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Correction orale des copies

21 / 03 / 2020 | le GREID Lettres
par Françoise Cahen, lycée Maximilien Perret (Alfortville) et Joanna Marques, collège Robert Doisneau (Clichy-sous-Bois)


Niveau(x) : collège-lycée

Objectifs :

  • aider les élèves à progresser en comprenant les attendus d’un devoir
  • différencier
  • humaniser la relation de correction


Contexte :
En classe de 3e, les élèves avaient pour devoir la rédaction d’une lettre dénonçant une publicité sexiste. Le travail pouvait être rendu sur copie manuscrite ou traitement de texte. La correction de chaque copie a été faite à l’oral avec un commentaire audio enregistré, des repères ont été mis sur la copie (surligneurs de couleurs différentes). L’élève récupère ainsi sa rédaction avec des repères et un QR code qui renvoie vers l’enregistrement audio du commentaire du professeur.

Au lycée, l’expérience a été menée à la fois sur des corrections de commentaires ou de dissertations. Des repères de correction dans la marge ont été faits à l’écrit, mais l’appréciation générale a été faite oralement, dans un enregistrement mis en ligne puis partagé dans un QR code collé sur la copie, ou par un lien envoyé sur l’ENT aux élèves.

Supports :

  • copies d’élèves (rédaction, commentaire …)


Durée :

  • une fois les repères techniques pris pour corriger (trouver le lien pour enregistrer sur Drive ou un autre support en ligne, ce qui se fait en un clic, puis comment le partager avec l’élève), on peut dire que la correction orale est d’un excellent rapport “temps/ travail effectué” parce qu’on en dit beaucoup plus en parlant spontanément qu’en écrivant.

Outils numériques :

  • équipement avec micro pour le professeur (enregistrement du commentaire de la copie, un smartphone suffit)
  • ENT ou plateforme permettant de déposer les enregistrements (Padlet, Google Drive, Framadrop …), site générateur de QR codes ; ou plateforme dédiée comme QwiQR
  • équipement avec casque pour l’élève (écoute) en classe ou BYOD


Apport spécifique du numérique :

  • Moins de contraintes liées au format et au temps
  • Les élèves écoutent l’enregistrement alors qu’ils ne lisent pas toujours la correction écrite.
  • Sensation d’échange avec le professeur, humanisation et personnalisation de la relation de correction.

Déroulement des activités

Questions matérielles

  • où déposer les enregistrements ?

→ ENT, à privilégier si possible
→ Padlet ou équivalent (inconvénient : les élèves ont accès aux enregistrements des autres, peut être un souci si la note est donnée dans l’enregistrement. Avantage : l’enregistrement peut se faire directement depuis Padlet avec un équipement micro, le plus rapide)
→ Google drive ou dropbox et créer un QR code à partir de l’url (bien vérifier les autorisations !), collé sur la copie de l’élève.
Attention, depuis les tablettes Android de mon établissement, problème avec les liens et applications Google, impossible d’écouter les enregistrements si lien Google drive.

Pour faciliter la création de QR codes en série : il existe une extension Google chrome : https://chrome.google.com/webstore/detail/qr-code-generator/lofihghpipjlmpcnigcopahlpaopcoaa?hl=en-US

QwiQR : imprimer une planche de qr codes, les coller sur la copie de l’élève, puis le professeur scanne et enregistre directement vidéo/son … (formule gratuite avec limites ou abonnement)

ClassQR (remplaçant de Vocal Recall) en cours de développement

Limites : Attention ! Les élèves qui n’ont pas de smartphone ont moins de facilités pour consulter la correction, on doit leur prêter un appareil pour qu’ils puissent l’écouter. Au lycée, une élève était dans ce cas et il me semble qu’on peut, avant de proposer ces modalités de correction, choisir une correction classique pour s’adapter à ces situations individuelles. Il ne faut pas que la correction audio devienne un obstacle à la consultation de l’évaluation.

Apports :
L’enregistrement permet de commenter à l’oral, en développant autant qu’on le souhaite sans contrainte de place la copie de chaque élève, ce qui crée un nouveau rapport lors de la restitution du travail : en classe, nous ne pouvons consacrer 3 ou 4 minutes à chaque élève (multiplié par le nombre d’élève) lors de la remise d’une copie. Le commentaire écrit sur la copie n’est pas toujours lu, pas toujours clair pour l’élève (“Syntaxe”, “Mal dit” …) et restreint à la quelques lignes dans le meilleur des cas.
Par l’enregistrement d’un commentaire pour chaque copie, l’élève se sent davantage guidé pour comprendre les erreurs qu’il a faites le rapport avec la copie est modifié : il s’agit d’un échange avec le professeur plus qu’une sanction, rien que par le début “Bonjour + prénom”.

Ce dispositif peut être utilisé pour quelques copies dans l’année (type rédaction, commentaire …) et/ou pour les élèves les plus en difficulté, qui ont davantage besoin d’un étayage précis et oral.

Au lycée les classes sont enthousiastes et certains élèves absents au devoir, avec un profil fragile, ont même demandé à faire celui-ci après coup, exprès pour obtenir eux aussi la correction de cette manière, alors qu’ils s’étaient pourtant absentés pour éviter le devoir. Des élèves sont venus me remercier individuellement : “Merci madame, d’avoir fait ça pour nous !”, comme s’il s’agissait d’un cadeau spécial. Il se peut que ce soit l’aspect inédit pour eux de cette forme de correction qui provoque cette réaction, mais je pense que le grain de voix, le fait de s’adresser à l’élève en l’appelant par son prénom, le ton bienveillant personnalise et humanise beaucoup les propos, alors que l’écrit offre une image du travail du professeur, pourtant tout aussi individualisé, moins incarnée.

Exemples de corrections vocales envoyées aux élèves :
Ici, il s’agit d’un début de commentaire sur le poème de Goethe (traduit en français par Charles Nodier) “Le Roi des Aulnes” : les élèves de seconde, qui n’avaient jamais fait de commentaire écrit, devaient en commencer un, en faisant une page de repérages, un plan détaillé et une introduction rédigée. Le commentaire oral évalue leur brouillon et les guide pour que dans une deuxième séance en classe, ils finissent l’exercice en s’améliorant. L’idée est de davantage rassurer les angoissés. La note sur la copie est justifiée par un barème qui spécifie les points obtenus pour chaque compétence évaluée, dans un petit tableau, le barème figurant sur l’énoncé du devoir.
Edouard :

Jacqueline :

Là, il s’agit d’une dissertation autour du thème de la beauté (Pourquoi les écrivains devraient-ils en faire l’éloge ou bien la critiquer ?) : en seconde, il s’agit aussi du premier essai des élèves concernant ce type d’exercice. Là encore, les élèves ont une seconde séance pour continuer le devoir après cette première évaluation de leur brouillon (plan sous la forme d’un tableau avec arguments et exemples, introduction… début de développement…). Le barème détaillé de la note est spécifié sur la copie, et il distingue les compétences évaluées. Il figurait sur l’énoncé du devoir. L’enregistrement oral s’en détache, l’évaluation ne prend plus l’apparence d’un tableau froid, mais les mots d’encouragement permettent de valoriser plus concrètement les efforts fournis par les élèves.
Jeanne :

Moussa :

 

Spécial confinement : On peut penser que dans un contexte d’éducation à distance, ce type de correction vocale, fine et humaine, peut contribuer à compenser l’absence de relation directe avec le professeur, en lui permettant de garder un lien plus humain avec chaque élève.