13 mar. 2012

Maîtrise et étude de la langue dans l’enseignement du français

Français et interdisciplinarité

Nous avons fait le choix de former un groupe de production académique « Maîtrise et étude de la langue », constitué essentiellement de professeurs de lettres, mais aussi de mathématiques, dont les travaux s’intéressent autant à la discipline du français qu’à l’interdisciplinarité.

Notre discipline, les lettres ou le français, est en perpétuelle tension entre la littérature et la langue, entre la langue et l’expression, entre la maîtrise du système et la maîtrise du discours, ou - si l’on préfère - de la parole, « la langue assumée par l’homme qui parle dans la condition d’intersubjectivité qui seule rend possible la communication linguistique » (Benveniste).

Les programmes en vigueur à l’école, au collège et au lycée ont pour objectifs de rendre l’élève capable de comprendre et de s’exprimer clairement à l’oral et à l’écrit, mais aussi de lui fournir les éléments d’une culture commune, qui lui permettent l’accès à l’imaginaire et au symbolique.

Mon propos est de définir très brièvement ici la spécificité de l’enseignement de notre discipline par rapport à la maîtrise de la langue transversale.

De l’école à l’université, développer les compétences discursives

Notre enseignement participe pleinement à la maîtrise de la langue, au développement des compétences langagières - raconter, décrire, expliquer, argumenter - dès la maternelle, avec l’enjeu de la maîtrise délicate du langage de l’évocation.

On ne maîtrise sa langue que dans les activités de réception et de production et ses différentes manifestations discursives.

On ne saurait discourir de rien : et c’est des grands thèmes anthropologiques que la littérature nous parle, de la vie, de la vérité, qui ne se limite pas, tant s’en faut, à l’opacité brute du réel. La parole fait sens, elle construit le réel, la littérature va à l’essentiel.

S’enrichir de l’imaginaire collectif est un objectif en vigueur dès l’école (contes, comptines, poèmes…)

Se situer en tant que citoyen capable de ne pas se laisser manipuler est une finalité du collège et bien sûr celle du lycée professionnel et général est d’approfondir l’apprentissage des genres premiers et seconds, c’est-à-dire littéraires.

Mais lire suppose une encyclopédie, une culture qui donne sens au texte, qui n’est jamais fermé. Lector in fabula : le lecteur construit le sens. Les lettres mortes deviennent vives. Le discours ne se limite pas à l’énonciation, mais il est interaction et structuration à travers le genre, forme sociohistorique qui codifie le discours. La singularité des textes littéraires, le style des auteurs regardent le professeur de langue et de lettres.

On ne peut confondre les compétences langagières (praxis sociale) avec les compétences linguistiques (finesse dans l’étude de la langue), encore moins avec les connaissances linguistiques (du métalangage, du dictionnaire et de la grammaire). La langue actuelle est le produit, l’essence du discours d’antan et d’aujourd’hui, de ses usages. Elle est, en synchronie et diachronie, notre objet d’étude. Parce qu’elle fait référence à l’histoire du système, au latin et au grec qui l’ont engendrée, encore que ces langues à flexion soient très différentes de la nôtre, parce qu’elle a pour objets la formation des mots, leur graphie et l’agencement de ceux-ci dans l’énoncé, texte ou phrase (syntaxe), notre discipline est la seule qui étudie la langue française.

Quelle étude de la langue ?

Nous sommes les héritiers d’une histoire, de la conception sémantico-logique de la langue, des Grecs, pour qui le langage est ce qui permet de construire le réel par la pensée, de Platon (Théétète, 189 e) et d’Aristote, de Port-Royal, enfin de la linguistique structurale, puis de l’énonciation.

Notre grammaire scolaire doit rendre compte de tout cela : exclure un pan entier de son histoire conduit nécessairement à la réduire. La grammaire de phrase n’est pas la plus solide : avant le XVIIIe siècle, la phrase n’existe pas, on ne distingue pas l’adjectif du substantif, on enseigne la nature des mots en s’inspirant des catégories d’Aristote, les fonctions en les calquant sur les cas du latin.

Notre grammaire actuelle est à la fois une grammaire du sens, de la proposition, du thème et du propos (sujet prédicat, sujet verbe), des modalités de l’énonciation (modalités de phrase appelées « types de phrase »), une grammaire de phrase pour les parties du discours (de ses groupes fonctionnels), une grammaire de texte pour les notions qui ne se comprennent que dans celui-ci (thème et propos, connexions, substituts, temps verbaux).

Ainsi à l’école, on apprend qu’un texte n’est pas un fatras de phrases, que celles-ci sont souvent en trois morceaux, un syntagme sujet, un syntagme verbal, un syntagme circonstant. Avec les programmes actuels, les élèves découvrent en grammaire au cycle 3 les notions essentielles de la grammaire de phrase, qui seront approfondies au collège et complétées par les notions de grammaire de texte et d’énonciation. C’est encore de texte et d’énonciation qu’il sera question au lycée professionnel et général, même si le recours à la grammaire de phrase paraît aussi nécessaire pour la correction de l’écrit.

L’étude du lexique en diachronie, entre langue et discours, appartient au professeur de lettres et de langue française. Le lexique est le parent pauvre de notre enseignement, au détriment de la grammaire et de l’orthographe.

Il appartient au professeur des écoles, au professeur de lettres et de français d’initier les élèves à la graphie normée (sinon logique) des mots et expressions en connaissant les tolérances qui les accompagnent (celles du 6 décembre 1990).

Au sein de notre discipline, la linguistique excelle dans la connaissance de la langue mais elle a laissé à la rhétorique la maîtrise de l’expression. La maîtrise de la langue ne va pas nécessairement de pair avec sa connaissance parfaite, mais avec la maîtrise de ses usages adéquats aux situations d’énonciation vécues par l’homme qui parle pour une meilleure efficacité.

L’apprentissage de la maîtrise de la langue n’appartient pas seulement à l’enseignant de français. Il est l’affaire de toutes les disciplines dès lors que se pose la question de la parole.

Voici donc des articles portant autant sur l’interdisciplinarité (notamment l’histoire des arts) que sur le lexique ou la grammaire du français. Chaque article a été l’objet de débats et de réflexion communs et a pour objectif d’aider les professeurs, dans les classes, à mieux répondre aux difficultés des élèves. La bibliographie, commentée par le groupe de production, permet de mieux s’orienter dans le dédale apparent des courants linguistiques. 

Daniel STISSI, Marie-Laure LEPETIT

IA-IPR Lettres de l’académie de Créteil

 

Articles des professeurs du groupe de réflexion académique

- Faire de la grammaire pour mieux argumenter, gestes professionnels mis en place pour faire découvrir la concession, par Michelle Lesuisse.

- Des gestes professionnels dans une séance de grammaire, analyses de pratiques : la voix passive en 5e, la phrase et la proposition en 3e, par Tatiana Bole et Karine Risselin.

- Art et travail sur la langue : quel travail interdisciplinaire français-mathématiques ? par Guillaume Duez et Matthieu Gaud.

- Comment amener des élèves en difficulté à penser la langue ? Exemples de séances de remédiation sur la phrase et les classes de mots, par Marie Ver Eecke.

Bibliographie

Grammaires, ouvrages, articles, sites de références.

Notes de lecture

Les professeurs du groupe de production « Étude et maîtrise de la langue » ont lu pour vous de nombreux ouvrages, ils en ont sélectionné quelques-uns sur lesquels ils ont rédigé des notes de lecture afin de faciliter votre choix pour votre formation personnelle.

 

 
Document(s) joint(s) :
 
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Après la classe d’accueil
mardi 20 septembre


Adapter sa pédagogie à la présence d’enfants allophones en classe ordinaire

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