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« La curiosité est-elle un vilain défaut ? » : les Cabinets de curiosités du XVIIème siècle jusqu’à Pinterest

14 / 06 / 2014 | le GREID Lettres | F. Cahen



Par Françoise Cahen, professeur au lycée M.Perret d’Alfortville

Niveau(x) : seconde, transposable à d’autres niveaux


Durée : 4 semaines


Objectifs :


- Découvrir ensemble un thème d’histoire des arts, en lien avec des courants littéraires


- Trouver une passerelle entre plusieurs objets d’étude du programme de seconde : Classicisme, Lumières (pour l’argumentation ) et Surréalisme (pour la poésie)


- Allier argumentation sur la curiosité – en partant de l’étude d’un groupement de textes et de l’écriture d’une dissertation- et créativité poétique


- Allier observations concrètes (visite d’un musée) et explorations virtuelles (internet)


- Partager avec les autres nos découvertes et nos créations grâce à la publication sur un blog et un réseau social (Pinterest)


Supports : 


- Un groupement de 5 textes sur la curiosité : 

  • Charles Perrault, La Barbe-Bleue, 1697
  • Jean de la Fontaine, Les deux pigeons, 1678
  • Molière, Dom Garcie de Navarre, 1661
  • Jaucourt, Article « Curiosité » dans L’Encyclopédie, 1751
  • Bougainville, Voyage autour du monde, 1771


-Une visite du musée Fragonard de Maisons-Alfort


Outils TICE :

  • diaporamas mis en ligne sur un blog
  • Pinterest
  • internet
  • téléphones portables ou appareils photos
  • un blog de classe



Démarches et activités :



- Etude d’un groupement de textes sur le thème de la curiosité débouchant sur l’écriture d’une dissertation « La curiosité est-elle un vilain défaut ? »



- Recherches guidées sur les Cabinets de curiosité avec la collaboration du professeur documentaliste, débouchant sur la réalisation de diaporamas, qui sont ensuite publiés sur le blog de classe.



- Visite guidée du Musée Fragonard de Maisons-Alfort. Les élèves doivent prendre des photos et les utiliser ensuite pour créer leur propre cabinet de curiosités virtuel sur Pinterest en les mêlant à des photos provenant d’autres sources : chacune d’entre elle doit être illustrée d’une courte poésie inspirée du courant surréaliste (étudié en parallèle à ce moment en classe.)


Apport spécifique des TICE :
- Un apport documentaire (recherches sur les cabinets de curiosités)


- Un apport créatif liant images et écriture (diaporamas et Pinterest)


- Un apport de communication (travail collaboratif et partage avec l’extérieur).



Déroulé de la séquence :


Nous commençons cette séquence qui comporte plusieurs phases, par l’étude assez classique d’un groupement de textes. Au préalable, nous posons à l’oral la question qui sera celle de l’évaluation finale : « La curiosité est-elle un vilain défaut ? » et les élèves apportent des arguments et des exemples que nous notons au tableau, le plus souvent issus d’une expérience du quotidien ou bien de l’actualité. Il est facile de distinguer d’emblée le fait que les arguments sont contradictoires et de faire deux colonnes selon qu’on soutient ou qu’on critique la curiosité. Le but de notre travail, dans un premier temps, sera de les faire passer du simple débat spontané à la dissertation littéraire, en construisant une argumentation qui s’appuie non plus sur le quotidien ou les actualités des stars mais sur des textes issus du Classicisme ou des Lumières. Un tableau de synthèse est distribué aux élèves : au fil de l’étude (une heure est prévue pour chaque texte), nous le compléterons. (Voir pièce jointe) Les différents points à noter pour chaque texte sont : auteur, siècle/courant littéraire, genre, arguments en faveur de la curiosité, arguments qui s’opposent à la curiosité, et enfin une citation marquante du texte.


Je décide d’aider les élèves pour les deux premiers textes, et de les laisser remplir seuls le tableau pour les textes suivants, afin de favoriser leur autonomie et leur réflexion. Cependant, plusieurs élèves, un peu en difficulté, sont venus me voir pour que je les aide à finir de le remplir. J’ai accepté de les aider. Nous ne détaillerons pas ici l’étude de tous les textes, mais chacun d’entre eux fait apparaître une vision assez partagée de la curiosité. Barbe-Bleue semble a priori condamner la curiosité : mais le monstre est bien Barbe-Bleue, et c’est lui qui est finalement puni. Le pigeon de La Fontaine a frôlé la mort : mais les deux amoureux ont une telle joie à se retrouver après cette aventure et à se raconter le périple, que le voyage en valait peut-être la peine… Avec les élèves, nous sommes d’accord pour voir au fil des textes une évolution entre le XVIIème siècle et le XVIIIème : alors que les auteurs du XVIIème font apparaître explicitement une critique de la curiosité et que ses avantages n’apparaissent que de façon sous-jacente, les textes du XVIIIème admettent les dangers de la curiosité mais en font avant tout l’éloge. Il y a là un changement d’état d’esprit que nous pouvons attribuer au passage du Classicisme aux Lumières. Je remarque que les textes remportent un grand succès auprès des élèves, et je suis très satisfaite de la composition de ce groupement, par sa variété (il permet d’aborder plusieurs genres argumentatifs, plusieurs mouvements…) et par la grande qualité des textes, assez subtils pour que les élèves eux-mêmes puissent faire des observations qui m’étonnent et auxquelles je n’avais pas forcément pensé. Au terme de ces cinq heures d’étude, les élèves ont un devoir de deux heures en classe, sous la forme d’une dissertation guidée, dont le sujet leur est assez fortement suggéré à l’avance, puisque c’est la question initiale posée par le groupement : « La curiosité est-elle un vilain défaut ? » Ils ont pour consigne à l’avance de réviser le tableau de synthèse et de mémoriser des citations, parce qu’ils devront exploiter uniquement des exemples littéraires. Ce devoir sera évalué selon différents critères qui donnent lieu à un barème : la connaissance et la bonne exploitation des textes du groupement, la pertinence des arguments, la structure de la dissertation, l’expression (syntaxe, orthographe, qualité du vocabulaire). Le fait d’intégrer dans notre séquence créative un exercice type bac est pour nous assez important : le professeur qui utilise les TICE ne doit pas être considéré comme celui qui ne prépare pas ses élèves aux exercices conventionnels.



Dans le prolongement immédiat de notre activité, en vue de préparer notre sortie au musée Fragonard de Maisons-Alfort, le professeur documentaliste Anne Tapie intervient ensuite dans la classe, en salle informatique, et propose un travail par groupes : les élèves doivent faire des recherches sur les cabinets de curiosités, guidés par une feuille de consignes, qui les amène à découvrir les premiers cabinets de curiosités au XVIIème siècle, puis leur évolution progressive vers les musées et enfin les versions récentes des cabinets de curiosités avec André Breton ou des artistes contemporains comme Sophie Calle et Annette Messager. Chaque groupe livre une synthèse de ce panorama en confectionnant un diaporama qui combine des textes et des images. L’aspect positif des diaporamas pour la restitution d’une recherche est qu’ils évitent le copier-coller et forcent à la synthèse. Nous les mettons ensuite en ligne sur le blog et nous sommes contents du sérieux avec lequel les élèves ont travaillé, dans le plus grand calme, de façon très autonome. [http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=or&e_id=77359->http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=or&e_id=77359]



Nous avons pris contact avec le musée Fragonard en amont et Anne Tapie (professeur documentaliste) et moi-même avons un premier rendez-vous avec les deux enseignants détachés en partie à l’accueil des scolaires dans le musée, pour préparer notre sortie. L’un d’entre eux est professeur de sciences et vie de la terre, et l’autre est professeur d’arts plastiques : ils ont donc une approche interdisciplinaire très complémentaire de la visite du musée. A notre écoute, ils nous proposent donc une visite de leur musée qui est centrée sur le thème des cabinets de curiosités, et qui montre comment des objets naturalistes peuvent prendre une dimension artistique et poétique. Un temps libre de déambulation est ensuite prévu pour les élèves qui ont pour consigne de prendre en photo ou de dessiner trois de leurs objets préférés. Les élèves sont intéressés par cette visite qui se passe très bien. Il nous semblait important qu’ils soient confrontés à la réalité d’un cabinet de curiosités : ce n’est pas parce qu’on utilise internet en classe qu’on doit renoncer aux sorties de classe.



La dernière séance de la séquence, après la visite du musée Fragonard, consiste à préparer notre propre cabinet de curiosités virtuel sur internet. J’ai d’abord pensé à utiliser PREZI, car je voulais un support innovant qui permette une bonne combinaison des textes et des images. Malheureusement, les ordinateurs de la salle informatique n’ont pas le plug-in nécessaire pour travailler sur PREZI, et j’y renonce. Je découvre qu’il est possible de faire travailler toute la classe ensemble sur un seul compte du réseau social Pinterest, qui est de plus en plus à la mode chez les jeunes. C’est formidable pour un travail collaboratif. Les images que l’on dépose dans un tableau Pinterest peuvent être accompagnées de textes. Les élèves ont pour consigne de fabriquer par groupes un tableau de deux ou trois images par élève : chacune d’entre elle doit être accompagnée d’un poème inspiré des textes surréalistes que nous venons de commencer d’étudier parallèlement en classe.


Malheureusement, cette séance de travail magnifique, où tout le monde était motivé pour faire quelque-chose de très beau, eut un dénouement assez désolant : un élève mal intentionné, peu après, a utilisé le code de Pinterest pour détruire presque tout le travail fourni par la classe, avant de changer le code pour qu’il me soit très difficile d’y retourner. Les élèves semblent alors consternés par les faits, la semaine suivante, quand je leur annonce. Certains ont le courage de recommencer leur tableau, mais je ne peux l’imposer à tous : ils ont beaucoup de travail, nous devons avancer et nous n’avons pas le temps de repasser deux heures en salle informatique. Un élève de la classe spécialement fort en informatique, passe du temps pour tout débloquer et nous redonner un code utilisable (je n’y serais pas parvenue seule !). Cela me donne une leçon pour l’avenir : il ne faut plus travailler sur la même page, mais créer des codes individuels pour les élèves, ce qui sécurisera le résultat final en évitant les piratages. Ensuite, on peut toujours recréer une page commune en « épinglant » tous les tableaux de la classe. Je pense donc me servir à nouveau de Pinterest, de façon plus prudente, car c’est une bonne façon de créer des liens textes images et de créer un support ludique, ouvert sur les autres, pour travailler ensemble. Mon erreur est celle du débutant sur un nouveau support : mais on n’innove pas sans risque et cette déception fait partie des choses finalement assez normales quand on essaie quelque-chose de nouveau…


Un cabinet de curiosités des élèves qui l’ont refait un peu vite pour réparer les dégâts :


[http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=or&e_id=77360->http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=or&e_id=77360]


Un autre cabinet de curiosités qui n’avait pas été détruit :


[http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=or&e_id=77361->http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=or&e_id=77361]



Le bilan de cette séquence fut très positif car elle allie de nombreux éléments du programme de seconde. Les élèves en ont semblé heureux, et la visite du musée Fragonard de Maisons-Alfort restera pour tous un excellent souvenir. Il existe un autre musée qui peut très bien se prêter au même type d’activité : celui de la Chasse et de la Nature, dans le Marais à Paris, qui est aussi construit sur le modèle des Cabinets de Curiosités.