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De la lettre authentique à la lettre fictive

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

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Séance 3 - Voltaire, A M. Le Comte d’Argental (Affaire Calas), Fernay le 27 mars 1762

A Ferney, 27 mars 1762

Vous me demanderez peut-être, mes divins anges, pourquoi je m’intéresse si fort à ce Calas qu’on a roué ; c’est que je suis homme, c’est que je vois tous les étrangers indignés, c’est que tous vos officiers suisses protestants disent qu’ils ne combattront pas de grand cœur pour une nation, qui fait rouer leurs frères sans aucune preuve.

Je me suis trompé sur le nombre des juges, dans ma lettre à M. de la Marche. Ils étaient treize ; cinq ont constamment déclaré Calas innocent. S’il avait eu une voix de plus en sa faveur, il était absous. A quoi tient donc la vie des hommes ? à quoi tiennent les plus horribles supplices ? Quoi ! parce qu’il ne s’est pas trouvé un sixième juge raisonnable, on aura fait rouer un père de famille ! on l’aura accusé d’avoir pendu son propre fils, tandis que ses quatre autres enfants crient qu’il était le meilleur des pères !…

Ce pauvre homme criait sur la roue qu’il était innocent ; il pardonnait à ses juges ; il pleurait son fils auquel on prétendait qu’il avait donné la mort. Un dominicain qui l’assistait d’office sur l’échafaud, dit qu’il voudrait mourir aussi saintement qu’il est mort. Il ne m’appartient pas de condamner le parlement de Toulouse ; mais enfin il n’y a eu aucun témoin oculaire ; le fanatisme du peuple a pu passer jusqu’à des juges prévenus. Plusieurs d’entre eux peuvent s’être trompés. N’est - il pas de la justice du Roi et de sa prudence de faire au moins représenter les motifs de l’arrêt [1] ? Cette seule démarche consolerait tous les protestants de l’Europe et apaiserait les clameurs. Avons-nous besoin de nous rendre odieux ? Ne pourriez-vous pas engager M. le comte de Choiseul à s’informer de cette horrible aventure qui déshonore la nature humaine, soit que Calas soit coupable, soit qu’il soit innocent ? Il est inutile d’approfondir la vérité. Mille tendresses à mes anges.

1. Dire clairement sur quelles raisons se fonde le jugement qui a condamné Calas.

 

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