10 nov. 2011

Comment amener les étudiants de BTS à acquérir et utiliser des références culturelles dans un travail argumentatif ?

 

 par Fabienne ANDRÉ, professeur en CGE au lycée J. Macé, Vitry sur Seine
 
 
 Amener les étudiants à produire à l’écrit un avis personnel argumenté, nuancé, et illustré par des références culturelles.
 
 La démarche de cette séquence consiste à accompagner les étudiants dans la découverte de références culturelles variées, à travers une mise en débat en classe. Il s’agit d’inciter les étudiants :
- à prendre position sur les idées développées dans les documents proposés
- à prendre de la distance avec ces documents
- à nuancer leur avis en menant en classe un débat interprétatif
- à réinvestir les références proposées, ainsi que des références personnelles, dans un travail écrit. 
 
Supports :
 - Un extrait de La Gifle de Claude Pinoteau
 - Le Cid de Corneille, acte III, scène 6.
 - « Si » de Rudyard Kipling
 - « Ton héritage » de Benjamin Biolay, La superbe
 - La misère du Monde, « Les contradictions de l’héritage » de Pierre Bourdieu.
 
 
 On pourra aussi réinvestir l’étude de l’extrait de « L’émancipation », in La misère du monde, dir. Pierre Bourdieu, seuil, 1993 ; Claire Brétécher, Agrippine prend vapeur, Dargaud, 1991 [1] ; Annie Ernaux, Les années, (2008)[2]. Les documents seront donnés en annexe. Les étudiants ayant lu La Place de Annie Ernaux pourront s’appuyer sur ce livre pour illustrer leur propos.
 
Objectifs  :
- réaliser un message. (Ecriture personnelle)
- acquérir une culture.
 
 Les étudiants doivent utiliser les documents visuels et textuels pour nourrir leur argumentation, et doivent donner leur avis sur le « modèle éducatif » porté par les documents.
 
 

Première séance : introduire le thème de la séquence « le rôle parental »

Objectifs :
- Analyse d’un document filmique
- Restituer par oral un message oral.
- Mise en débat
 
 
1/ On travaille tout d’abord avec les étudiants de manière orale. Pour cela, on débute la séquence en visionnant l’extrait de la Gifle. Après avoir vu l’extrait, on discute avec les étudiants de la relation « Isabelle » et son père. On essaie de mettre à jour ce qui sous tend cette relation : les sentiments (affection, colère, dépit….), les valeurs transmises par l’éducation (le père attend de sa fille du travail ; elle doit réussir ses études ; elle doit être respectueuse). On évoque bien sûr la gifle (problème éducatif ; le coup qui clôt la discussion ; comment expliquer cette gifle ? Le fait que la fille évoque la vie privée de son père et s’oppose ouvertement à lui avec insolence, lui déniant ainsi son autorité. Il n’est plus un modèle ; la fille s’oppose alors à lui). Le film permet de partir d’une situation concrète, plus facilement appréhendable pour les étudiants qu’un texte. L’extrait permet d’obtenir des réactions immédiates à partir desquelles on va pouvoir travailler.
 
On part de ce qui a été dit en classe pour commencer à dessiner ce que doit être le rôle du « parent », ce qu’il est censé transmettre ; comment se fait cette transmission (on peut évoquer l’aspect volontaire ou involontaire de la transmission ; ce qui prépare Bourdieu).
 
On peut penser que certains axes vont se révéler, tels que :
- héritage moral
- héritage social
- héritage monétaire
- héritage affectif.
 
Le film permet de lancer le débat sur un sujet qui est « connu » des étudiants et qui libère la parole. Il devient plus facile d’envisager le rôle parental à partir d’une situation de conflit, dans laquelle les torts semblent partagés.
Pour que l’analyse des différents documents soit plus facile à conduire et à mémoriser, on propose aux étudiants de remplir un tableau dont la structure sera simple. En fin de séance, on soumet aux étudiants la structure du tableau et on leur demande pour la séance suivante de remplir les colonnes correspondant au film  La gifle.
 

Deuxième séance : Analyse de documents textuels sur le thème du rôle parental

Objectifs :
- rendre compte de la signification globale de documents
- prendre la parole, débattre
- mettre en relation les éléments de documents différents ; repérer les idées divergentes et convergentes.
- Acquérir une culture
 
Le corpus permet la confrontation de modèles éducatifs proposant la transmission de valeurs. La transmission est faite sur le modèle de l’obéissance ou de la recommandation (le Cid, « SI »). Puis, on constate le changement du rôle parental avec la chanson de B. Biolay : la transmission se fait davantage sur le mode affectif. Le père évoque une vision de la vie, une relation au monde, une attitude face à ce que la vie réserve. La transmission n’est plus coercitive. L’enfant est déculpabilisé. On lit en dernier le texte de Bourdieu parce qu’il est très complexe. Sa lecture est rendue plus aisée par les analyses faites précédemment. Ce texte permet aussi d’envisager de façon plus fine ce qui a été vu jusqu’ici et de remettre en perspective les analyses.
 
 
 
Rôle du parent
Avis des étudiants
La gifle
 
 
Corneille
 
 
Kipling
 
 
Biolay
 
 
Bourdieu
 
 
Autres références vues en classe :
Annie Ernaux, La place. Lecture cursive) 
Claire Brétécher
Pierre Bourdieu, « l’émancipation ».
Références culturelles personnelles des étudiants » : par exemple
LOL
Good bye Lénin  !
 
 
 
 
 
On fait noter aux étudiants le rôle du parent pour chacun des documents.
 
Puis on évalue pour chaque document ce rôle : on note ce qui ressort des réactions des étudiants qui pourraient évoquer le parent en tant que guide ; la valeur de ce qui est transmis ; la réaction de l’enfant si elle est présente…On recueille dans le tableau les idées évoquées. La formulation dans le tableau doit rester fidèle à celle des étudiants. On peut faire travailler les étudiants en petits groupes à ce stade, afin qu’ils formulent ensemble leurs réactions, puis on met en commun. On « mutualise ainsi les projets de compréhension » (Accompagner le travail des adolescents, Guy Sonnois, Editions sociales, 2009 )
 
 
En poussant les étudiants à réagir au rôle décrit dans les documents, on commence déjà à préparer l’écriture personnelle : en effet, on les met en situation de jugement. On consigne dans le tableau les réactions et leurs justifications au fur et à mesure de la découverte des documents. En passant de l’analyse à l’évaluation des idées contenues dans les documents, on permet aux étudiants de revenir sur la compréhension. On vérifie ainsi la fidélité de la reformulation. Les étudiants mémorisent donc plus facilement les idées, se les approprient (ce qui facilitera ensuite la rédaction de l’écriture personnelle). Enfin, on installe l’étudiant dans un projet : il ne s’agit pas seulement de lire les textes, mais aussi de formuler un avis personnel, de prendre position, de réfléchir à un acte éducatif et à ses conséquences (le projet de « sens » permet à l’élève de finaliser).
 
 Procéder progressivement permet dans un second temps d’évaluer de nouveau ces avis une fois tous les documents analysés : on relit le tableau avec les étudiants et on regarde avec eux si les avis notés dans le tableau leur conviennent toujours ou s’il y a des idées dont il faudrait rediscuter. En effet, les étudiants découvrent au fur et à mesure le contenu des textes ; la confrontation des documents entre eux peut donc amener les étudiants à proposer d’autres analyses, d’autres interprétations. On leur montre ainsi qu’on peut faire évoluer un avis, modifier une appréciation en confrontant les documents, en les comparant, en faisant ressortir les contrastes. On rend ainsi dynamique l’analyse de l’ensemble des documents. On montre comment une pensée peut progresser, en se nourrissant de références et d’avis contradictoires.
 
 Il est donc important que la réflexion soit menée de façon collective : on a ainsi des avis divergents qui apparaitront au sein de la classe et qu’on prendra en compte dans le tableau. Les étudiants ont parfois peur de s’opposer à ce qui est dit « dans les textes ». On leur montrera ainsi qu’on peut tout à fait contredire, tout en justifiant bien sûr ce que l’on a dit (on les amène tout simplement à « délibérer »). En outre, on se rapproche de la technique de la note de synthèse : en effet, la séquence permet la mise en relation tout d’abord des avis divers des étudiants, ainsi que des documents développant des idées convergentes et divergentes. Les étudiants peuvent alors constater que les deux exercices proposés à l’examen, bien que répondant à des objectifs différents, offrent des similitudes dans la démarche. Ils devraient comprendre que manier des points de vue différents ne constitue pas un obstacle à la réflexion, mais que cela permet au contraire de la faire évoluer, de l’approfondir.
 Dans le cadre de l’acquisition d’une culture, et pour habituer les étudiants à réinvestir des références « hors dossier travaillé dans l’immédiat », on peut les inciter à réinvestir :
- des documents déjà vus en cours comme l’extrait de « L’émancipation », in La misère du monde, dir. Pierre Bourdieu, seuil, 1993 ; Claire Brétécher, Agrippine prend vapeur, Dargaud, 1991 ; Annie Ernaux, Les années, (2008) (Les documents sont donnés en annexe).Ces documents ont été étudiés avec les étudiants au cours d’une note de synthèse sur le thème « Génération(s) ». Les étudiants ayant lu La Place de Annie Ernaux peuvent s’appuyer sur ce livre pour illustrer leur propos. Ces documents permettent d’aborder la transmission d’un point de vue « social » : les mères transmettent des modèles familiaux « traditionnels ». Ils mettent aussi l’accent sur la réaction des enfants, réaction peu présente dans les documents du corpus initial. On peut ainsi voir le désir d’affrontement ou de rupture des enfants. Au-delà de ces éléments, on prend aussi conscience de ce qui perdure : le lien affectif (réaffirmé pour Farida et sa mère après un conflit ouvert très fort ; symbolisé par le câlin final dans la BD après la dispute).
- Des références « personnelles ».
 
Pour cela, on peut orienter le questionnement et demander aux étudiants s’ils connaissent des références (livres, films, faits d’actualité) qui font écho au thème de la « relation parents/enfants ». Ce thème est assez courant pour obtenir des réponses positives : le film  LOL  a très souvent été vu ;  Good bye Lénin ! 
On intègre donc le contenu de ces documents et les réactions des étudiants au tableau. Il est alors plus facile de constater pour les étudiants que le travail de l’écriture personnelle les incite à mobiliser les idées du dossier qu’ils étudient, mais aussi celles des documents vus en cours durant les deux années de préparation au BTS, ou leurs références, indépendamment de toute étude en cours. 
 
On fait le bilan du tableau. On relit les réactions.

Troisième séance : Exercice préparatoire à l’écriture personnelle

Objectif :
- développer des idées à partir d’une question donnée
 
A ce stade, on peut proposer aux étudiants de rédiger un texte dans lequel ils donnent leur version « idéale » du parent, et évoquent ce que celui-ci est censé transmettre. Pour cela, ils peuvent bien sûr s’aider de ce qui a été trouvé dans les textes, mais sans y faire explicitement référence. Le but est de créer une étape transitoire avant la rédaction de l’écriture personnelle proprement dite. Leur faire imaginer le parent idéal est un moyen d’évoquer les idées vues précédemment, mais sans avoir le souci des contraintes de l’exercice de l’examen. L’écriture se trouve libérée et les étudiants devraient être plus à l’aise.
 Ce travail peut faire l’objet d’une mise en commun et d’une discussion en classe.
 

Quatrième séance : Rédiger une écriture personnelle

Objectifs :
- nuancer, relativiser l’expression de sa pensée
- illustrer une idée à l’aide d’exemples 
- réinvestir des références culturelles
- organiser les idées en fonction des objectifs retenus 
 
Enfin, on propose aux étudiants de rédiger en temps limité un sujet d’écriture personnelle : « La transmission effectuée par le parent/Le rôle joué /par le parent permet-il/elle l’épanouissement de l’enfant ? ». « Ce qui est transmis par le parent permet-il à l’enfant de s’épanouir ? ». Le fait d’avoir réfléchi sur le « parent idéal » devrait avoir créé une distance avec les documents. Les étudiants devraient porter sur le contenu des documents un regard distancié et réfléchi, permettant le jugement et surtout permettant la justification de ce jugement.
 Les étudiants ont pour consigne de réutiliser les documents étudiés en cours et de se servir du tableau pour mettre en forme leur avis. Ils peuvent aussi faire appel à des références personnelles ou des documents vus en cours, en dehors de cette séquence.  : des exemples sont donnés dans le tableau permettant de consigner les idées des documents et les avis des étudiants.  
 
 

 



[1] Documents empruntés à un sujet de note de synthèse sur les relations entre générations. Top’guide, Hachette éducation.
[2] *Génération(s), Anthologie, Hélène Sabbah.