 
 
Apport spécifique des TICE : -Le montage vidéo est un substitut à la représentation théâtrale, peu aisée à réaliser dans le cadre d’une classe. L’enregistrement permet aux élèves de s’écouter, de prendre conscience de leurs défauts et d’améliorer leurs performances orales. Le trac paralysant certains élèves, cette forme de spectacle en différé les libère de leurs appréhensions. Les élèves sont fiers de leurs réalisations et peuvent les montrer à leurs proches autant de fois qu’ils le veulent.

Déroulement

A. La préparation de l’activité dans la séquence

 
L’activité en elle-même, conduite en demi-groupes, fut précédée d’une analyse en classe entière de mises en scènes du début de L’Illusion comique disponibles sur le DVD joint au livret du SCEREN sur la pièce. Nous avions proposé à nos élèves un tableau comparatif à remplir qui les invitait à observer les différents choix scénographiques des metteurs en scène. (Pièce jointe n°1)
Cette préparation, tout comme les rencontres avec William Mesguich et le personnel du Pôle culturel de la ville, de même que la visite de la Comédie Française, (où nous avons eu la chance d’assister à une répétition le jour d’une première) nous a permis de sensibiliser les élèves au travail de la mise en scène. Toutes ces visites ont fait l’objet de comptes-rendus faits par les élèves sur le blog de l’enseignement d’exploration « littérature et société » : http://www.weblettres.net/blogs/?w=oasis&category=Le_theatre_et_ses_metiers
 

B. Les projets de groupes

Après ces préliminaires, destinés à sensibiliser les élèves aux dimensions matérielles et techniques du théâtre, nous leur avons distribué une petite fiche pour guider leur travail pratique. (Pièce jointe n°2)

C. La réalisation des maquettes

Les passages de la pièce à représenter ont été choisis ensemble : plusieurs groupes de deux ou trois élèves ont travaillé sur l’exposition, mais la plupart ont mis en scène d’autres dialogues, ou des monologues, que je leur avais proposés. Il faut prendre soin de choisir des passages assez courts : pratiquement jamais de scènes entières, trop longues, mais plutôt des moments-clés de la pièce qui présentent un intérêt particulier … Toute la pièce n’est pas couverte par les passages mis en scène, mais tous les actes sont représentés, et nous avons tenu compte de l’intérêt des groupes pour l’attribution des passages : quand une proposition ne leur convenait pas, nous leur avons proposé un second choix, plus en accord avec leurs goûts.
 
Nous avons demandé aux élèves d’apporter en classe des matériaux de récupération, mais le lycée a aussi financé l’achat de peinture, de papiers de couleurs divers, de paillettes, etc… pour rendre la réalisation attrayante aux yeux des élèves. Nous avions déjà tenté l’expérience, en demandant aux élèves de réaliser les boîtes chez eux : mais dans ce cas, le travail de groupe n’est souvent pas respecté, un seul élève travaillant pour tous les autres. Dans le cadre du travail pratique réalisé intégralement au lycée, les jeunes se concertent davantage, et le professeur peut les guider vers des choix plus judicieux. Il est vrai que l’inconvénient est le temps pris sur les cours pour découper, coller, etc… mais cela nous a semblé paradoxalement une activité d’interprétation des textes comme une autre. Choisir un papier sombre ou rouge, ou brillant comme fond de décor, faire apparaître Pridamant par une fenêtre découpée à l’arrière de la scène comme un voyeur, est vraiment une lecture de la pièce. D’ailleurs, en réalisant ces décors, les projets décrits sur le plan initial ont beaucoup changé : en voyant les matériaux à leur disposition, les élèves ont en effet eu de nouvelles inspirations. C’est en découpant, en peignant, que beaucoup se sont rendu compte que leurs idées initiales étaient parfois difficilement réalisables, ou que telle couleur serait plus pertinente…
 
 Nous avons également montré nos réalisations au professeur d’arts plastiques, qui a choisi de reprendre cette activité de maquettes de mises en scènes dans son option. Je pense qu’il est possible de réaliser un projet réellement commun et interdisciplinaire dans les années à venir, en partant de cette idée.
 

D. Les enregistrements de leur préparation à leur évaluation.

Nous demandons ensuite aux élèves de réaliser un « story board » de l’extrait à enregistrer. Nous regardons ensemble un exemple de story-board sur internet : http://benoi-lacroix.skynetblogs.be/archive/2005/12/13/story-board-de-prospection-b.html
Je distribue une feuille de type « texte à trous » sur laquelle les élèves doivent définir les différents types de plans cinématographiques à l’aide d’un site internet : http://www.cineclubdecaen.com/analyse/plan.htm
Ils rédigent ensuite le story board de leur petit film, en remplissant un tableau qui leur est fourni :
Dessiner un schéma approximatif de l’image filmée
Indications techniques : type de plan employé, temps prévu en secondes.
Bande son : paroles prononcées, avec en rouge les indications de ton, bruitages éventuels, etc…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Ensuite, les images sont tournées avec mon propre appareil photo (le caméscope du lycée restant introuvable) et le son enregistré à l’aide d’Audacity. Les élèves avaient déjà l’habitude d’utiliser ce logiciel, simple de fonctionnement.
Les élèves ne pouvaient pas faire bouger les figurines choisies pour représenter les personnages image après image : cela nous aurait pris beaucoup trop de temps. Nous avons privilégié les travellings et les zooms pour dynamiser les différents plans.
Le montage sur « movie maker » n’a pas pu être réalisé par les élèves, car le logiciel ne fonctionnait pas correctement dans la salle informatique disponible. J’ai donc monté comme j’ai pu à la maison certains fichiers. Et j’ai évalué en tout cas les images et le son séparément, quand le montage n’a pas pu être finalisé.
Pour évaluer le travail réalisé, j’ai pris en compte plusieurs critères :
- L’entente et l’efficacité du groupe
- La qualité du projet initial (la première fiche)
- La finesse de l’interprétation de la scène à travers son décor
- Le soin apporté à la réalisation de la boîte
- La qualité du story-board
- Le soin accordé à l’enregistrement vidéo
- L’expressivité de l’élocution lors de l’enregistrement sonore

E. Bilan de l’activité

Les aspects positifs de l’expérience furent nombreux.
Les élèves ont apprécié notamment le fait que le lycée mette à leur disposition des matériaux pour élaborer leurs maquettes : des papiers colorés, de la pâte à modeler, des peintures, des paillettes, de la moquette, etc… Ils ont ajouté à ces outils les figurines de leur enfance, et d’autres matériaux dont ils disposaient à titre personnel. Le français devenait une activité manuelle, exceptionnellement, ce qui a motivé les élèves de l’option « arts plastiques », mais aussi ceux qui ont un peu de mal avec l’abstraction : découper, peindre, coller, est finalement aussi une activité de lecture et d’interprétation de la pièce de théâtre. 
 De plus, cela nous a permis de travailler certaines formes d’argumentation orale dans les groupes : il fallait en effet que les élèves justifient leurs propositions auprès de leurs camarades pour essayer d’imposer leurs choix. On a d’ailleurs remarqué que quelques groupes n’ont jamais pu aboutir à un objet fini, étant donné que leur fonctionnement était déséquilibré, mais ils sont parvenus pour la plupart à réaliser de jolies maquettes et des enregistrements sonores à peu près corrects.
Les connaissances de base en matière cinématographique : la conception du story-board, l’identification des différents types de plans, ont été également des acquisitions appréciables.
Le spectacle des extraits montés fut pour beaucoup une récompense.
 
Nous nous sommes confrontés aussi aux limites de l’exercice. Ce sont d’abord des limites techniques. Nous avions un seul appareil photo pour filmer les boîtes, et deux micros pour les enregistrements sonores, ce qui montre que l’équipement nécessaire pour mener à bien une expérience de ce type n’est pas forcément imposant. Il est cependant évident que nous aurions aimé disposer de quelques équipements supplémentaires. Nous avons aussi eu beaucoup de mal à réaliser le montage : « movie-maker » refusant de fonctionner correctement au lycée, nous avons finalement monté quelques extraits sur notre propre ordinateur, qui, lui-même saturé, a vite déclaré forfait. Enfin, il est évident que s’improviser animatrice d’un projet vidéo sans véritable formation –autre qu’un ancien stage PAF au demeurant très utile- n’a pas été une chose simple. Dans ce cas, on aimerait pouvoir compter dans l’établissement sur des personnes douées en montage-vidéo, par exemple. Je pense en tout cas, grâce à ce projet, avoir fait d’énormes progrès dans ce domaine, et pourquoi pas, l’année prochaine, participer avec mes élèves au concours vidéo de l’académie.
Les autres limites rencontrées pour ce projet sont majoritairement liées au temps dont nous disposons : j’ai dû allonger la durée initialement prévue pour la réalisation de ces maquettes. Certains groupes n’ont pas du tout avancé à la même vitesse que les autres. On a alors des scrupules : les élèves font l’activité avec beaucoup de plaisir, mais ils ne respectent pas forcément les échéances, les problèmes techniques nous retardent. Il faut savoir poser des limites et déclarer un jour, que même si tout n’a pas abouti comme nous le voulions, nous mettions fin au projet. L’idéal, pour ce type de projet, serait de mobiliser un demi-groupe classe sur une ou deux demi-journées, ce que ne permet pas notre emploi du temps.
Enfin, nous avons remarqué que l’enregistrement des dialogues sur Audacity n’était pas très propice à l’expressivité des élèves : assis, ils lisent le plus souvent le texte sans s’y investir pleinement comme le font des jeunes qui l’auraient mis en espace. Les textes enregistrés nous ont donc souvent déçus, même si nous avons travaillé avec les élèves pour essayer d’améliorer leur diction trop mécanique.
Il est bien évident que nous ne sommes pas arrivés à produire des chefs d’œuvres du cinéma d’animation, mais je pense que l’activité aura laissé un souvenir assez mémorable aux élèves, ainsi que le plaisir de participer à un projet qui sortait des sentiers battus, et elle mérite donc d’être reconduite pour être améliorée.