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Création d’une troisième émission ADO COSMO pour les élèves allophones et enfants du voyage : L’émission des worldgrammairiens 

14 / 06 / 2024 | le GREID Lettres

par Pascale Jallerat, CASNAV Créteil

 

 

https://www.youtube.com/@adocosmo4825/playlists

 

La chaîne ADO COSMO : pourquoi ?

C’est une chaîne pour les adolescents allophones et enfants du voyage. Cette chaîne est le fruit de travail de 5 dispositifs 

  • Un dispositif EFIV (enfants de famille itinérante et enfants du voyage) 1er degré
  • Un dispositif UP2EA (unité pédagogique pour allophones arrivants) 1er degré
  • Un dispositif UPE2A de collège
  • Un dispositif UPE2A lycée professionnel
  • Un dispositif UPE2A lycée général

La création de cette chaîne a pour objectif de :

  • Faire connaître le public EFIV et EANA (élève allophone arrivant)
  • Faire connaître les compétences langagières et scolaires avérées de ces élèves
  • Développer les compétences liées du socle commun de connaissances, compétences et de culture : Les langages pour penser et communiquer, les systèmes naturels et les systèmes techniques et la formation de la personne et du citoyen
  • Développer les compétences liées au numérique
  • Développer les interactions coopératives entre les élèves
  • Développer l’autonomie des élèves

Mais aussi pour les enseignants :

  • Utiliser les vidéos comme lancement d’une séance en classe ordinaire
  • Utiliser les vidéos comme support lors d’une arrivée différée d’un élève allophone qui arrive en milieu d’année scolaire
  • Valoriser un élève allophone à l’occasion de la réalisation d’une vidéo

Une troisième émission : l’émission des worldgrammairiens : pourquoi ?

Pourquoi créer des vidéos ?

Cela peut paraître surprenant de créer des vidéos autour du fait de langue dans une langue qui n’est pas la sienne.

Sur le plan du numérique, apprendre à construire et penser un scénario pour une séquence filmée ne peut-être qu’une plus-value. L’objet final que représente une vidéo est tout d’abord mobilisateur et suscite chez les élèves la volonté d’un travail collaboratif, abouti et cohérent.

Par ailleurs, celle-ci permet, à travers la reformulation avec ses propres mots et la répétition au gré des prestations des éléments vus, la conscientisation des structures syntaxiques et ainsi l’appropriation des caractéristiques françaises.

Quelques vidéos reposent sur la comparaison des langues.

Image d'un tableau de comparaison de la négation dans les langues

Comparons nos langues
 

Cela fait référence au travail de Nathalie Auger dans « Comparons nos langues » que tous les professeurs d’UPE2A ont vu au moins une fois dans le cadre de leur formation. Pour Nathalie Auger, « Cette démarche propose donc de s’appuyer sur les scripts maternels des enfants pour aller vers le français puisque tout apprentissage des langues repose, consciemment ou non, sur une comparaison entre le ou les systèmes langagiers préexistants et la langue à apprendre. Cette situation de contact de langues (donc interculturelle au sens large qui comprend langue mais aussi culture) devient alors un atout pour l’enseignement-apprentissage du français. (…) La comparaison des différentes langues dans la classe ne sert pas à hiérarchiser les idiomes mais bien à en montrer les universaux singuliers (par exemple toutes les langues ont une syntaxe, comme la façon de marquer la négation, mais chacune le fait différemment). Cette démarche motive l’élève qui se sent reconnu dans ce qu’il est, ce qu’il connaît déjà, sans pour autant devenir un prototype de sa langue et de sa culture. Le français s’apprend donc selon une démarche cognitive de co-construction bien visible à la fois pour les élèves et l’enseignant. » in COMPARONS NOS LANGUES Démarche d’apprentissage du français auprès d’Enfants Nouvellement Arrivés. [DVD, Canopé - CRDP de Montpellier, 2005]

Rappelons que les élèves allophones n’arrivent pas vierges de tout langage, ils ont déjà une langue maternelle, voire aussi d’autres langues. L’intérêt est donc de mobiliser leur expertise, sur le plan des connaissances et des compétences linguistiques, transférables à une nouvelle langue

Le CARAP, flyer

Cette approche plurielle des langues développe de façon concrète la conception de la compétence plurilingue qui est aussi promue par le Cadre européen commun de référence pour les langues (CARAP).

Pourquoi la grammaire ?

La grammaire constitue un objet d’étude très important en Français Langue Seconde, qui s’aborde différemment du FLE (Français Langue Etrangère) et du Français disciplinaire pour un élève locuteur natif.

Trois traitements grammaticaux sont possibles : la grammaire intériorisée, la grammaire implicite et la grammaire explicite.

Schéma de Vigner

- La grammaire intériorisée est celle que le locuteur va se construire au contact de la pratique, à partir de repères dont il dispose dans sa langue d’origine et des ressources de son environnement. Intérioriser une règle ne signifie pas être capable de la formuler

- La grammaire implicite s’efforce de systématiser l’usage d’une forme, de créer des automatismes langagiers par le moyen d’activités n’impliquant pas de référence au métalangage. Cependant, elle n’exclut nullement une description préalable nécessaire à une série de transformations.

- La grammaire explicite a pour fonction de consolider les pratiques quand le savoir-faire intuitif est défaillant. Alors il est nécessaire de faire aller les élèves vers le modèle qui est celui de la grammaire scolaire du français

Selon Vigner (in La maitrise de la langue dans les apprentissages du Français, Langue Seconde ) dans le cadre de l’enseignement de la grammaire aux élèves allophones, on ne peut se contenter d’un simple contact avec la langue : et toute approche sera suivie d’activités de systématisation qui permettront de stabiliser l’usage de certaines formes et d’en assurer l’automatisation. Quant au passage à une approche explicitée, elle ne peut être envisagée tant que les élèves ne disposent pas d’un minimum d’expérience langagière. En FLS, la langue est apprise comme une langue de scolarisation, avec une place importante pour la compétence écrite, où le français est d’abord la langue de communication de l’école. Cette logique d’immersion doit être accompagnée d’un apprentissage organisé de la langue : on ne reste pas au niveau du seul savoir-faire intuitif, les élèves devant passer à l’étape de description et d’analyse de la langue, selon les usages de l’enseignement grammatical français.

C’est ce que l’on voit dans le processus de la création de l’émission des worldgrammairiens : une approche contrastive, une automatisation qui permet de stabiliser l’usage d’un fait de langue accompagné d’un apprentissage organisé de la langue française.

La plus-value du numérique

Grâce à la création de cette nouvelle émission, les élèves ont pu acquérir des compétences langagières et linguistiques : compétences de communication mais aussi compétences grammaticales, développement d’un positionnement réflexif. Mais ce processus a surtout permis aux élèves d’apprendre à anticiper (création du story-board) à collaborer sur des documents collaboratifs, à respecter une charte (comme celle d’ADO COSMO : jingle, images de début et de fin, phrases d’annonce…), à adapter quand c’est nécessaire (phrase de fin), être sensible à la mise en scène, à la prise de vue et enfin à découvrir des logiciels et applications (Metalo, ClipChamp , Movavi…)

Étant donné que ces vidéos seront diffusées, elles permettront de valoriser l’expertise des élèves allophones, de les voir comme des élèves qui parlent plusieurs langues dont ils font des objets de réfexion, et pas simplement comme des élèves non francophones.

Par ailleurs, ce travail de groupe a permis une avancée de l’autonomie des élèves tant dans leurs compétences linguistiques que numériques.

Ce projet a permis aussi aux apprenants de comprendre le plaisir du travail achevé et bien fait. Il a poussé les élèves à être responsables de leurs productions numériques d’une part et d’autre part de comprendre que sur Internet il y a aussi de la richesse, des contenus pertinents à condition de savoir chercher et d’être un internaute responsable.

Quelques points de vigilance :

  • Ne pas se connecter avec des adresses personnelles afin de protéger les données personnelles et la vie privée
  • Bien établir les story-boards et répartir les fonctions et responsabilités de chacun
  • Penser à établir des plans de travail précis pour chaque groupe
  • Sensibiliser les élèves aux dangers du Net
  • Rappeler la responsabilité du numérique
  • Insister sur la sécurité de l’environnement numérique
  • Penser aux autorisations liées aux vidéos et à la protection des élèves
 
Directeur de publication :
A. David
Secrétaire de rédaction :
C. Dunoyer

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