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Langues et culture de l'Antiquité

Projet d’écriture sur Internet

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

 

Objectifs :

  • Ecrire en commun une nouvelle fantastique.
  • Valoriser le travail en le publiant sur Internet, soutenir les activités d’écriture et les dynamiser grâce à la mise en ligne des étapes de la construction du texte dans un espace dédié.
  • Réinvestir des points abordés lors de la première séquence de l’année (études de nouvelles fantastiques) tels que les caractéristiques du genre, le discours narratif, le schéma narratif, la suite de texte.
  • Exploiter en parallèle des activités de la deuxième séquence (roman Dracula) : étude du discours descriptif (lieux, portraits : méthode et fonctions), construction du récit.
  • Appréhender la situation d’énonciation et la respecter.
  • Travailler l’oral en situation de groupe : lire distinctement pour se faire comprendre d’autrui, s’écouter pour réagir avec pertinence, exprimer son avis, se concerter.
  • Travailler l’écrit : écrire un brouillon, le corriger, l’adapter en fonction de l’évolution de la nouvelle.

par Delphine Doner, collège Madame de Lafayette à Coulommiers (77)

 

Sommaire

Genèse du projet
Déroulement : entrée en matière, les séances d’écriture
Internet : un atout précieux
Bilan
Evaluation
Pistes de réflexion
Liens

 

Genèse du projet

J’ai déjà eu l’occasion de mener ce projet avec succès mais dans un contexte particulier : il s’agissait d’un atelier regroupant de très bons élèves de 5e. Nous avions travaillé en deux temps : le premier semestre fut consacré à l’écriture d’une nouvelle éditée sous forme de livret. Nous l’avons ensuite réécrite pour la transformer en pièce de théâtre que les 5e ont créée en juin devant leurs camarades des autres classes.

La nouvelle "Les Escaliers"

J’ai travaillé depuis sur d’autres projets parfois interdisciplinaires tel celui-ci croisant Français et Arts plastiques en 3e, ayant pour objectif la création de pages web comme support d’expression. Même s’il n’a pas été publié à l’époque, il m’a permis de mesurer l’attrait pour Internet, sans compter le succès grandissant rencontré depuis par les blogs.

En juin 2006, la mise en ligne attendue du site du collège, dont je suis webmestre avec un collègue, m’a donné envie d’actualiser le projet des 5e puisqu’un outil aux possibilités très intéressantes était dorénavant disponible. J’allais pouvoir concrètement le tester dans le cadre de ma pratique professionnelle, en dehors des activités habituelles de recherches sur Internet par exemple.

  • Grâce à la mise en place du B2i et la pratique de Gibii, nous avons constaté que la majorité de nos élèves dispose d’un accès Internet à la maison (entre 50 et 75% par classe). Cela assure la viabilité de mon entreprise.

  • Associer Internet me permettrait d’anticiper certains problèmes pratiques rencontrés avec les 5e pourtant sérieux et motivés, comme la perte des traces écrites qui a nous a fait perdre un temps précieux.

  • Autre atout : en publiant progressivement le travail réalisé, les écrivains en herbe allaient avoir la possibilité de le suivre à partir de n’importe quel ordinateur connecté et de le montrer à leur entourage.

L’actuelle classe chargée du projet est une 4e agréable et dynamique, mais dont le niveau est hétérogène. Son profil diffère donc de celui des 5e évoqués ci-dessus. Aussi, suite à mes observations du passé, Internet m’a paru d’autant plus approprié pour motiver l’ensemble des élèves et les soutenir dans leur travail d’écriture grâce à la valorisation qui allait être faite du fruit de leur imagination.

Pour finir, nous consacrons une heure hebdomadaire à ce projet. Il s’agit d’un horaire ajouté à l’emploi du temps par rapport aux autres 4e. Cette configuration explique d’autant plus ma volonté de ne pas décevoir les attentes, et mon souci de maintenir l’intérêt de mes collégiens au beau fixe.

Déroulement

  • Entrée en matière

En cours de Français, c’est une séquence ayant le fantastique pour thème qui a inauguré l’année scolaire. En voici quelques objectifs : dégager les caractéristiques du genre pour le définir et le reconnaître, appréhender le discours narratif et revoir ses outils (schéma narratif, schéma actantiel...), apprendre à faire une suite de texte. Un groupement de nouvelles constitue le support d’étude.
Je souhaitais que, d’une part, les élèves disposent des pré-requis nécessaires à la création d’une nouvelle, fantastique de surcroît ; d’autre part, que séances de projet et cours de Français entrent en résonance avec cohérence.

Pendant ce temps, en projet, ils ont découvert Les Oiseaux d’A. Hitchcock. Au cours des séances de projection, nous avons réfléchi à la progression de l’action (schéma narratif piégeant le spectateur, gradation de la tension), et nous nous sommes interrogés sur la façon dont le réalisateur tenait visuellement en haleine le spectateur (scène du jeu de la cage à poules) en prévision de la mise en scène future de notre histoire. Les 4e ont également relevé les caractéristiques fantastiques du film (atmosphère, irruption d’évènements irrationnels, comportement des oiseaux demeuré inexpliqué,...) d’après ce que nous avions étudié en cours.

La projection du film et la première séquence se sont achevées simultanément. Les évaluations sommatives m’ont permis de vérifier que les pré-requis étaient globalement en place. Nous avons alors choisi le cadre de notre récit, déterminé l’identité et l’allure générale des principaux personnages, le tout au cours d’une séance d’échanges animés, les 4e ayant bien cogité ! Nous nous sommes arrêtés sur le décor du collège pour des raisons pratiques : ce choix a déterminé l’ébauche du schéma narratif que j’ai mis en ligne dans la foulée. Cette page servirait donc de boussole aux élèves et serait actualisée au besoin, tout comme l’espace consacré à l’ensemble du projet.

Ainsi, jusque-là, le travail a été mené principalement à l’oral : cela a permis aux élèves d’apprendre à se connaître ; à l’enseignant, d’installer rapidement des routines de prise de parole et d’établir une bonne relation avec sa classe. Le site a d’ors et déjà suscité de l’intérêt : demandes de l’adresse url, commentaires sur les choix esthétiques, curiosité quant à la suite... Tout était en place pour que l’écriture commence.

  • Les séances d’écriture

Les élèves se sont alors lancés dans la mise à l’écrit de leur histoire. Nous avons imaginé l’arrivée inattendue d’un nouveau Principal, M. Tanchmé, dont l’allure inquiétante allait rappeler celle d’un vampire. En Français, nous avions commencé l’étude de Dracula de Bram Stoker, séquence au cours de laquelle les élèves travailleraient notamment sur le portrait. Cela tomba à pic pour l’élaboration du personnage nouveau venu. Les apprentis écrivains s’inspirèrent d’ailleurs beaucoup du roman : ce fut une agréable surprise car je n’avais pas prévu que le projet aurait un tel effet bénéfique sur l’intérêt porté à l’étude de l’oeuvre de Stoker.

Devoirs pour cette première séance de composition : préparer au brouillon la situation initiale dont nous avions défini les grandes lignes, récapitulées sur la page préalablement publiée. Cette préparation ferait gagner du temps pour favoriser les échanges.
Le jour J, les 4e ont devant eux, pour la plupart, un brouillon. Les volontaires le lisent aux autres qui réagissent et en discutent. On garde telle idée, tel passage, on en conserve d’autres pour plus tard. On en écarte aussi. Ceux qui étaient peu inspirés de prime abord ou arrivés les mains vides apportent leur contribution en réaction à ce qu’ils ont entendu. Des idées naissent dans le feu de l’action, modifiant au passage le scénario. Les élèves se corrigent même entre eux, sans que j’intervienne !
L’heure est vite passée. Je recueille les brouillons qui ont retenu notre attention : à moi d’en faire la synthèse qui sera mise en ligne pour la prochaine séance. En devoirs : réfléchir à la suite selon le schéma narratif mis à jour et la mettre à l’écrit.

Quelques uns des brouillons retenus pour la synthése

Deuxième séance, inaugurée avec la lecture de la synthèse. Des 4e ont visité la page web consacrée à la nouvelle et préparé des suggestions. La classe me donne son avis, commente ou corrige des passages, notamment les dialogues pour qu’ils sonnent juste. Mon travail devant refléter au mieux le leur, nous ne continuons que quand le texte est validé. Puis nous enchaînons avec la lecture des brouillons du jour où les idées de la semaine passée ont fait leur chemin : réactions, commentaires, corrections... A l’issue de l’heure, l’épisode déjà mis en ligne sera actualisé, le nouveau publié ainsi que les pistes imaginées pour la suite et les modifications éventuelles portées au schéma narratif.

Chaque séance observait un déroulement similaire mais il est parfois arrivé que les suites proposées ne provoquent pas un grand enthousiasme par manque d’imagination ou en raison d’invraisemblances, d’exagérations, ou d’incohérences avec ce qui avait déjà été fait. Autant d’occasions de réviser la méthode de la suite de texte et de comprendre qu’un brouillon n’est pas rigide ! Les 4e prenaient alors la plume, retouchaient ou recommençaient leur texte en classe avant de le partager.
A l’inverse, certains travaux ont parfois reçu une adhésion immédiate et unanime : nous passions alors à l’étape suivante, rédigée directement et lue, ou finalisée à la maison pour la semaine suivante. Nous avons travaillé ainsi jusqu’à l’achèvement de la situation finale.

Le schéma narratif a subi de nombreuses modifications et quelques idées ont finalement été délaissées pour que notre histoire ne s’éparpille pas. Elles figurent toujours sur la page en ligne en tant qu’historique : peut-être serviront-elles à imaginer des variations pour notre pièce ?

Internet : un atout précieux

La mise en ligne progressive des pages a réellement permis de maintenir motivation et enthousiasme, et de dynamiser l’écriture.

  • J’ai remarqué que la majorité des élèves guettait la publication des nouveaux épisodes avec curiosité : ils m’en parlaient en cours de Français au lendemain d’une mise en ligne, me faisant déjà part de leurs idées pour la prochaine séance hebdomadaire.

  • Ceux qui disposaient d’une connexion Internet pensaient à imprimer le récit pour les camarades qui n’en étaient pas équipés : cette entraide a favorisé le tissage de liens en ce moment primordial qu’est le début d’une année scolaire.

  • Motivés, la plupart des 4e pensait à faire les devoirs d’une séance à l’autre. Aucune n’est partie de rien comme cela était arrivé lors de l’atelier évoqué plus haut (perte des brouillons, du schéma narratif...) : pas de temps perdu inutilement.

  • Il y eut peu de hors-sujet ou de moments de flottement trahissant la perte du fil conducteur du scénario (hormis les retours de vacances parfois difficiles), les élèves disposant de leur travail dans un espace aisément consultable.

  • J’ai pu constater sur la durée que les cours étaient bien réinvestis : les 4e faisaient fréquemment allusion à des extraits vus en classe, à des activités effectuées dans le cadre de l’étude du portrait par exemple.

  • Enfin et surtout, les apprentis écrivains ont montré leur nouvelle en construction à leur entourage, non sans une certaine fierté ! De plus, des camarades d’autres classes sont venus leur en parler pour les féliciter, des collègues les ont complimentés ; j’ai reçu des échos positifs de la part des parents rencontrés lors de réunions.

    Le travail sur la pièce a depuis commencé : la motivation est intacte.

Bilan

Le bilan apparaît globalement satisfaisant. La durée du projet, le temps passé sur le thème du fantastique me faisaient craindre la lassitude ou le désintéressement de certains élèves, au regard de l’hétérogénéité de la classe. Il n’en fut rien pour les raisons ci-dessus et grâce aussi au succès rencontré par le genre. Bien sûr, des 4e se sont davantage investis que d’autres à l’écrit ou à l’oral, mais tous ont apporté une contribution, sans qu’aucun ne se sente déprécié ou pénalisé par des lacunes de langue parfois importantes. Je me chargeais aussi d’impliquer les plus timides ou d’encourager les plus réticents pour qu’ils apportent leur pierre à l’édifice.
Tous n’ont qu’une hâte désormais : donner vie à leur histoire sur scène et voir Monsieur Tanchmé en "vrai" ! Nous y travaillons actuellement : un lien a été ajouté vers un espace où sont publiés projets de costumes, scènes et bientôt les textes, au fur et à mesure que se construit la pièce. L’aventure va se pousuivre jusqu’en juin et côtoyer entre-temps l’étude du Bourgeois Gentilhomme de Molière.

Evaluations

Je n’ai pas souhaité évaluer le travail en affectant une note, afin de libérer les élèves de la pression habituelle exercée par la notation chiffrée. Cependant, une rubrique a été ajoutée au bulletin trimestriel où figure une appréciation personnalisée rendant compte de l’investissement et de l’intérêt manifestés. Le professeur principal de la 4e la prend en considération lors des conseils de classe : le projet est donc pleinement reconnu.
Je pense que ce choix a contribué à débrider les imaginations et à dynamiser les échanges. Les 4e n’ont d’ailleurs pas manifesté de regret quant à ce mode d’évaluation, leur regard se portant sur autre chose : le résultat concret qu’est cette nouvelle qu’ils ont écrite à plusieurs mains, publiée en outre sur le site de leur collège.

Pistes de réflexion

L’intégration à ma pratique professionnelle de cette façon d’utiliser Internet a pleinement répondu à mes attentes. C’est pourquoi je compte la pérenniser pour motiver mes élèves, leur redonner le goût de l’effort dans la perspective de la valorisation de soi.

Par conséquent, l’interactivité attire maintenant ma réflexion : puisque choisir ce mode de diffusion s’est avéré être une réussite auprès des visiteurs, un blog serait dès lors le bienvenu pour permettre à ce lectorat de réagir et d’encourager les apprentis écrivains.

De plus, la consultation de notre jeune site Internet commence tout juste à entrer dans les moeurs collégiennes ; nos élèves le visitent en tant que simples "surfeurs". Nous aimerions les sensibiliser à l’opportunité d’en devenir des acteurs essentiels, tels les 3e chargés du projet web. Mes séquences se verront ainsi progressivement complétées d’activités destinées à figurer sur la "toile" intégrant la conception de pages à l’aide d’un vidéoprojecteur, publiées instantanément si possible.

Enfin, en matière d’autres projets, on peut imaginer un échange virtuel interclasse voire inter-établissement où pages web ludiques et jeux d’écriture se rencontreraient, tel celui que j’envisage avec une collègue partie enseigner à l’étranger.

Liens

Site du collège Madame de Lafayette :
http://ww3.ac-creteil.fr/Colleges/77/mmedelafayette/

Le projet des 4e :
http://ww3.ac-creteil.fr/Colleges/77/mmedelafayette/disciplines/francais/doner/projet42.htm

Portrait et Internet en 3e :
http://ww3.ac-creteil.fr/Colleges/77/mmedelafayette/disciplines/francais/doner/site36/index36.html

 

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