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Au bonheur des dames - Texte 3(séance 5)

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

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Texte N°3 (chapitre XIII) :

Cette nuit-là, Denise ne dormit guère. Une insomnie, traversée de cauchemars, la retournait sous sa couverture. Il lui semblait qu’elle était toute petite, et elle éclatait en larmes, au fond de leur jardin de Valognes, en voyant les fauvettes manger les araignées, qui elles-mêmes mangeaient les mouches. Etait-ce donc vrai, cette nécessité de la mort engraissant le monde, cette lutte pour la vie qui faisait pousser les êtres sur le charnier de l’éternelle destruction ? Ensuite, elle se revoyait devant le caveau où l’on descendait Geneviève, elle apercevait son oncle et sa tante, seuls au fond de leur salle à manger obscure. Dans le profond silence, un bruit sourd d’écroulement traversait l’air mort : c’était la maison de Bourras qui s’effondrait, comme minée par les grandes eaux. Le silence recommençait, plus sinistre, et un nouvel écroulement retentissait, puis un autre, puis un autre : les Robineau, les Bédoré et sour, les Vanpouille, craquaient et s’écrasaient chacun à son tour, le petit commerce du quartier Saint Roch s’en allait sous une pioche invisible, avec de brusques tonnerres de charrettes qu’on décharge. ALORS, un chagrin immense l’éveillait en sursaut. Mon Dieu ! que de tortures ! des familles entières qui pleurent, des vieillards jetés au pavé, tous les drames poignants de la ruine ! Et elle ne pouvait sauver personne, et elle avait conscience que cela était bon, qu’il fallait ce fumier de misères à la santé du Paris de demain. Au jour, elle se calma, une grande tristesse résignée la tenait les yeux ouverts, tournés vers la fenêtre dont les vitres s’éclairaient. Oui, c’était la part du sang, toute révolution voulait des martyrs, on ne marchait en avant que sur des morts. Sa peur d’être une âme mauvaise, d’avoir travaillé au meurtre de ses proches, se fondait à présent dans une pitié navrée, en face de ces maux irrémédiables, qui sont l’enfantement douloureux de chaque génération. Elle finit par chercher les soulagements possibles, sa bonté rêva longtemps aux moyens à prendre pour sauver au moins les siens de l’écrasement final.

| Observation du texte | Bilan des observations | Plan du commentaire |

Observation du texte

Le texte est présenté sur transparents et les élèves ont à interpréter le repérage.

On peut aussi le faire élaborer et / ou interpréter par les élèves en module.

 

 

  • Repérage 1

CETTE NUIT-LA, Denise ne dormit guère. Une insomnie, traversée de cauchemars, la retournait sous sa couverture.

Il lui semblait qu’elle était toute petite, et elle éclatait en larmes, au fond de leur jardin de Valognes, en voyant les fauvettes manger les araignées, qui elles-mêmes mangeaient les mouches.

Etait-ce donc vrai, cette nécessité de la mort engraissant le monde, cette lutte pour la vie qui faisait pousser les êtres sur le charnier de l’éternelle destruction ?

ENSUITE, elle se revoyait devant le caveau où l’on descendait Geneviève, elle apercevait son oncle et sa tante, seuls au fond de leur salle à manger obscure. Dans le profond silence, un bruit sourd d’écroulement traversait l’air mort : c’était la maison de bourras qui s’effondrait, comme minée par les grandes eaux. Le silence recommençait, plus sinistre, et un nouvel écroulement retentissait, puis un autre, puis un autre : les Robineau, les Bédoré et soeur, les Vanpouille, craquaient et s’écrasaient chacun à son tour, le petit commerce du quartier Saint Roch s’en allait sous une pioche invisible, avec de brusques tonnerres de charrettes qu’on décharge.

ALORS, un chagrin immense l’éveillait en sursaut.

Mon Dieu ! que de tortures ! des familles entières qui pleurent, des vieillards jetés au pavé, tous les drames poignants de la ruine ! Et elle ne pouvait sauver personne, et elle avait conscience que cela était bon, qu’il fallait ce fumier de misères à la santé du Paris de demain.

AU JOUR, elle se calma, une grande tristesse résignée la tenait les yeux ouverts, tournés vers la fenêtre dont les vitres s’éclairaient.

Oui, c’était la part du sang, toute révolution voulait des martyrs, on ne marchait en avant que sur des morts.

Sa peur d’être une âme mauvaise, d’avoir travaillé au meurtre de ses proches, se fondait à présent dans une pitié navrée, en face de ces maux irrémédiables, qui sont l’enfantement douloureux de chaque génération.

Elle finit par chercher les soulagements possibles, sa bonté rêva longtemps aux moyens à prendre pour sauver au moins les siens de l’écrasement final.

 

 

  • Repérage 2

Cette nuit-là, Denise ne dormit guère. Une insomnie, traversée de cauchemars, la retournait sous sa couverture. Il lui semblait qu’elle était toute petite, et elle éclatait en larmes, au fond de leur jardin de Valognes, en voyant les fauvettes manger les araignées, qui elles-mêmes mangeaient les mouches. Etait-ce donc vrai, cette nécessité de la mort engraissant le monde, cette lutte pour la vie qui faisait pousser les êtres sur le charnier de l’éternelle destruction ?

ensuite, elle se revoyait devant le caveau où l’on descendait Geneviève, elle apercevait son oncle et sa tante, seuls au fond de leur salle à manger obscure.

Dans le profond silence, un bruit sourd d’écroulement traversait l’air mort : c’était la maison de bourras qui s’effondrait, comme minée par les grandes eaux.

Le silence recommençait, plus sinistre, et un nouvel écroulement retentissait,

puis un autre,

puis un autre :

les Robineau,

les Bédoré et soeur,

les Vanpouille, craquaient et s’écrasaient chacun à son tour,

le petit commerce du quartier Saint Roch s’en allait sous une pioche invisible, avec de brusques tonnerres de charrettes qu’on décharge.

Alors, un chagrin immense l’éveillait en sursaut. Mon Dieu ! que de tortures ! des familles entières qui pleurent, des vieillards jetés au pavé, tous les drames poignants de la ruine ! Et elle ne pouvait sauver personne, et elle avait conscience que cela était bon, qu’il fallait ce fumier de misères à la santé du Paris de demain. Au jour, elle se calma, une grande tristesse résignée la tenait les yeux ouverts, tournés vers la fenêtre dont les vitres s’éclairaient. Oui, c’était la part du sang, toute révolution voulait des martyrs, on ne marchait en avant que sur des morts. Sa peur d’être une âme mauvaise, d’avoir travaillé au meurtre de ses proches, se fondait à présent dans une pitié navrée, en face de ces maux irrémédiables, qui sont l’enfantement douloureux de chaque génération. elle finit par chercher les soulagements possibles, sa bonté rêva longtemps aux moyens à prendre, pour sauver au moins les siens de l’écrasement final.

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Bilan des observations 

Evolution des sentiments de Denise :

 

  • Agitation / apaisement .
  • Larme / résignation / action

en parallèle : évolution symbolique jour / nuit

Evolution de la pensée de Denise :

 

  • Structure d’une argumentation qui se détache du récit : style indirect libre
  • Question / réponse

= Denise se calme parce que son choix est fait : il faut accepter l’évolution économique

Evolution des images

 

  • Mort / vie
  • Le petit commerce est rattaché à un phénomène naturel plus vaste : la vie naît de la mort

= Il faut accepter l’évolution économique parce qu’elle est un phénomène naturel. Elle s’inscrit dans le cadre plus général de la lutte pour la vie (Darwin = évolution des espèces par la sélection naturelle : seuls les plus forts résistent et perpétuent l’espèce lui permettant de résister et de s’adapter)

Evolution du petit commerce

 

  • Mouvement d’élargissement : phrases courtes/longues - du particulier au général
  • Mort évoquée comme un cataclysme : effondrement /inondation
  • Présence d’une force supérieure et invisible

 

= Apocalypse : récit racontant des visions de fin du monde précédant un retour à une situation meilleure (châtiment avant Rédemption)

 

Dimension mythique (mise en scène de forces symboliques)

 

Conclusion :

Définitions des expressions souvent utilisées à propos de Zola

 

  • vision épique de Zola

= élargissement de la vision de la réalité (individus / forces symboliques)
= inscription de la réalité humaine dans le cadre plus vaste des phénomènes naturels

 

  • Le naturalisme de Zola

= la réalité sociale "fonctionne" comme la réalité physique et animale, elle obéit à des lois scientifiques : le darwinisme ;
= la réalité humaine au niveau individuel "fonctionne aussi selon des lois scientifique : dans l’ensemble du cycle des Rougon Macquart : les lois de l’hérédité.

 

 

 

 

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Plan du commentaire

Texte = moment crucial dans l’évolution de Denise : choix douloureux mais clair et conscient pour le nouveau commerce (jusqu’alors tiraillée entre cœur et raison)

1 - Un choix douloureux

La mort du petit commerce est vécue comme une catastrophe naturelle, un cataclysme.

- Vision d’apocalypse

- Amplification

- Force invisible

= dimension épique

2 - mais un choix clair et conscient

- Evolution des sentiments

- Evolution de la réflexion

= dimension argumentative

3 - Pourquoi ce choix ?

- La mort du petit commerce est un phénomène naturel

- La mort du petit commerce est un phénomène inévitable

= dimension mythique

Choix de Denise est un choix qui ne se limite pas à un cas de conscience, à un problème individuel. Il s’inscrit dans un cadre plus large celui des forces qui mènent le monde, celui qui rattache l’homme à l’univers dans lequel il vit.

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