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Objet d’étude : le théâtre : texte et représentation (1re)

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

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par
Bernard Martial, professeur au lycée Langevin Wallon
de Champigny-sur-Marne (94)


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Textes

Texte 1 : « Lettres modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville », Beaumarchais

Beaumarchais répond à un critique qui avait jugé négativement sa pièce.

 

« La pièce, a-t-il dit, n’a pas de plan. »

Est-ce parce qu’il est trop simple qu’il échappe à la sagacité de ce critique adolescent ?

Un vieillard amoureux prétend épouser demain sa pupille ; un jeune amant plus adroit le prévient, et ce jour même en fait sa femme, à la barbe et dans la maison du tuteur [1]. Voilà le fond dont on eût pu faire, avec un égal succès, une tragédie, une comédie, un drame, un opéra, et caetera. L’Avare de Molière est-il autre chose ? Le grand Mithridate [2] est-il autre choses ? Le genre d’une pièce, comme celui de toute action, dépend moins du fond des choses que des caractères qui les mettent en œuvre.

Quant à moi, ne voulant faire, sur ce plan, qu’une pièce amusante et sans fatigue, une espèce d’imbroille [3], il m’a suffi que le machiniste [4], au lieu d’être un noir scélérat, fût un drôle de garçon, un homme insouciant, qui rit également du succès et de la chute de ses entreprises, pour que l’ouvrage, loin de tourner en drame sérieux, devînt une comédie fort gaie ; et de cela seul que le tuteur est un peu moins sot que tous ceux qu’on trompe au théâtre, il a résulté beaucoup de mouvements dans la pièce, et surtout la nécessité d’y donner plus de ressorts aux intrigants.

Au lieu de rester dans ma simplicité comique ; si j’avais voulu compliquer, étendre et tourmenter mon plan à la manière tragique ou dramique [5] , imagine-t-on que j’aurais manqué de moyens dans une aventure dont je n’ai mis en scènes que la partie la moins merveilleuse ?

En effet, personne aujourd’hui n’ignore qu’à l’époque historique où la pièce finit gaiement dans mes mains, la querelle commença sérieusement à s’échauffer, comme qui dirait derrière la toile, entre le docteur et Figaro, sur les cent écus. Des injures on en vint aux coups […]

[1] Beaumarchais fait ici le résumé de sa pièce, Le Barbier de Séville.
[2]Mithridate : la tragédie de Racine (1673)
[3]Imbroille : imbroglio , intrigue complexe, donc pièce à l’intrigue complexe.
[4]Machiniste :celui qui conduit l’intrigue (la « machine » ou « machination »), Figaro.
[5] Dramique : néologisme que l’auteur dérive du nom « drame » sur le modèle de « comique » (comédie) et « tragique » (tragédie)

 

Texte 2 : L’Ecole des femmes, acte V, scène 4, Molière (1662)

Le bourgeois Arnolphe a fait élever dans l’ignorance une jeune fille, au couvent pour qu’elle devienne sa femme. Bien qu’elle soit séquestrée, celle-ci a su se faire aimer du jeune Horace et communiquer avec lui. Arnolphe a appris la situation mais tente de persuader Agnès de l’aimer.

Arnolphe : Hé bien ! faisons
la paix ; va, petite traîtresse,
Je te pardonne tout, et te rends ma maîtresse
Considère par là l’amour que j’ai pour
toi,
Et, me voyant si bon, en revanche aime-moi.

Agnès : Du meilleur de mon cœur
je voudrais vous complaire.
Que me coûterait-il, si je le pouvais faire ?

Arnolphe : Mon pauvre petit bec [1],
tu le peux, si tu veux.
(Il fait un soupir)
Ecoute seulement ce soupir amoureux ;
Vois ce regard mourant, contemple ma personne,
Et quitte ce morveux [2] et l’amour
qu’il te donne.
C’est quelque sort qu’il faut qu’il ait jeté
sur toi,
Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi.
Ta forte passion est d’être brave et leste [3].

Tu le seras toujours, va, je te le proteste.
Sans cesse nuit et jour je te caresserai,
Je te bouchonnerai [4], baiserai, mangerai.

Tout comme tu voudras tu pourras te conduire.
Je ne m’explique point, et cela c’est tout dire.
(A part)
Jusqu’où la passion peut-elle faire aller ?
(Haut)
Enfin, à mon amour rien ne peut s’égaler.
Quelle preuve veux-tu que je t’en donne, ingrate ?
Me veux-tu voir pleurer ? veux-tu que je me batte ?
Veux-tu que je m’arrache un côté de cheveux ?

Veux-tu que je me tue ? Oui, dis si tu le veux.
Je suis tout prêt, cruelle, à te prouver ma flamme.

Agnès : Tenez, tous vos discours
ne me touchent point l’âme.
Horace avec deux mots en ferait plus que vous.

Arnolphe : Ah !c’est trop me
braver, trop pousser mon courroux.
Je suivrai mon dessein, bête trop indocile,
Et vous dénicherez [5] à
l’instant de la ville.
Vous rebutez [6] mes vœux, et me
mettez à bout,
Mais un cul de couvent [7] me vengera
de tout.

 

[1] Petit bec : petit minois.
[2] Ce morveux : le jeune Horace.
[3] Brave et leste : bien vêtue et
d’une élégance pimpante.
[4] Bouchonner : Cajoler (très
familier)
[5] Dénicherez : partirez
[6] Rebutez : repoussez.
[7] Cul de couvent : lieu le plus
retiré du couvent.

 

Texte 3 : Mithridate, acte
IV, scène 4, Jean Racine (1673).

Le vieux roi Mithridate (132-63 av. J.-C.) a fait croire à
la jeune Monime qu’il la donnait en mariage à son fils,
mais il la détrompe : c’est à lui-même
qu’il la destine…

Monime : Quoi ? Seigneur, vous m’auriez
donc trompée ?

Mithridate : Perfide ! Il vous sied
bien de tenir ce discours,
Vous qui, gardant au cœur d’infidèles amours,
Quand je vous élevais au comble de la gloire,
M’avez des trahisons préparé la plus noire.
Ne vous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi,
Plus que tous les Romains [1] conjuré
contre moi,
De quel rang glorieux j’ai bien voulu descendre
Pour vous porter au trône où vous n’osiez prétendre ?
Ne me regardez point vaincu, persécuté :
Revoyez-moi vainqueur, et partout redouté.
Songez de quelle ardeur dans Ephèse [2]
adorée,
Aux filles de cent rois je vous ai préféré ;
Et, négligeant pour vous tant d’heureux alliés,
Quelle foule d’Etats je mettais à vos pieds.
Ah ! si d’un autre amour le penchant invincible
Dès lors à mes bontés vous rendait insensible,
Pourquoi chercher si loin un odieux époux ?
Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous ?
Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste,
Que le sort ennemi m’eût ravi tout le reste,
Et que de toutes parts me voyant accabler,
J’eusse en vous le seul bien qui me pût consoler ?

[1] Mithridate a sans cesse
combattu les Romains pour les chasser d’Asie.
[2] Ephèse : antique cité
de l’Asie Mineure.

 

Texte 4 : Hernani, acte III, scène
1, Victor Hugo (1830)

La jeune Doña Sol est amoureuse du hors-la-loi
Hernani. Mais elle est sur le point d’épouser Don Ruy
Gomez de Silva son vieil oncle.

 

LE VIEILLARD

LE CHÂTEAU DE SILVA

Dans les montagnes d’Aragon.

La galerie des portraits de la famille de
Silva ; grande salle, dont ces portraits, entourés de
riches bordures et surmontés de couronnes ducales et d’écussons
dorés, font la décoration. Au fond une haute porte
gothique. Entre chaque portrait une panoplie complète, toutes
ces armures de siècles différents.

SCENE PREMIERE 

DOÑA SOL, blanche, et debout près
d’une table ; DON RUY GOMEZ DE SILVA, assis
dans son grand fauteuil ducal en bois de chêne, puis UN
PAGE.

DON RUY GOMEZ , se levant
et allant à elle .
Ecoute, on n’est pas maître
De soi-même, amoureux comme je suis de toi,
Et vieux. On est jaloux, on est méchant, pourquoi ?

Parce que l’on est vieux. Parce que beauté, grâce,

Jeunesse, dans autrui, tout fait peur, tout menace,
Parce qu’on est jaloux des autres, et honteux
De soi. Dérision ! que cet amour boiteux,
Qui vous remet au cœur tant d’ivresse et de flamme,

Ait oublié le corps en rajeunissant l’âme l’
âme !
Quand passe un jeune pâtre – oui, c’en est là !
–souvent,
Tandis que nous allons, lui chantant, moi rêvant,
Lui dans son pré vert, moi dans mes noires allées,

Souvent je dis tout bas : Ô mes tours crénelées,

Mon vieux donjon ducal, que je vous donnerais,
Oh ! que je donnerais mes blés et mes forêts,

Et les vastes troupeaux qui tondent mes collines,
Mon vieux nom, mon vieux titre, et toutes mes ruines,
Et tous mes vieux aïeux qui bientôt m’attendront,

Pour sa chaumière neuve, et pour son jeune front !
Car ses cheveux sont noirs, car son œil reluit comme
Le tien ; tu peux le voir, et dire : Ce jeune homme !

Et puis penser à moi qui suis vieux. Je le sais !
Pourtant j’ai nom Silva, mais ce n’est plus assez !

Oui, je me dis cela. Vois à quel point je t’aime !

Le tout, pour être jeune et beau, comme toi-même !

Mais à quoi vais-je ici rêver ? Moi, jeune et
beau ?
Qui te dois de si loin devancer au tombeau !

DOÑA SOL :Qui sait ?

DON RUY GOMEZ : Mais va,
crois-moi, ces cavaliers frivoles[1]
N’ont pas d’amour si grand qu’il ne s’use
en paroles.
Qu’une fille aime et croie un de ces jouvenceaux[2]
,
Elle en meurt, il en rit. Tous ces jeunes oiseaux,
A l’aile vive et peinte, au langoureux ramage[3]
,
Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage.
Les vieux, dont l’âge éteint la voix et les couleurs,

Ont l’aile plus fidèle, et, moins beaux, sont meilleurs.

Nous l’aimons bien. Nos pas sont lourds ? nos yeux arides ?

Nos fronts ridés ? Au cœur on n’a jamais
de rides.
Hélas ! quand un vieillard aime, il faut l’épargner.

Le cœur est toujours jeune et peut toujours saigner.
Oh ! mon amour n’est point comme un jouet de verre
Qui brille et tremble ; oh ! non, c’est un amour
sévère,
Profond, solide, sûr, paternel, amical,
De bois de chêne ainsi que mon fauteuil ducal !
Voilà comme je t’aime, et puis je t’aime encore

De cent autres façons, comme on aime l’aurore,
Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux !
De te voir tous les jours, toi, ton pas gracieux,
Ton front pur, le beau feu de ta fière prunelle,
Je ris, et j’ai dans l’âme une fête éternelle !

 

[1] Cavaliers
frivoles : désigne les jeunes gens.
[2] Jouvenceaux : terme péjoratif
qui désigne les jeunes gens.
[3] Ramage : chant des oiseaux.

 

Texte 5 : Le roi se meurt, Eugène
Ionesco (1962)

Dans un pays indéterminé, menacé
par la ruine, un roi à l’agonie s’accroche à
ses possessions délabrées. Ses deux reines l’entourent :
Marie, aimante et douce, et Marguerite, implacable.

MARGUERITE, à Marie.
– Tu peux parler, maintenant. Nous te le permettons.

[...]

MARIE –
Pardonne-moi, Majesté, ce n’est pas de ma faute.

MARGUERITE, au Roi. –
Te faut-il d’autres preuves ?

 

 


Ecriture

I. PREMIERE PARTIE : QUESTIONS COMMUNES (6
points)

En vous appuyant sur les cinq textes du corpus, vous répondrez
d’abord aux questions suivantes :

- 1°) Quel point commun présentent les quatre scènes
proposées ? Identifiez le registre de chacune d’elles.
(3 points)

- 2°) Comment s’expriment, dans ces scènes, les
réactions des jeunes femmes ? A cet égard, quelle
scène se distingue des autres ? Pourquoi ? (3 points)

Ne vous contentez pas pour répondre de recopier les extraits
du texte. Chaque réponse doit être structurée
et argumentée.

 

 

II. SUJET AU CHOIX :

Vous traiterez l’un de ces trois sujets
(précisez le sujet choisi au début de votre copie)

Sujet I : COMMENTAIRE DU TEXTE 4
(Hugo)

Vous commenterez la deuxième tirade de
Don Ruy Gomez (Hernani) : vers 28 à 49 en vous
inspirant du parcours de lecture suivant :

- Un réquisitoire contre la jeunesse.

- Un plaidoyer pour la vieillesse.

- Une déclaration d’amour à
la femme aimée.

 

Sujet II : DISSERTATION

« Voilà le fond dont on eût
pu faire, avec un égal succès, une tragédie,
une comédie, un drame, un opéra, etc. […] Le
genre d’une pièce, comme celui de toute autre action,
dépend moins du fond des choses que des caractères
qui le mettent en œuvre. » (Beaumarchais) En vous
appuyant sur le corpus de documents et sur les pièces que
vous connaissez, vous commenterez et apprécierez cette affirmation.

 

Sujet III : INVENTION

« Je suis maître, je parle :
allez, obéissez » (Corneille, Sertorius, et Molière,
L’Ecole des femmes). Imaginez deux scènes
de théâtre, l’une comique et l’autre tragique,
dans lesquelles figurera cette réplique.

 

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