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Séance sur la phrase en classe de 3ème

13 / 03 / 2012 | le GREID Lettres

Karine Risselin, professeur de français au collège Jules Ferry de Villeneuve St Georges (94)

 

La notion [1]

Aborder la phrase en classe de 3e, c’est rouvrir un chantier largement abordé depuis l’école élémentaire. Notion complexe, la phrase domine la grammaire scolaire traditionnelle en étant définie par de nombreux critères hétérogènes, non pertinents entre eux, et parfois contestables.
Dans les nouveaux programmes de 6e on peut lire [2] :
« L’analyse de la phrase
- la phrase verbale/non verbale
- la phrase simple (un seul noyau verbal)
- les quatre types de phrase (déclarative, interrogative, injonctive, exclamative)
- la phrase affirmative/la phrase négative
- l’interrogation totale et l’interrogation partielle (marques écrites et orales)
- initiation à la phrase complexe (plusieurs noyaux verbaux). » 
 
En lisant ces brefs passages nous constatons que la phrase peut être définie comme une unité à la fois syntaxique (l’accent est mis sur l’ordonnancement grammatical) et graphique (avec la ponctuation). On ne trouve pas là le critère sémantique même s’il reste prégnant dans la tradition scolaire : « Une phrase doit avoir un sens ». On trouve moins souvent cités les critères liés à la cohérence textuelle alors que de nombreux travaux ont montré que la phrase est à comprendre dans une économie textuelle, en relation avec d’autres phrases ; elle est alors, en tant qu’énoncé minimal, un maillon de la cohérence et de la cohésion textuelle.
 
Les textes officiels font en fait implicitement référence à un modèle de phrase : la phrase dite « de base » ou canonique. C’est un modèle théorique, que la grammaire scolaire considère comme opérant pour décrire la langue. La phrase de « base » est selon les auteurs de la Grammaire Méthodique[3], « une phrase assertive, simple (elle ne comporte qu’une structure phrastique) et neutre (elle est ni négative, ni emphatique, ni passive, ni exclamative), (…) L’ordre des mots correspond à la formule : (CC) – Sujet – (CC) – Verbe – Complément(s)/Attribut – (CC), où (CC) symbolise le complément circonstanciel, facultatif et mobile. » Il est nécessaire de garder à l’esprit ce modèle car il permet de déployer la terminologie que l’Ecole manipule, sans la remettre en question, depuis le 19e siècle. En outre, ce modèle purement théorique est admis et reste par-là implicite : il n’est pas enseigné aux élèves, et s’il l’est, on en escamote la dimension purement théorique.
 
Sans prétendre démonter un à un les critères choisis par la grammaire scolaire, force est de constater que la notion de phrase reste floue, car sujette à des critères très hétérogènes. Ainsi, l’on fait apprendre aux jeunes élèves que la phrase commence par une majuscule et se termine par un point – critère orthographique – ; à l’oral la phrase se caractérise par une intonation descendante – critère phonétique - ; on y ajoute le critère sémantique. En outre, la grammaire scolaire utilise encore aujourd’hui la logique classique, utilisée depuis plusieurs siècles, en analysant la phrase en propositions  ; se superposent alors aux critères syntaxiques des critères de type logique, la proposition étant constituées d’un sujet (ou thème) et d’un prédicat (ou propos). Enfin la linguistique apporte un éclairage nouveau[4] : certains linguistes différencient la phrase, repérable par sa structure, ses particularités syntaxiques, immuables, de son actualisation en discours, dont le sens, rapporté aux conditions d’énonciation, peut varier : « (…) il me semble nécessaire d’établir (…) une distinction rigoureuse entre “ l’énoncé ” et “ la phrase ”. Ce que j’appelle “ phrase ”, c’est un objet théorique, entendant par là qu’il n’appartient pas, pour le linguiste, au domaine de l’observable, mais constitue une invention de cette science particulière qu’est la grammaire ».[5]
 

L’enjeu pour les élèves

En classe, cette notion, omniprésente, doit très tôt être à la fois déconstruite et reconstruite. « Déconstruite » car les élèves n’ont retenu que des critères formels, insuffisants, spécifiques au code écrit et centrés sur l’unité ; ils ont une vision partielle et souvent erronée de la phrase ; et « reconstruite » car l’enseignant se doit d’enrichir et de complexifier les définitions apportées par les élèves tout en intégrant tous les critères que ces derniers utilisent. 
 

Le déroulement de la séance

Voici le déroulé du chantier tel que nous l’avions prévu en deux heures. L’intérêt, ici, de le présenter, est d’observer ensuite les déplacements qui vont avoir lieu dès la première partie sur les représentations des élèves. 
 
 
Chantier de grammaire n°1
Phrase et proposition
 
1) Ce que vous savez déjà sur la phrase et la proposition.
Proposez une réponse à l’écrit, avec un exemple que vous viendrez présenter au tableau.
Comparaison et débat dans la classe ensuite.
Traces laissées au tableau.
 
2) 1ère manipulation
Consigne : Transformez les deux phrases en une seule phrase :
a) Il prend le métro. Il écoute de la musique
b) Les feuilles tombent. C’est l’automne.
c) Il pleut. Il n’a pas pris son parapluie.
 
Prendre plusieurs propositions. Insister sur la nature du lien
Faire émerger : juxtaposition, coordination, subordination.
 

Synthèse 1 : une phrase simple / une phrase complexe : plusieurs propositions, reliées entre elles par différents liens : de juxtaposition, de coordination ou encore de subordination.

 
Annoncer que l’on va faire un zoom sur la subordination
 
3) 2ème manipulation
Bien qu’il pleuve, il n’a pas pris son parapluie.
Combien de phrases, combien de propositions ? Quelle est la proposition que l’on pourrait supprimer ?
> 2 propositions pas sur le même niveau. 
 
Synthèse 2 La subordination relie une proposition dite principale à une ou plusieurs propositions subordonnées introduite par des mots subordonnés : conjonctions de subordination, pronoms relatifs ou encore pronoms interrogatifs.
 
4) Observation : suppression, déplacement, visée
Extrait de Proust Du côté de chez Swann
 
Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m’embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l’entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m’aurait quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j’aimais tant, j’en arrivais à souhaiter qu’il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n’était pas encore venue.
 
- Combien de phrases ?
- Phrase n°2 : combien de propositions ?
- Quelles suppressions pouvez-vous faire ?
Travail seul à l’écrit, recueil des idées, étayage
 
5) Production écrite : expanser un extrait de Marguerite Duras 
 

 


[1] Cette partie est reprise de l’ouvrage « Textes et langue en 6ème », par Magali Lagrange et Karine Risselin, CRDP de l’académie de Grenoble, 2011.
[2] BO n° 6 du 28 août 2008.
[3] Grammaire méthodique du français, op. cit., pp. 105-109.
[4] Nous nous appuyons sur l’article synthétique « Phrase » dans La grammaire d’aujourd’hui, Guide alphabétique de linguistique française de M. Arrivé, F. Gadet , M. Galmiche, Flammarion, 1986. Un développement étayé et rigoureux peut être lu avec profit dans Grammaire méthodique du français, de M. Riegel, J.-C Pellat, E. Rioul, PUF, 1994.
[5] Ducrot, Oswald, Le dire et le dit, Les Editions de Minuit, 1984 : « Ce que le linguiste peut prendre pour observable, c’est l’énoncé, considéré comme la manifestation particulière, comme l’occurrence hic et nunc d’une phrase. Supposons que deux personnes différentes disent “ Il fait beau ”, ou qu’une même personne le dise à deux moments différents : on se trouve en présence de deux énoncés différents, de deux observables différents, observables que la plupart des linguistes expliquent en décidant qu’il s’agit de deux occurrences de la même phrase française, définie comme une structure lexicale et syntaxique, et dont on suppose qu’elle leur est sous-jacente. » (p. 174).

 

 

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