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Déraillements passagers

25 / 05 / 2014 | F. Cahen

Par Françoise Cahen, professeur au lycée Maximilien Perret (Alfortville)
 

  • Niveau(x) : seconde, transposable à d’autres niveaux
  • Durée  : un projet sur toute l’année, quasiment une heure par semaine.
  • Objectifs  :

- Travailler l’écriture d’invention à travers une démarche collaborative : créer des personnages, structurer une intrigue…
- Améliorer sa syntaxe et son orthographe, enrichir son style
- Travailler la lecture à voix haute et la mise en scène
- Présenter dans la salle de spectacle de la ville le résultat du travail de groupe

  •  Supports :

- Un extrait de La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock
- Un chapitre de roman Kornel Esti de Dezso Kosztolanyi

  •  Contexte  :

- un partenariat avec le Pôle culturel d’Alfortville, qui finance les interventions en classe d’une auteure de théâtre, Charlotte Escamez, et d’un metteur en scène/ acteur, William Mesguich.
- Groupe d’accompagnement personnalisé : mise en oeuvre d’un projet collectif permettant un soutien personnalisé aux élèves dans leur expression écrite et orale

  • Outils TICE :

le logiciel « Freemind », un vidéoprojecteur, le site d’écriture collaborative « Framapad », un blog, une caméra numérique, un logiciel de montage vidéo, Audacity.

  • Démarches et activités :

-Recherches d’idées autour du voyage en train, à travers l’improvisation et le logiciel « Freemind »
- Arrivée de l’auteur intervenant dans la classe : Charlotte Escamez-Mesguich. Recherche de l’identité des personnages, de la structure de la pièce, d’une époque, d’un événement perturbateur.
- Ecriture de la pièce, sur des brouillons papier, puis sur Framapad, commentaire et révision chaque semaine des textes écrits la semaine précédente, qui sont améliorés, avec des corrections.
- Répétitions de mises en scènes en vue d’une lecture de la pièce avec William Mesguich
- Tournage d’une bande-annonce
- Edition de la pièce en tirage limité par le Pôle culturel de la ville
- Présentation du livre, des personnages et de la bande-annonce lors d’une fête au Pôle culturel

  • Apport spécifique des TICE :

- Aide à la collecte d’idées, au brouillon
- Aide à l’écriture collaborative
- Valorisation du travail fait, diffusion vers l’extérieur de l’œuvre produite
- Substitut à la mise en scène intégrale du texte, impossible vu le temps de préparation imparti

Déroulé de la séquence

Un partenariat est développé entre le lycée Maximilien Perret et le Pôle culturel d’Alfortville depuis de nombreuses années. Non seulement les élèves peuvent aller voir des pièces de théâtre à prix réduit, mais ils sont invités à des rencontres avec le personnel technique de la salle, et les acteurs ou les metteurs en scènes des spectacles.
Pour l’année 2012-2013, un projet encore plus ambitieux est mis en place : en accompagnement personnalisé de seconde, des interventions régulières de Charlotte Escamez-Mesguich (auteur de théâtre) dans un premier temps et de William Mesguich (acteur et metteur en scène) dans un second temps sont programmées autour d’un projet d’écriture théâtrale. Un groupe d’une petite dizaine d’élèves motivés par le projet est créé.

Une première rencontre avec l’auteur permet de dégager un thème qu’elle souhaite développer avec les élèves : celui d’un voyage en train. En attendant ses interventions, qui ont lieu à partir de la Toussaint, nous créons de petites improvisations sur ce thème, nous faisons des exercices de théâtre à la recherche de personnages originaux qui pourraient se rencontrer dans un train, puis nous lui envoyons par mail une carte heuristique qui nous permet de synthétiser toutes les idées que nous avons, en dégageant toutes les étapes du voyage.

A son arrivée, après la Toussaint, nous cherchons à situer l’époque de notre pièce : un élève cinéphile a l’idée de prendre comme référence La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, et nous visionnons ensemble un extrait de ce film qui se passe dans un train. Les lycéens se mettent d’accord pour imaginer une action qui se passe à cette époque. Le train choisi est cependant l’Orient-Express, et la destination du voyage, votée, est Venise. L’auteur veut également s’inspirer d’un chapitre de roman : Kornel Esti de Dezso Kosztolanyi, que je photocopie aux élèves. Il se passe justement dans un train. On choisit avec les élèves de conserver plusieurs idées contenues dans ce texte : une atmosphère légèrement décalée et absurde, avec des discussions entre personnages inattendus, un contrôleur trop bavard qui sort de son rôle de simple contrôleur, et un personnage d’écrivain observateur et mélancolique qui consigne les faits et gestes des autres voyageurs. L’intervenante, Charlotte Escamez, demande à chaque élève d’inventer son propre personnage. C’est un moment très sympathique de l’atelier : chacun lance à l’oral des idées, suggère des traits de personnalité supplémentaires à chacun, parce qu’on est attentif à l’idée d’interactions ultérieures entre eux, et nous souhaitons que nos personnages soient assez contrastés. Certains choisissent des personnages proches d’eux : par exemple, deux amies inséparables choisissent d’incarner deux amies inséparables qui compléteront sans arrêt les phrases l’une de l’autre… D’autres, plus audacieux, choisissent des personnages vraiment décalés : nous aurons une religieuse parlant à un chien imaginaire qu’elle cherche sans arrêt ou qu’elle a au bout d’une laisse vide… On leur donne des noms, là aussi, collectivement. Peu d’entre eux changeront. C’est le cas de la jeune fille rieuse qui s’appelle au départ « Rigolette » comme dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue qu’ils viennent de voir adaptés au théâtre : on la rebaptisera plus tard « Rigolote » pour la distinguer du roman. Le chirurgien s’appelle William, ce qui est un clin d’œil malicieux des élèves au mari de notre intervenante…

Les élèves décident qu’un événement perturbateur ait lieu pendant le voyage, qui soit à l’origine d’un changement assez profond de la personnalité de chacun. Après avoir évoqué l’hypothèse d’un début d’incendie déclenché par un passager pyromane, nous renonçons à cette idée (d’autant plus que l’élève qui l’avait proposée renonce à participer à l’atelier, comme quelques autres le feront au fil de l’année) nous optons pour l’idée assez simple mais suffisante à nos yeux d’une panne d’électricité.

Je propose d’utiliser Framapad comme support d’écriture collective. Nous y aurons recours occasionnellement, pour la mise en commun des textes : le site est souvent difficilement accessible aux élèves et ceux-ci préfèrent utiliser le papier. Framapad nous aidera cependant à mettre en ligne notre texte.
 

Chaque élève travaille sur le texte de son propre personnage. Les relectures des textes écrits lors de la semaine précédente, à voix haute, ont toujours lieu en début de séance. Puis nous faisons des corrections, en mettant les élèves en binôme, et en changeant régulièrement les partenaires pour que le regard sur le texte écrit change. Chacun doit être au courant de ce que l’ensemble des élèves écrit. Le fait d’avoir des étapes bien précises nous aide : nous avons en effet prévu une exposition qui présente les personnages au moment du départ, puis des premières rencontres entre les voyageurs, avant la panne d’électricité, le changement de chacun après celle-ci, puis le dénouement. Parfois, Charlotte Escamez vient avec des débuts de phrase, des consignes d’écriture qui permettent de débloquer la situation d’élèves ayant du mal à faire évoluer leur texte. Une élève particulièrement responsable, à la fin de l’écriture, est chargée d’une dernière relecture et suggère des modifications ou des enrichissements à certains groupes.
 

Voici un lien qui permet de télécharger le texte obtenu : http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=oasis&e_id=66902
 

Quelques interventions de William Mesguich sont prévues en vue d’une lecture publique de notre pièce. Les élèves ne sont pas très motivés par l’idée d’une lecture. Ils préfèrent essayer de mettre en scène le début de la pièce, et les séances de préparation avec le grand artiste de théâtre qu’est William les motivent beaucoup. Mais nous n’avons pas assez de séances (deux heures à chaque fois) pour préparer un travail présentable et abouti sur scène


Avec la directrice du Pôle culturel, nous admettons que tout le travail effectué depuis le début de l’année scolaire, qui est tout de même considérable, mérite une présentation publique. Je propose le tournage d’une bande-annonce de la pièce, gare de Lyon, à partir des idées de mises en scènes de William Mesguich.
Avec les élèves, nous votons aussi pour le titre de notre pièce et « Déraillements passagers » s’impose notamment à cause du double sens qu’on peut attribuer à chaque mot. Nous nous mettons d’accord sur la structure de notre bande-annonce et nous répétons au lycée les différentes séquences. Puis, nous organisons une sortie gare de Lyon pour tourner (discrètement) nos petites scènes. Au lycée, nous enregistrons la musique au CDI avec Audacity : nous faisons tous les chœurs derrière le chanteur-musicien du groupe. Le montage est fait par une élève du groupe passionnée de cinéma. Voici le résultat : http://www.youtube.com/watch?v=NyerPQbKM6I

Le personnel du Pôle culturel réalise de son côté une magnifique édition papier de la pièce, avec des illustrations somptueuses choisies par la maquettiste, et des photographies du groupe prises par le photographe municipal. Un exemplaire de ce texte joliment imprimé est remis à chacun des élèves et des adultes ayant participé à l’atelier, lors de la présentation publique de la bande annonce, sur grand écran, au théâtre. Cette présentation a lieu le même soir que le spectacle du club théâtre du lycée.

Les difficultés de ce projet ont été de plusieurs ordres. D’une part, nous demandions aux élèves un travail plus grand que pour l’accompagnement personnalisé classique : la plupart du temps, la séance comportait deux heures de présence au lieu d’une seule. Dans notre lycée, les choix de groupes d’accompagnement se fait par trimestre, et le nôtre devait fonctionner à l’année. Ces groupes s’organisent en fonction des vœux des élèves par rapport aux projets qui leur sont proposés. Cela a expliqué en partie le désistement de certains d’entre eux, que n’a pas comblé le recrutement de quelques nouveaux en cours de route. Un partenariat avec des artistes est une chose merveilleuse, mais cela pose dans un lycée des problèmes de gestion : des sorties scolaires non prévues à l’avance sur l’horaire de l’intervenant ont par exemple causé l’absence de certains élèves (qui n’appartenaient pas tous à la même classe), il a fallu beaucoup de patience pour que le projet, sans doute trop ambitieux au départ, puisse aboutir à des productions dont finalement nous sommes tous fiers. Les TICE, notamment à travers la réalisation de la bande-annonce, ont vraiment facilité l’aboutissement de notre travail et l’ont rendu présentable. Les élèves en regardent encore parfois la vidéo-souvenir. Ils ont conscience qu’un projet sur l’année est une chose difficile à mener, mais l’effort déployé en vaut la peine…
Cet atelier comptait plusieurs élèves en difficulté, et chacun a trouvé sa place : pour la musique, pour le montage du film, etc… Il est incontestable qu’un projet à long terme tel que celui-ci valorise la diversité des compétences des élèves. Un élève absentéiste, en échec scolaire, qui redouble sa seconde a notamment été très présent à cet atelier : il a pu nouer avec les artistes une vraie relation et trouver des moments de plaisir au lycée.
Je remercie infiniment le Pôle culturel, sa directrice Nora Gontharet, sa chargée de communication Sylvie Lebel, et la responsable des partenariats Catherine Zabounian, mais aussi Charlotte et William Mesguich, deux grands artistes : je me réjouis d’avoir eu la grande chance de les côtoyer dans cette aventure très enrichissante !


 

 

 

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