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Ecrire une nouvelle à chute sur un préjugé

25 / 09 / 2013 | A. Simon

par Aymeric Simon, professeur au collège Gérard Philipe, Villeparisis

Niveau : 3e

Durée : 8-9 heures

Objectifs généraux : réaliser un recueil audio de nouvelles à chute décrivant un ensemble de préjugés.

Objectifs pédagogiques :
Lecture :
Lire des nouvelles à chute et comprendre leur fonctionnement.
Ecrire :
Réutiliser un vocabulaire technique découvert lors de stages en CFA afin de construire un récit.
Ecrire un récit pour produire un effet particulier sur le lecteur.

Compétences du socle commun visées à travers cette activité :
Utiliser ses capacités de raisonnement, ses connaissances sur la langue, savoir faire appel à des outils variés pour améliorer son texte.
Adapter sa lecture à la nature du texte proposé et à l’objectif poursuivi.
S’intégrer et coopérer dans un projet collectif.

Contexte : L’activité a été menée avec une classe de 3ème regroupant des élèves ayant d’assez grandes difficultés scolaires. Les élèves ont eu la possibilité dès le mois de janvier d’alterner les périodes de stages en CFA avec les périodes au collège. L’effectif de la classe est réduit à 15 élèves.

Supports :
Corpus de nouvelles à chute lues et étudiées en classe : Mme Bixby et le manteau du colonel de Roald Dahl, Cauchemar en jaune de Frédéric Brown, Iceberg de Fred Kassak.
Carnet de vocabulaire utilisé par les élèves lors de leurs stages en CFA.

Démarches et activités : L’activité suit une séquence s’appuyant sur un corpus de nouvelles à chute.

Apport spécifique des TICE : Le logiciel Audacity, libre de droits, offre la possibilité d’enregistrer une prestation orale et de l’écouter immédiatement. Les élèves obtiennent ainsi un aperçu audio de leur prestation orale. Ce « retour audio » peut leur permettre de poser un regard critique sur leur lecture à voix haute.

Préalablement à cette activité, les élèves ont étudié les caractéristiques du genre de la nouvelle à chute en confrontant deux récits : Mme Bixby et le manteau du colonel de Roald Dahl et Cauchemar en jaune de Frédéric Brown. Ainsi, certaines caractéristiques du genre ont pu être mises en évidence en même temps que les particularités narratives propres à chacune des nouvelles.
L’étude de la nouvelle Iceberg de Fred Kassak a permis quant à elle de lancer véritablement l’activité d’écriture qui comprend deux phases : l’écriture d’une nouvelle complète et la mise en voix de cette nouvelle au moyen du logiciel Audacity.
Les élèves sont répartis par groupe de deux à partir de la séance nº2. Les groupes sont obligatoirement mixtes afin de pouvoir bénéficier de timbres de voix différents lors de l’enregistrement des nouvelles.

Déroulement de l’activité

Séance nº1 (2 heures)

Objectif : lire une nouvelle à chute reposant sur un cliché littéraire.
Support : lecture de la nouvelle Iceberg de Fred Kassak.

La lecture en classe avec les élèves de cette nouvelle a permis de mettre en évidence la notion de cliché littéraire : le récit installe immédiatement la forme du triangle amoureux incitant aussitôt le lecteur à considérer le personnage de Georges comme un personnage adulte, rival amoureux du narrateur, alors qu’il ne s’agit en fait que d’un nouveau–né.
La lecture de la nouvelle a été volontairement arrêtée juste avant la chute au moment où le stratagème imaginé par le narrateur pour éliminer le personnage de Georges est sur le point d’aboutir. Les élèves ont ensuite été invités à imaginer individuellement et par écrit la fin de la nouvelle.

Séance nº2 ( 1 heure)

Objectif : comment écrire une nouvelle à chute ?
Support : lecture de la fin de la nouvelle.

Cette séance s’est ouverte sur des lectures à voix haute de plusieurs fins écrites par les élèves. Ensuite, la lecture à voix haute de la fin de la nouvelle a fortement fait réagir les élèves qui ont découvert que le personnage de Georges était en réalité un bébé. Dès lors, il leur a semblé peut-être plus légitime de revenir sur le début de la nouvelle afin de repérer les mécanismes grammaticaux et littéraires qui les ont poussés vers l’interprétation voulu par l’auteur. Ce repérage a mis en évidence :

  • Le rôle du cliché (triangle amoureux, connotation du prénom Georges) qui très tôt dans la nouvelle incite le lecteur à considérer Georges comme un adulte. 
  • Les termes génériques (« un homme », « un être », « cet avorton ») et les pronoms démonstratifs (« celui qui ... ») qui permettent à l’auteur de masquer certaines informations sur le personnage de Georges.
  • Les pronoms personnels très nombreux dans la nouvelle.
  • Les mots polysémiques (« Bien sûr, elle l’avait fait souffrir », le mot « voiture » qui désigne une automobile mais aussi le landau d’un nouveau-né…)

 Séance nº3 (1 heure)

Objectif : préparer l’écriture de la nouvelle.
Support : tableau à compléter au brouillon sur les éléments de la nouvelle.

Cette séance oriente les élèves dans l’élaboration du canevas de leur nouvelle. Ils sont amenés à choisir le cliché dont ils souhaitent parler parmi trois thèmes : les jeunes et la banlieue, la perception du handicap et les inégalités homme/femme. Puis, ils peuvent réfléchir au balisage d’une première intrigue et anticiper déjà sur la construction de la chute. Ils doivent ensuite identifier clairement une ou plusieurs informations qui ne seront dévoilées au lecteur qu’à la fin de leur récit. Enfin, ils complètent leur tableau en recherchant des mots ou groupes de mots permettant de dynamiser leur nouvelle sans révéler d’indice au lecteur (mots polysémiques, termes génériques, pronoms personnels…)
Le tableau se matérialise par la simple division en quatre parties d’une feuille au format A4. Un exemple est montré aux élèves par l’intermédiaire du TNI : 

Séance nº4 (2–3heures)

Objectif : écriture de la nouvelle au brouillon.
Support : recherches effectuées au brouillon lors de la séance précédente.

Ce premier jet présente parfois des difficultés pour les élèves notamment pour ceux qui n’ont pas suffisamment développé le canevas de leur nouvelle. Ainsi, certains groupes ont été amenés à reprendre ce canevas afin d’avoir une vue d’ensemble plus claire de l’histoire qu’ils voulaient écrire.
Une fois le premier jet achevé et volontairement interrompu avant la chute, les groupes ont pu échanger entre eux les textes afin d’en vérifier le bon fonctionnement et l’efficacité.
Pour cela, il leur a été proposé d’écrire la fin de la nouvelle écrite par les membres de l’autre groupe. En revanche, lors de cette première forme d’évaluation voir d’autorégulation, il a bien été précisé aux élèves que le fonctionnement et l’efficacité de la nouvelle étaient bien les priorités à prendre en considération aussi bien dans leur analyse du texte écrit par l’autre groupe que dans la correction de leur propre texte. La correction de la langue (syntaxe et grammaire) ne viendrait s’ajouter qu’à la suite des premières lectures à voix haute lors de la séance nº5.

Séance nº5

Objectif : enregistrer les lectures à voix haute des nouvelles.
Support : logiciel Audacity.


Lors d’une première heure en salle informatique les élèves se sont familiarisés avec le logiciel Audacity. Cela a été l’occasion de rappeler à l’ensemble de la classe les critères d’une bonne lecture à voix haute. Ainsi, ils ont pu s’entraîner à lire à voix haute des paragraphes de leur nouvelle avec deux consignes principales à respecter : articuler et parler assez fort et respecter le découpage imposé par la ponctuation. Ces premiers essais de lecture ont parfois permis aux élèves de mieux identifier les erreurs présentes dans leur texte : absence de virgule, phrases trop longues, erreur de conjugaison du passé simple, concordance des temps et répétitions involontaires de mots. Enfin, les élèves ont bénéficié d’un temps de récriture suite à ces premières mises en voix.
Après ces multiples essais, les groupes ont été invités lors d’une deuxième heure à enregistrer à tour de rôle la version définitive de la nouvelle. Ce temps de calme et de silence dans la classe a été nécessaire afin d’obtenir un enregistrement audio sans bruit de fond et de bonne qualité.

Développement de l’activité

Cette activité d’écriture avec les élèves a été renouvelée au moment où les élèves suivaient à tour de rôle des stages hebdomadaires en CFA. Certains groupes d’élèves partaient en CFA pendant que les autres suivaient les cours au collège.
Pendant cette période de l’année, l’objectif a été de mettre en rapport les différents stages que les élèves pouvaient suivre avec l’écriture en groupe d’une nouvelle. L’objectif d’écriture était donc quelque peu modifié : écrire une nouvelle à chute évoquant un cliché sur les métiers dits manuels.
Pour cette seconde écriture, les élèves avaient la possibilité de s’appuyer sur le relevé d’un vocabulaire technique des différents métiers observés lors des stages. Pour cela, deux pages ont été réservées à cette activité dans leur carnet de bord (un livret qu’ils devaient compléter lors des stages). Une page a permis le relevé du vocabulaire technique tandis que l’autre, plus libre dans sa forme, a permis aux élèves de noter leurs idées personnelles pour l’écriture de la nouvelle. Ces documents ont été construits en classe avec les élèves afin de rappeler brièvement les éléments permettant de construire une nouvelle à chute. Ainsi, les élèves ont pu faire le lien entre la nécessité d’employer des termes polysémiques et le vocabulaire technique qu’ils ont dû relever en stage et qui étaient parfois polysémiques également. La nouvelle a pu ensuite être construite à partir du récit d’une journée de stage au CFA.

Trois exemples de travaux des élèves

Exemple 1 :

Exemple 2 :

Exemple 3 :

Commentaires

Apport spécifique du logiciel Audacity


Ce logiciel permet de donner aux élèves un retour audio de leur performance par le biais de l’enregistrement. Cet aperçu de leur prestation orale peut les amener à voir la mise en œuvre de plusieurs compétences au sein de la dominante orale du cours de français, par exemple, la nécessité d’articuler et de parler fort pour être compris, la nécessité de respecter la ponctuation pour ne pas déformer le sens du texte ou encore l’obligation de maîtriser sa respiration dans le cadre d’un texte long.
Lors de l’enregistrement définitif, le recours au logiciel a créé dans la classe un climat d’écoute et de respect vis-à-vis du travail de l’autre qui n’était pas forcément toujours acquis dans les autres activités menées au début de l’année. Ce rituel de l’enregistrement a canalisé la classe qui, dès le début de l’heure, a dû faire le silence complet mais aussi être attentive à la lecture à voix haute qui était en train d’être faite.
L’enregistrement des nouvelles annoncé dès le début de leur écriture a permis de les motiver davantage dans cette perspective d’écrire un récit complet. Le profil particulier de la classe a nécessité d’évoquer très tôt dans l’activité les débouchés possibles de leurs travaux. Ainsi, certaines nouvelles ont été mises en ligne sur l’ENT de l’établissement afin de valoriser leurs travaux tout en sensibilisant les autres élèves du collège sur certains préjugés. D’autres nouvelles ont été écoutées par les élèves de la classe de découverte professionnelle (DP3) afin d’introduire une séance sur les préjugés dans le monde professionnel.

Les difficultés et les obstacles

Les élèves ont souvent eu du mal à réinvestir dans le récit de leurs nouvelles le vocabulaire découvert lors des stages. Interrogés sur ce point, beaucoup ont reconnu ne pas avoir eu le temps ou ne pas avoir pensé à recopier les mots de vocabulaire. La lecture des carnets de bord a montré en effet que la partie vocabulaire ne contenait pour beaucoup que deux ou trois mots. Un retour en classe sur ce vocabulaire technique aurait permis, à mon sens, de constituer une banque de mots commune à toute la classe car hormis le nombre restreint de mots relevés, certains groupes ont aussi relevé des termes techniques différents après avoir suivi le même stage.
Imposer un lien entre l’écriture de la nouvelle et les stages en CFA a été bénéfique pour les élèves à mon sens car ils ont pu s’appuyer sur des éléments du monde réel, sur des éléments qu’ils ont pu observer et parfois manipuler afin de construire l’histoire de leur nouvelle. Cependant, beaucoup ont eu du mal à dépasser ce simple rapport des faits observés pour construire une véritable intrigue. Ce temps de réécriture n’a malheureusement pas pu être mené en classe mais il peut être le point de départ à l’expansion du simple récit de stage en une nouvelle comportant une intrigue plus longue et un peu plus divertissante pour le lecteur dès sa mise en place.
Il a parfois été difficile de remobiliser les élèves qui alternaient entre les périodes de stage et les cours traditionnels du collège même si lors de ces périodes, l’effectif en classe était plus réduit.

Quelques idées de prolongement

  • Relier cette activité au stage d’une semaine obligatoire pour tous les élèves de troisième. Outre le rapport de stage demandé aux élèves, cette activité permettrait de mettre en rapport le stage d’observation en entreprise avec l’écriture d’un récit complet dans le cadre du cours de français tout en s’appuyant sur des activités intermédiaires comme l’enregistrement d’un compte-rendu oral de son stage avec Audacity.
  • Instaurer un partenariat avec une médiathèque sonore ou une association comme les donneurs de voix http://www.advbs.fr/ afin de faire écouter les nouvelles lues par les élèves à des personnes en situation de handicap et de créer éventuellement un échange avec la classe.

 

 

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