Lettres
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Langues et culture de l'Antiquité

2de - La curiosité est-elle un vilain défaut ?

30 / 09 / 2018 | le GREID Lettres
par Françoise CAHEN, professeure de lettres au lycée Maximilien Perret, Alfortville (94) – Formatrice académique.
 
 
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Textes




 

Etude d’un groupement de textes. Classe de seconde.



Genres et formes de l’argumentation : XVIIème et XVIIIème siècle 

Objectifs :

 - Connaître différents genres littéraires argumentatifs 

 - Se familiariser avec les techniques de l’argumentation et s’initier à la dissertation 

 - Acquérir des connaissances sur le Classicisme et Les Lumières 

 - Réfléchir à la notion de Curiosité et devenir plus curieux ! 
Durée indicative : 10h 


Remarque : la dissertation étant un exercice nouveau pour les élèves, il serait pertinent de ne pas utiliser cette séquence pour débuter l’année.

Séance 1 : entrée en matière. (1h) 

La curiosité est-elle un vilain défaut ? On peut commencer par faire voter les élèves a priori : qu’en pensent-ils ? On compte les élèves qui pensent que la curiosité est un défaut et ceux qui pensent l’inverse. 
Organisation d’un débat argumenté sous forme de match : 
On divise la classe en deux parties, une moitié des élèves cherche des arguments qui condamnent la curiosité et l’autre moitié cherche des arguments qui font son éloge, avec des exemples tirés de la vie quotidienne ou bien de l’actualité ou encore des fictions qu’ils connaissent. On note sur le tableau les idées des élèves au fil de leur réflexion. 
Au terme du débat on peut voter à nouveau : les opinions des élèves ont-elles changé ? Le groupe qui a réussi à faire changer le plus les élèves d’avis a gagné. 
Distribution d’un plan de séquence qui prévoit les dates des différentes échéances de la séquence (notamment celle du devoir final) et un tableau pour synthétiser les différents textes étudiés lors de la séquence. Lors des premières séances, on le remplit avec les élèves en fin d’heure. 




 

Séance 2 : Etude de « Barbe Bleue » (2h)

Lecture du conte. Les élèves, par groupes de 3, ont chacun une partie du texte à lire à voix haute aux autres. Ils doivent se répartir la parole pour la lecture, et peuvent la théâtraliser. On leur donne un temps de préparation. Ils viennent ensuite au tableau lire leur passage. On peut noter cette prestation sur 10 points. Se donner presque une heure pour cette activité.
On peut clarifier des éléments concernant le genre du texte : pourquoi est-il caractéristique d’un conte de fées ? Ex : le lieu, les types de personnages, le merveilleux monstrueux (Barbe bleue, clé magique) le dénouement heureux, la moralité...
Ensuite on se demande si le conte est une condamnation de la curiosité ou bien son éloge. Les élèves peuvent prendre 10 minutes pour faire un repérage en deux couleurs des éléments qui permettent de l’affirmer. Cette question est extrêmement intéressante, car le conte est très ambigu à cet égard. Apparemment la morale explicite du conte à la fin de l’histoire condamne la curiosité, qui apparaît donc dangereuse. Mais si cette femme avait obéi, ne serait-elle pas restée mariée à un monstre ? Qui est le « méchant », le monstre, dans ce conte ? Qu’est-ce que les lycéens de la classe auraient préféré à la place de l’héroïne ? Ne pas risquer leur vie et ignorer la vérité ? ou bien risquer leur vie mais démasquer le criminel ?
On pense à remplir le tableau de synthèse en fin d’heure.
Possibilité, selon le temps, de commenter la gravure de Gustave Doré sur Barbe-Bleue : par quoi se manifeste l’aspect monstrueux du personnage ? Comment la jeune femme semble-t-elle infantilisée ? On peut remarquer dans le conte lui-même des traces de cette infantilisation.

Séance 3 : Lecture analytique des « deux pigeons » de La Fontaine (1h) 

Lecture par le professeur sans donner le texte aux élèves. On leur demande ce qu’ils ont compris de l’histoire.
Puis on distribue le texte.
Trouver rapidement les grandes étapes de cette fable. Expliquer le vocabulaire qui n’est pas compris.
Définir avec les élèves les caractéristiques d’une fable, d’après le texte et leurs souvenirs. Leur faire noter la définition qu’ils arrivent à en faire. (On peut faire un concours de la meilleure définition de la fable).
Avantages de la curiosité à relever :
Echapper à l’ennui, avoir une histoire à raconter ensuite
Inconvénients :
Elle détourne de l’essentiel (ici l’amour de ses proches), fait courir des dangers de mort en nous mettant face à l’inconnu.
La Fontaine condamne la curiosité dans ce texte : expliquer aux élèves qu’il le fait au nom de la raison et de la tempérance, des valeurs du classicisme dans lequel il s’inscrit. Mais là encore, on peut percevoir une ambiguïté du texte : les oiseaux éprouvent de la joie à se revoir et à tout se raconter alors qu’ils s’ennuyaient avant. On peut aussi constater que le thème essentiel de la fable est l’amour.
Analyse de la gravure de Gustave Doré à projeter : que traduit la position des deux pigeons ? détresse + protection. Quel pigeon a une position dominante ? Pourquoi ?
Court travail d’écriture (s’il reste du temps) : imaginer la morale de la fable si le pigeon avait fait un beau voyage sans encombre.
 

Séance 4. Enquête au CDI ou en salle informatique sur l’historique des Cabinets de curiosités (1h, à finir à la maison)


I/ LES PREMIERS CABINETS DE CURIOSITES XVI / XVIIème siècle.
  • 1) Qu’appelle-t-on cabinets de curiosités au XVI et XVII ème siècle ? 

  • 2) Quels objets y rassemble-t-on (exemples) ? Quelles caractéristiques ont souvent ces objets ? 

  • 3) Trouvez des illustrations correspondant aux cabinet de curiosités de cette époque, ce peut être des meubles 
ou des pièces (Wunderkammer en allemand c’est-à-dire chambre des merveilles). N’oubliez pas de légender 
vos illustrations. 

  • 4) Présentez rapidement quelques personnages célèbres qui ont été à l’origine de ces cabinets de curiosités.. 
Quelles étaient les motivations de ces personnages ? Illustrez. 

II/ AU XVIIIème siècle LES CABINETS DE CURIOSITES DEVIENNENT PEU A PEU DES MUSEES
1)Trouvez des photos de ces premiers musées et présentez-les rapidement ( deux au moins ).
2)Donnez les raisons de cette évolution : pensez à l’esprit du XVIII siècle, à Diderot et à l’encyclopédie... III / AU XXème siècle LE RENOUVEAU DES CABINETS DE CURIOSITES
  • 1) Un grand poète du XXème siècle (Il est l’auteur du manifeste du surréalisme) s’est passionné pour les cabinets de curiosités . Quel est son nom ? Son atelier que l’on peut encore voir à Beaubourg ressemblait à un cabinets de curiosités. Présentez en quelques lignes cet écrivain et une photo de cet atelier. 

  • 2) De nombreux artistes créent des installations qui font penser aux cabinets de curiosités.
Trouvez une oeuvre de Sophie Calle qui y fait penser , une œuvre d’Annette Messager ou/et de Janine Janet, Sophie Lecomte, Maïder Fortune, Renaud Auguste Dormeui. Légendez en présentant l’artiste et son travail en quelques lignes. 
N’oubliez pas de citer vos sources. 

On pourra par exemple imprimer et afficher les résultats de cette enquête dans la classe. Il est possible de noter les élèves (par exemple sur 10 en complément de la note de lecture à voix haute).
(Idée de projet de classe, facultatif  : visiter ensuite le musée de la Chasse à Paris, ou le musée Fragonard à Maisons-Alfort en demandant aux élèves de composer leur propre cabinet de curiosités en prenant des photos et en ajoutant les images qu’ils souhaitent. Voir l’activité sur le site de l’académie de Créteil avec Pinterest. http://lettres.ac-creteil.fr/spip.php?article1937 )
 


Séance 5. Lecture analytique de l’article « curiosité » de l’Encyclopédie (Jaucourt). (1h)


En amont, demander aux élèves de faire des recherches ciblées sur l’Encyclopédie dans leur manuel, en leur indiquant les pages à consulter et en leur donnant des questions précises, sur une petite feuille photocopiée, à remplir, par exemple :
  1. Sur quelle période L’Encyclopédie a-t-elle été élaborée ? 

  2. Combien de volumes composeront l’Encyclopédie ? 

  3. Qui dirige le projet ? 

  4. Quels buts poursuit l’Encyclopédie ? 

  5. Quels sont les moyens de diffusion de l’Encyclopédie ? 

  6. Donnez des exemples de titres d’articles très différents figurant dans l’Encyclopédie 

  7. Donnez des noms de différents auteurs ayant participé au projet 

Mise en commun des réponses. Lecture de l’article par le professeur
  
Demander aux élèves leurs impressions de lecture : en noter quelques-unes au tableau.
Questions : quels sont les points communs et les différences entre ce texte et un article de dictionnaire ?
Quelle est la différence entre la façon dont ce texte parle de la curiosité et les deux premiers textes étudiés ? Introduire la notion d’argumentation directe et argumentation indirecte et la faire noter aux élèves.
Faire un inventaire des arguments pour et contre la curiosité dans le texte, mais aussi des arguments nuancés, dans un tableau en trois colonnes.
Comment ces arguments sont-ils organisés dans le texte ? Dire aux élèves que cela ressemble beaucoup à une dissertation. Les points communs : on organise ses idées dans des grandes parties distinctes, on commence par développer l’idée avec laquelle on est le moins d’accord, et on finit par des idées plus nuancées. On fait une introduction en partant d’une définition générale...
Compléter en fin d’heure le tableau de synthèse général : le laisser faire aux élèves, pour qu’ils soient de plus en plus autonomes pour le remplir.

 

Séance 6. Dom Garcie de Navarre, Molière. 1h

Lecture du texte par des élèves. On le coupe en deux, on donne à une moitié de classe la première partie à préparer, à la deuxième moitié de classe la 2ème moitié du texte à préparer. On interroge ensuite deux duos d’élèves qui viennent le lire au tableau, en essayant de le théâtraliser un peu.
A votre avis, Done Elvire a-t-elle trahi Dom Garcie ? Sonder la classe. Quels indices vous permettent de le penser ?
Donner ensuite la réponse : elle a bien écrit à son rival mais pour lui dire qu’elle aimait Don Garcie.
Comment appelle-t-on au théâtre le fait de construire une scène sur un malentendu, une confusion ? UN QUIPROQUO. Faire noter la définition.
Une pièce de théâtre a souvent un but argumentatif. Ici que veut démontrer Molière dans cette pièce à travers ce personnage ? -L’inutilité de la jalousie.
Comment appelle-t-on le type de comique particulier qui consiste à caricaturer le défaut principal d’un personnage (Voir le sous-titre de la pièce) ? COMIQUE DE CARACTERE. Quelles autres pièces de Molière connaissez-vous qui soient fondées sur le même type de comique.
Pourquoi caricaturer des défauts dans des pièces de théâtre ? Réponse attendue : Molière veut montrer leur ridicule aux gens, les persuader de ne pas devenir comme ces personnages. Oui, et l’un des principes de la comédie est de croire qu’on peut corriger les comportements de gens par le rire. « CASTIGAT RIDENDO MORES » est l’un des principes de la comédie.
Faire rédiger une petite synthèse aux élèves comportant les expressions « quiproquo », « comique de caractère », et « castigat ridendo mores ». (On peut lancer un petit concours de synthèses et les synthèses correctes gagnent un point ou un bonbon...) A la fin, on écrit une des meilleures au tableau pour les élèves qui ont plus de mal.
Quel est le rapport entre ce texte et le thème de la curiosité ? Ici c’est une condamnation de la curiosité excessive dans un couple qui conduit à la jalousie.
Remplir le tableau de synthèse général de la séquence en fin d’heure.
 

 

Séance 7. Voyage autour du monde, Bougainville. 1h



Pour situer la personnalité de Bougainville, on peut projeter aux élèves cette vidéo biographique :
https://www.youtube.com/watch?v=sT9JwEmJ38Q
Lecture de l’extrait par le professeur.
Impressions de lecture des élèves : que pensez-vous de ce texte ?
Genre du texte ? Récit de voyage
Ce texte vous semble-t-il plutôt en faveur de la curiosité ou plutôt contre ? Pourquoi ? Qui est curieux, envers qui ? Relevez les signes de curiosité.
Un personnage n’est pas curieux ? Qui ? Pourquoi ?
Texte complémentaire : le discours du vieillard de Diderot dans son Supplément au voyage de
Bougainville, qu’on peut lire aux élèves aussi.
Remplir le tableau de synthèse de la séquence et se demander s’il y a une évolution entre les textes du XVIIème siècle, typiques du classicisme et ceux du XVIIIème, typiques des Lumières : lesquels sont le plus en faveur de la curiosité et pourquoi ? Revenir sur l’idéal général de chacun des deux courants de pensée : alors que le classicisme est plus en faveur de la raison, de la modération en toute chose et donc de la prudence, les Lumières affirment davantage un idéal en faveur de la curiosité, dans l’idée que chacun doit oser penser par lui-même. Leur idéal est plus audacieux : « SAPERE AUDE » dit Kant, « ose te servir de ta propre intelligence » et s’affirme clairement en faveur de la curiosité d’esprit, même si les philosophes des Lumières continuent à condamner les formes superficielles ou dangereuses de la curiosité. On peut leur faire noter ce constat et conclure ainsi la séquence.

 

EVALUATION FINALE (2h)


Dissertation guidée : La curiosité est-elle un vilain défaut ?
Introduction : Donner une définition de la curiosité. Poser la question du sujet et annoncer le plan, c’est-à-dire le thème des deux parties du développement.
Premier axe du développement :
Pourquoi la curiosité peut-elle être considérée comme une mauvaise chose ? Trouvez trois raisons pour l’affirmer, que vous développerez dans trois paragraphes différents, en citant trois exemples tirés des textes étudiés pour illustrer les différentes idées.
Deuxième axe du développement :
Quels sont les avantages de la curiosité ? Trouvez trois arguments, eux aussi développés dans trois paragraphes différents, illustrés par trois exemples tirés des textes étudiés.
 
Conclusion : Rappelez les étapes de votre raisonnement et concluez en donnant votre avis personnel, si possible nuancé.
(NB : il est mieux de donner ce devoir aux élèves si l’on a travaillé avec eux, en amont ou en parallèle de la séquence, sur les techniques de la dissertation. L’expérience montre qu’en seconde, il est souvent trop difficile pour les élèves de rédiger une troisième partie)