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Lire avec le cinéma : "Les Misérables", Cosette à la fontaine, plan par plan

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

 

Objectifs :
- Réveiller le lecteur, l’auteur, le réalisateur qui sommeille en chaque élève et l’amener à une lecture réfléchie en se posant, comme un réalisateur, la question de l’adaptation.

Méthode :
- Partir du texte des Misérables (livre troisième, chapitres 5 et 7 ) en proposant à la classe d’ écrire le scénario d’une adaptation (ou tout du moins, au collège, d’en tracer les grandes lignes).
- Comparer ces hypothèses au travail des cinéastes (au moins deux) Impulser une réflexion sur les choix de chacun et leur validité.
- Revenir au texte avec un regard réactivé par les images.

Niveaux :
- Au collège, à partir de la quatrième (avec une initiation préalable à la lecture de l’image fixe et animée).
- Au lycée (enseignement général ou professionnel) dans une perspective d’étude du genre romanesque ou du langage cinématographique face au langage du texte (au lycée, l’étude de texte portera sur la totalité du livre trois).


par Olivier Dumont, collège du Parc à Aulnay-sous-Bois
et René Paulin, collège A. France, Pavillons-sous-Bois


Télécharger les illustrations et leurs légendes

 

 


Cosette balaye la rue, " grelottant sous de vieilles loques trouées ". A droite, le seau " plus grand qu’elle, l’enfant aurait pu s’asseoir dedans et s’y tenir à l’aise ".

Sommaire de la séquence

I Analyse filmique
a) remarques sur les adaptations
b) version de R. Bernard (1933)
c) version de M. Bluwal (1972)
d) version de R. Hossein (1982)
e) version de J. Dayan (2000)

II Ce que dit le roman

III Adapter, transposer

 

Les quatre analyses séquentielles qui suivent, comme le tableau qui transpose le texte de Victor Hugo sous forme d’analyse séquentielle (livre troisième, chapitre 5) et la rubrique " ce que dit le roman ", proposent une série de repères pour aider les élèves à lire et à écrire avec le cinéma.

Dans deux collèges de Seine Saint Denis, nous avons expérimenté la démarche qui suit.


Analyse filmique

 

Entre 1900 et 2000, le roman a connu une trentaine d’adaptations, plusieurs à Hollywood, l’une en Inde. En France, la télévision propose deux versions des Misérables : Marcel Bluwal en 1972, Josée Dayan en 2000.
Voir la filmographie (format rft)

Remarques sur les adaptations

- La fidélité au texte d’Hugo évolue avec une distanciation accrue dans les versions récentes. Robert Hossein revendique l’esprit plus que la lettre, Bille August (1998) fait l’impasse sur la scène de la source et donne une dimension ouvertement sexuelle à la " vente " de Cosette à Jean Valjean. D’une version à l’autre, la différenciation porte souvent sur le personnage de Cosette, sa situation, son caractère, son attitude face à Jean Valjean. La rencontre entre Cosette et Jean Valjean oscille entre confiance et peur.

- La famille Thénardier donne également lieu à des approches diverses : présence ou non des filles à l’écran, présence ou absence de Gavroche. Dans la version de Josée Dayan, Eponine et Azelma sont particulièrement cruelles avec Cosette ( Cendrillon). Interprété par Bourvil, Thénardier prend l’apparence d’un paysan roué, alors que, pour Raymond Bernard, sous l’œil admiratif de sa femme et face à l’indifférence de ses filles, il se prend, ivre de vin et de mots, à ses souvenirs de Waterloo.

- Seul, Raymond Bernard reprend, dans son intégralité, l’ensemble des étapes du calvaire de Cosette. Dans les autres versions, la fête disparaît très vite (multiplicité des figurants, importance du décor), le retour vers l’auberge est souvent réduit, voire escamoté.

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  • Version Raymond Bernard (1933)

Le film (305 minutes) est divisé en 3 époques (Une tempête sous un crâne ; Les Thénardier ; Liberté, liberté chérie).
Acteurs principaux : Harry Baur (Valjean), Charles Vanel (Javert), Charles Dullin (Thénardier), Marguerite Moreno.
Musique d’Arthur Honegger.

Le film a été tourné avec d’importants moyens aux studios de Joinville (décor, architecture de Jean Perrier). La même année sont sortis King Kong et La soupe aux canards (avec les Marx Brothers). Dans la première partie du film, l’auberge des Thénardier apparaît à plusieurs reprises (échange de lettres avec Fantine). La Thénardier frappe Cosette qui se protège le visage. On voit Cosette avec son balai (voir illustration). Une séquence montre en parallèle Cosette (la bonne) et la déchéance de Fantine (édentée, malade, livrée à la prostitution). La responsabilité de Thénardier (il programme la déchéance de Fantine) est clairement établie, (les fourrures des filles sont payées par la prostitution de Fantine). Le geste répété de Cosette (symbole de l’enfant battu) rappelle que le cinéma parlant est encore récent. On utilise encore les codes du cinéma muet (gestuelle, expressions).

Le manuel NATHAN, Textes et méthodes de 4ème (programmes 1998), propose une séquence autour des Misérables et notamment de la version de Raymond Bernard : Etude de l’affiche, photogrammes du film : Cosette (3), Les Thénardier (4), 2 extraits du scénario ( dont la discussion entre Valjean et les Thénardier).

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Découpage d’une séquence : Cosette à Montfermeil ( La recherche de l’eau. Rencontre avec Jean Valjean)

Place dans le film : le film de Raymond Bernard suit le déroulement du roman. La séquence à Montfermeil se place après la mort de Fantine. La séquence situe à la fin de la première heure du film.
Durée : 6 minutes 17 secondes

Plans
Durée
IMAGE (cadre, mouvements, angles, lumière)
SON (musique, bruitage, dialogue)

La fête à Montfermeil
plan 1

26 sec. 3 images
La fête. La nuit est tombée.Ouverture en fondu. Plan moyen. Panoramique droite/gauche
Musique de fête. Voix indistinctes : foule animée
plan 2
4 sec. 19
Cosette avec son seau. Plan moyen. Travelling arrière. Visage éclairé.
Passage de gens devant Cosette.
Musique et voix
plan 3
7 sec 20
Singe dressé sur une table. La fête. Plan moyen. Panoramique droite/gauche
Musique et voix
plan 4
4 sec 12
Cosette sur la droite regarde un objet situé à gauche. Plan américain. La caméra la suit. Travelling arrière et panoramique gauche/droite
Musique et voix
plan 5
4 sec 23
Fête en panoramique + arrêt sur une poupée dans un stand. Plan moyen. Poupée debout au centre. Contre-plongée
Musique et voix
plan 6
3 sec 21
Cosette de face en plongée. Champ contre champ. Des gens passent devant Cosette (droite/gauche).
Musique et voix
plan 7
3 sec 15
La poupée, décalée sur la gauche avec 2 autres nettement plus petites au centre de l’écran. Champ contre champ. Des ombres passent (droite/gauche)
Musique et voix
plan 8
5 sec.
Cosette. Regard vers la droite de l’écran. Cosette tourne la tête. Son visage se défait. Champ contre champ. Légère plongée. Plan poitrine. Visage, puis une ombre passe.
Musique et voix
Puis voix brutale de La Thénardier :" Cosette "
plan 9
2sec 11
Arrivée Thénardier + filles. Elle fend la foule. Plan moyen.
Musique et voix
plan 10
6 sec 18
Cosette en gros plan. Visage peu éclairé. Elle regarde vers la gauche.
Voix off de la Thénardier. Dépasse bruits de la fête : "…petite saleté… "
plan 11
5 sec 17
Cosette au 1er plan. Plan moyen. Elle voit arriver sur elle les 3 Thénardier. Geste réflexe : se protège le visage.
La Thénardier continue à s’adresser à Cosette
plan 12
18 sec 17
Les Thénardier encerclent Cosette coincée à droite de l’écran et qui recule presque hors champ. Visage menaçant de la Thénardier et geste de la main. Cosette se protège le visage (2 fois). Plan moyen. Plan fixe + léger panoramique droite/gauche : Cosette sort du champ. Les Thénardier se dirigent vers la poupée.
Cosette essaie de se défendre. La Thénardier est brutale : " …peur…perd pas la pièce… ". (Le dialogue annonce la suite).
plan 13
4 sec 4
Cosette se dirige vers la sortie du village avec son seau (déjà lourd). Plan de demi-ensemble.
Musique et voix (la fête)
plan 14
18 sec 18
Les Thénardier devant le stand des poupées. Plan rapproché. Une des filles veut la grande poupée. Refus de la mère qui achète 2 petites poupées.
Dialogue mère/fille : " ….pas aimé…dans le noir….acheter des poupées. Arrière-plan : musique et voix fête
Dans la forêt
plan 15
10 sec 19
Cosette est seule. Plan moyen. Elle regarde à droite et à gauche. Hésite, puis part en courant. Plan fixe + pano D/G. La taille de Cosette diminue. Elle s’éloigne.
Musique forte. Dominante des sons graves.
plan 16
4 sec 19
Un arbre avec une forme menaçante (sortes de griffes). Cosette arrive de face sous l’arbre en courant. Plan d’ensemble. Plongée.
Suite musique avec ajout de sons discordants.
plan 17
1 sec 04
Cosette arrive en courant (à gauche écran). Lève les yeux. Mouvement de recul. Plan moyen.
Suite musique : sons discordants.
plan 18
1 sec 21
Rocher moussu (forme de crâne) en GP. Travelling avant épaule. Il semble avancer sur Cosette.
Suite musique : sons discordants.
plan 19
5 sec 19
Idem plan 17. Cosette à gauche de l’écran recule (touche le cadre). Se retourne, repart, s’arrête à nouveau. Geste d’épouvante.
Suite musique : sons discordants.
plan 20
10 sec 06
Idem plan 16. Cosette sous l’arbre. En contre-champ. Passage d’un oiseau nocturne. Cosette repart en courant et sort du champ. Plan fixe + pano D/G. plan d’ensemble, puis moyen.
Suite musique : sons discordants.
La source
plan 21
4 sec 11
Cosette arrive à la source. Une feuille tombe. Plan moyen.
Suite musique.
plan 22
16 sec 17
Cosette se penche vers la source. Plan rapproché (raccord en mouvement dans l’axe). Elle regarde autour d’elle, s’accroupit et puise de l’eau. Une feuille tombe sur le sol derrière elle.
La musique accompagne son mouvement. Plusieurs instruments semblent dialoguer.
plan 23
1 sec 10
Gros plan sur la poche de Cosette. La pièce tombe sans qu’elle s’en aperçoive. (plan d’insert)
Suite musique
plan 24
4 sec 16
Cosette de face recule en essayant de soulever le seau (au 1er plan). Plan rapproché. Léger travelling avant.
La musique ponctue l’effort de Cosette
plan 25
16 sec 22
Cosette peine avec son seau. Eclairage sur Cosette dans décor sombre. Plan taille qui s’élargit pour se centrer sur le seau.
Nouvelle musique en cours de plan : orgue de barbarie. Cosette pleure et soliloque : " Je peux pas…. "
plan 26
50 sec 22
Fondu enchaîné. Cosette avance avec son seau (G/D). La caméra la suit en se rapprochant. Cosette a la tête penchée (Piéta). Elle s’effondre devant l’objectif. Panoramique vertical. Ombre sur le seau et Cosette (Valjean hors champ). Une main soulève doucement le seau. La caméra suit le regard de Cosette (panoramique vertical) vers le visage de l’homme.
Nouvelle musique (violons) assez faible. L’homme interroge Cosette.
plan 27
40 sec 11
Cosette de dos parle avec Valjean de face (rapport de taille). Il semble réfléchir à ses propos. Valjean tend doucement la main à Cosette et ils s’éloignent vers l’auberge, le seau dans la main de Valjean.
Suite du dialogue. Valjean interroge Cosette sur sa situation. Suite musique en fond
plan 28
17 sec 4
Valjean et Cosette avancent dans la forêt main dans la main. Travelling arrière+ panoramique D/G. Plan de demi ensemble à plan américain. Le seau au 1er plan semble très léger.
Fond musical. Marche. Valjean continue à interroger Cosette sur le ton de la conversation.
plan 29
8 sec 8
Fondu enchaîné. Entrée dans le village. Village éclairé dans le fond. Plan américain à plan d’ensemble.
Suite musique. Bruits de foule en arrière-plan.

La Fête
plan 30

11 sec 13
Cosette et Valjean de face dans le village éclairé. Travelling arrière D/G. Plan moyen à plan taille. Le cadre est sur Valjean.
Musique de la fête.Dialogue : conversation courante.
plan 31
24 sec 20
Le stand de la poupée, puis la fête. Valjean est de dos devant le stand face à la poupée. La caméra quitte Valjean. Aller-retour sur la fête avec arrêt sur cracheur de feu et passage sur l’enseigne de l’auberge. Travelling G/D, puis panoramique G/D vers cracheur de feu, puis pano D/G vers personnages.
Musique de fête. Voix en arrière-plan.
plan 32
29 sec 21
Raccord mouvement sur Valjean et Cosette qui avancent vers la droite (plan américain). Cosette tape sur la main de Valjean pour lui parler. Ils s’arrêtent et repartent. Ils rentrent séparément dans l’auberge. Travelling arrière, puis latéral, puis plan fixe sur auberge.
Musique de fête et voix en arrière-plan. Cosette veut reprendre son seau par crainte de la Thénardier à Valjean de la Thénardier

Eléments d’analyse

- La fête : Cosette est au milieu d’une foule animée qui passe devant et derrière elle, la bousculant parfois. Son regard constitue un point fixe alors que la caméra est mobile. L’enchaînement des plans 2 et 3 (Cosette/le singe dressé) fait suture : Cosette est un petit animal (Fantine est appelée " guenon " par le bourgeois). L’éclairage sur le visage donne l’impression que Cosette est illuminée, transfigurée par la vision de la poupée. Le champ contre champ suggère une relation privilégiée (focalisation interne). Le groupe de 3 poupées dans le plan 7 annonce l’arrivée de la Thénardier avec ses filles. On peut aussi penser que ces poupées constituent une annonce des destinées des 3 fillettes. Notons à ce propos que le rôle des filles Thénardier est nuancé (cruauté " naturelle " de l’enfance plus que méchanceté systématique). La voix de la Thénardier est d’abord off . Elle dépasse le son de la fête (puissance/menace) et fend la foule entraînant ses filles dans son sillage. Le geste de Cosette (se protège le visage du bras) est présent dés la première partie du film et en fait le symbole de sa relation avec la Thénardier (la sorcière). La peur de Cosette se manifeste par sa respiration : haletante, avec un corps qui semble se rétracter, accentuant encore sa petitesse.

- Dans la forêt : Le réalisateur cherche à rendre les images du texte d’Hugo en travaillant sur les formes qui suggèrent les peurs de Cosette (présence de plans subjectifs). L’utilisation de plans larges accentue la solitude et la fragilité (maigre, blême) de Cosette écrasée par la forêt. La forêt, ici, beaucoup plus que dans les autres versions, ressemble à une forêt de conte de fée (voir Le Petit Poucet, Hansel et Gretel), vivante, inquiétante. Le passage à la source proprement dit est relativement court (à la différence du texte d’Hugo qui en fait un temps fort). Le réalisateur insiste sur deux éléments : le poids et la taille du seau (premier plan, cadre relativement serré), la perte de la pièce (gros plan).

- L’apparition de Jean Valjean : Cosette est, ici, conforme au texte d’Hugo. La confiance immédiate qu’elle accorde à Valjean contraste avec sa peur face à la Thénardier). Valjean apparaît d’abord comme une ombre (influence du cinéma expressionniste). Les gestes de Valjean sont lents. Cette lenteur (douceur) est une des éléments qui expliquent la confiance qui s’établit entre l’homme et l’enfant. Sur le chemin du retour, les bruits sont familiers, le paysage normal. Dans ce passage, on peut noter que Raymond Bernard choisit de séparer la main du reste du personnage. On est ici dans une relation symbolique (main tendue, main qui sauve, protège, main qui vient du ciel). La main soulève le seau sans effort. Le regard de Cosette vers le haut fait penser à un miracle. On voit également Cosette et Valjean dans le même plan. Le cadre accentue le rapport de taille et fait immédiatement de Valjean une figure rassurante, protectrice, paternelle. La relation de confiance est confortée par le dialogue " conduis-moi ". Le " petit être " guide le colosse.

- Le village : Valjean et Cosette sortent de la forêt comme d’un cadre pour entrer dans la lumière. On doit noter que la séquence fonctionne en boucle. On retrouve les plans de la fête avec les mêmes éléments visuels, mais, ici, le déplacement de la caméra est inversé. Alors qu’initialement le déplacement se faisait de la droite vers la gauche, le mouvement ici est gauche/droite. Classiquement, ces directions indiquent un sens de lecture vers le passé (D/G) ou le futur (G/D). Jean Valjean est le futur de Cosette. A remarquer également que les déplacements de la foule n’encadrent plus Cosette.

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  • Version Marcel Bluwal (1972) Version télévisée (ORTF)

Durée : 4 minutes 56 secondes

Voir la séquence filmée au format Windows Media Player (si vous ne disposez pas de cet utilitaire, vous pouvez le télécharger ici)

Plans
Durée
IMAGE (cadre, mouvements, angles, lumière)
SON (musique, bruitage, dialogue)
1
8 s
Cosette marche dans la forêt portant son seau - Plan Ensemble - Travelling latéral (G-D)
Requiem de Verdi
2
9 s
Idem - Plan Rapproché - suite du Travelling
Requiem + exclamations d’épuisement de Cosette
3
36 s
Idem - Plan Taille - Contre plongée -suite du Travelling
Requiem + Cosette chante pour surmonter sa peur
4
8 s
Idem - Plan Rapproché - suite du Travelling
5
13 s
Idem - Plan Ensemble - suite du Travelling
Requiem + Cosette parle à haute voix, racontant la situation
6
6 s
Idem - Plan Ensemble - Plongée - suite du Travelling
7
8 s
Plan Ensemble - Cosette court vers la source
Requiem
8
11 s
Plan Ens. - Cosette arrive à la source. Pendant qu’elle remplit son seau, allongée par terre, le cadre se resserre et finit en Plan Rapproché
 
9
34 s
Plongée - Cosette se relève, en Plan Moyen. Le cadre finit sur son visage en larmes, en Gros Plan
Requiem + Cosette : gémissements et pleurs
10
7 s
Cosette repart vers l’auberge - Plan Ensemble
Requiem
11
4 s
Plan Rapproché qui finit par un Gros Plan sur sa main, tenant l’anse en ficelle du seau. Une main d’homme lui prend le seau puis lui prend la main
Requiem + exclamations d’épuisement. Fin de la musique quand il lui attrape la main
12
16 s
Homme silencieux, en habit et chapeau haute forme - Gros Plan
Cosette : respiration haletante
13
13 s
Cosette, en Gros Plan, regarde hors-champ, vers le haut du cadre, dans la direction de l’homme
Dialogue entre J. Valjean et Cosette pendant lequel celui-ci apprend l’identité de la petite fille, le fait qu’elle est exploitée et décide de la soustraire aux mauvais traitements des Thénardier.
14
16 s
Plan Ensemble - J. Valjean et Cosette marchent dans la forêt, vers le devant du cadre
15
17 s
J. Valjean et Cosette, face à face, en Gros Plan. Il est baissé à son niveau
16
46 s
Plan Ensemble, fixe - Ils s’éloignent en s’enfonçant dans l’obscurité
17
44 s
Plan Américain - Les deux personnages sont face au spectateur puis J. Valjean prend Cosette dans ses bras (Plan Rapproché)

Eléments d’analyse

Le film de Marcel Bluwal s’articule autour de moments clés et procède par une série de retours en arrière. La scène de la fontaine est enchâssée dans le récit entre la confession de Jean Valjean et l’arrivée des deux personnages à Paris. Il n’y a pas de passage à l’auberge des Thénardier (Bille August effectue le choix opposé dans une version très dure). C’est dans la forêt où se noue la relation entre Cosette et Valjean que celui-ci expose à Cosette son devenir avec lui. Comme dans le théâtre classique, le récit se substitue à l’action.

Cosette est ici un brave " petit soldat ". Affolée, extenuée, elle chante, compte pour exorciser la peur " j’ai pas peur… il ne fait pas noir ". La séquence est assez longue (5 minutes) et relativement découpée (17 plans). Elle démarre par un travelling qui se poursuit sur six plans où alternent plans d’ensemble et plans rapprochés. Pour accompagner le calvaire de Cosette, Marcel Bluwal utilise le Requiem de Verdi (la musique s’arrête lorsque Valjean prend la main de Cosette). A la source, le cadre se resserre progressivement sur le visage de Cosette. Cette proximité, les larmes et les gémissements de l’enfant , l’éclairage, la musique de Verdi donnent à la séquence une forte intensité émotionnelle à connotation religieuse. L’arrivée de Valjean (plan 11), la main qui prend le seau, puis la main de Cosette renforcent cette dimension salvatrice (qu’on trouve dans le texte de Victor Hugo). Les plans 13 à 18 se substituent à la scène de l’auberge. Spectateurs et personnages se rejoignent dans la progression du récit. Valjean se rapproche de Cosette : marche main dans la main, s’agenouille devant (se met au même niveau qu’elle), la prend dans ses bras. En quelques plans, on passe d’une relation d’extériorité à une relation de paternité.

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  • Version Robert Hossein (1982)

Durée : 2 minutes 56 secondes

Plans
Durée
IMAGE (cadre, mouvements, angles, lumière)
SON (musique, bruitage, dialogue)
1
12 s
Cosette marche dans la forêt - Plan Ensemble - Travelling latéral
Bruits d’animaux
 
2
11 s
Idem - Plan Ensemble plus serré - suite du travelling
3
12 s
Idem - Plan Américain - suite du travelling
Bruits des pas
 
 
4
20 s
Idem - Plan Ensemble vers Plan Rapproché - travelling puis plan fixe
5
12 s
Cosette s’enfonce dans la forêt vers la source - Plan fixe puis léger panoramique vers la droite
6
1 mn 15
La source est au 1er plan. Cosette s’approche et remplit son seau. J. Valjean arrive du fond du cadre, effraye Cosette en attrapant le seau.
Bruits de la source.Dialogue entre Cosette et J. Valjean. Il apprend son identité et qu’elle est servante chez les Thénardier
7
34 s
Cosette et J. Valjean retournent vers l’auberge - Plan Général - Travelling latéral (D-G)

Eléments d’analyse

Dans un film long et qui retrace de façon détaillée le récit des Misérables, la scène de la rencontre ne fait pas l’objet d’une insistance particulière. C’est une péripétie plus qu’un moment clé.

La séquence débute par un travelling (4 plans) et se conclut de la même manière. Ce mouvement d’appareil " compense " le nombre réduit de plans (7 au total). Le film s’ancre dans une dimension réaliste qui se traduit ici par le seul recours au son d’ambiance (pas de musique). L’essentiel de la séquence est concentrée dans le plan 6 (1minute 15 secondes) qui propose " en temps réel " (durée du plan et durée de l’action correspondent) la rencontre de Cosette avec Jean Valjean). Dans cette version récente (1982), Cosette réagit avec effroi à l’arrivée de Valjean.

La version de Josée Dayan présente des similitudes avec celle de Robert Hossein, dans sa durée, dans le choix d’un nombre réduit de plans, dans l’utilisation importante du travelling. La rencontre entre les personnages est modernisée, réaliste dans le contexte de la fin du 20è siècle : une enfant qui voit surgir un homme dans la forêt ne peut qu’avoir peur. L’angle de prise de vue et le choix du cadrage pour l’arrivée de Valjean en découlent.

Dans ces deux cas, le parti pris des réalisateurs est celui de la prise de distance avec le texte de Victor Hugo.

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  • Version Josée Dayan (2000). Version télévisée (TF1)

Durée : 2 minutes 13 secondes

Plans
Durée
IMAGE (cadre, mouvements, angles, lumière)
SON (musique, bruitage, dialogue)
1
14 s
Cosette marche dans la nuit avec son seau, les pieds dans la boue.Travelling. Plan d’ensemble resserré vers plan moyen. Angle normal à plongée. La scène est éclairée.
Monologue (Cosette s’adresse à madame Thénardier) + musique + clapotis
2
3 s
Visage de Cosette en gros plan. Travelling arrière. Angle normal. Scène éclairée.
Madame Thénardier en voix off (répond à cosette) + musique + clapotis
3
19 s
Cosette marche à travers bois. Plan d’ensemble à plan moyen. Travelling gauche/droiteAngle normal. Scène éclairée
Murmure de Cosette + musique + froissement feuilles et bruits d’animaux (oiseau ? grenouille ?)
4
22 s
Branchages, puis Cosette puisant de l’eau. TGP à plan moyen. Panoramique + plan fixe + panoramique. Angle normal, puis plongée. La caméra suit cosette qui s’éloigne avec son seau. Scène éclairée.
Monologue de Cosette + musique + froissement + animaux (plus nombreux que dans le plan précédent) + eau + arrêt musique + coassement. Cosette parle à la grenouille. Son métallique (pièce qui tombe).
5
30 s
Apparition de Jean Valjean. Effroi de Cosette. Valjean veut l’aider. Cosette tombe.Plan d’ensemble/plan moyen/plan d’ensemble.Pano + plan fixe + pano + petit travelling avant + plan fixe + panoContre-plongée puis angle normal
Pas de Valjean. Dialogue + bruit (chute Cosette…). Reprise musique en fin de plan.
6
45 s
Cosette et Valjean marchent main dans la main.Plan d’ensemble/ plan moyen/plan rapproché. Plan fixe. Lumière de l’aube
Dialogue (5/6 répliques) + musique + bruit d’oiseau. La musique s’amplifie en fin de plan.

Eléments d’analyse :

Dans cette version télévisée, le travail sur l’image est différent des versions antérieures : le nombre de plans (les plans sont longs) est réduit (c’est la version

 

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