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Séquence latin 5e : Fables

11 / 12 / 2007 | le GREID Lettres

Cette séquence utilise des textes assez faciles et dont le contenu est souvent bien connu des élèves ; elle permet d’apprendre la deuxième déclinaison et donne matière à un élargissement sur le vocabulaire des animaux, éventuellement en lien avec le cours de S.V.T..

 

Présentation de la séquence telle qu’elle a été faite aux élèves :

 
Objectifs  :

Ø Reconnaître les caractéristiques d’une fable.

Ø Apprendre la deuxième déclinaison.

Ø Apprendre les mots latins du vocabulaire animal et leurs dérivés.

Supports :

Ø Fables, Phèdre.

Ø Trois versions de la fable « Le corbeau et le renard » (Esope, Phèdre, La Fontaine).

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Séance 1 - Introduction / Présentation.
 

La première séance propose la présentation rapide des trois auteurs de fables. Elle peut être faite par les élèves, sous forme de recherches ou d’exposés, ou par le professeur.

Sont ensuite lues les trois versions de la fable bien connue « Le corbeau et le renard » afin de réfléchir sur les similitudes et les différences, d’un auteur et d’une époque à l’autre. Cet exercice, qui peut se faire à la maison, permet d’aboutir, lors de sa correction, à une tentative de définition du genre, à partir des constantes observées.

 
Textes donnés aux élèves :
 

I- Esope, « Κραξ καλπηξ »

 


Κραξ κρας ρπσας π τινος δνδρου κθισεν. λπηξ δ θεασαμνη ατν κα βουλομνη το κρατος περιγενσθαι στσα πνει ατν ς εμεγθη τε κα καλν, λγουσα κας πρπει ατ μλιστα τν ρνων βασιλεειν, κα τοτο πντως ν γνετο, ε ϕωνν χειν. δ παραστσαι ατ θλων τι κα ϕωνν χει, ποϐαλν τ κρας μεγλα κεκργει. κενη δ προσδραμοσα κα τ κρας ρπσασα ϕη· «  κραξ, κα ϕρνας ε εχες, οδν ν δησας ες τ πντων σε βασιλεσαι. » Πρς νδρα νητον λγος εκαιρος.

Un corbeau avait enlevé un morceau de viande, puis s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut. Voulant s’emparer de la viande, il vint se tenir devant lui et entreprit de louer sa belle taille et sa prestance ; en outre, nul autre oiseau ne méritait plus que lui la royauté, qu’il aurait sans doute obtenue, pour peu qu’il eût la voix ! Le corbeau, pour lui prouver qu’il en avait bien, laissa tomber la viande et croassa de toutes ses forces. Alors le renard se précipita et, saisissant la viande : « O corbeau, déclara-t-il, si tu avais aussi de la cervelle, il ne te manquerait rien pour régner sur tous les animaux ! » Cette fable s’applique aux imbéciles.

Esope (VIe av. J.C.), Fables, 124 / 165.

 


 

II- Phèdre, « Vulpis et corvus » :

 


Quae se laudari gaudent verbis subdolis,
serae dant poenas turpi paenitentia.
Cum de fenestra corvus raptum caseum
comesse vellet, celsa residens arbore,
vulpes invidit, deinde sic coepit loqui :
« O qui tuarum, corve, pinnarum est nitor !
Quantum decoris corpore et vultu geris !
Si vocem haberes, nulla prior ales foret ».
At ille, dum etiam vocem vult ostendere,
lato ore emisit caseum ; quem celeriter
dolosa vulpes avidis rapuit dentibus.
Tum demum ingemuit corvi deceptus stupor.

Hac re probatur, quantum ingenium polleat ;
virtute semper praevalet sapientia.

Ceux qui se réjouissent d’être flattés par des paroles trompeuses subissent comme punition une honte tardive. Alors qu’un corbeau voulait manger un fromage dérobé sur une fenêtre, installé sur un arbre élevé, un renard l’aperçut et commença à lui parler ainsi : « O corbeau, quelle blancheur est celle de tes plumes ! Quelle élégance tu portes sur ton corps et sur ta tête ! Si tu avais de la voix, aucun oiseau ne l’emportait sur toi ». Mais celui-ci, alors qu’il veut montrer sa voix, laisse échapper, de son bec grand ouvert, le fromage que le fourbe renard dérobe rapidement de ses dents avides. Alors la stupidité trompée du corbeau s’exprime dans un gémissement. Il est prouvé par là à quel point l’intelligence est puissante ; la sagesse toujours l’emporte sur la valeur.

Phèdre (vers 15 av. J.C. – vers 50 ap. J.C.), Fables, I, 13.


 
 

III- La Fontaine,« Le Corbeau et le Renard » :

 


Maître Corbeau, sur un arbre perché,

Tenait en son bec un fromage.

Maître Renard, par l’odeur alléché

Lui tint à peu près ce langage :
Hé, bonjour, Monsieur du Corbeau.

Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !

Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage,

Vous êtes le Phénix des hôtes de ces Bois.

A ces mots le corbeau ne se sent plus de joie :

Et pour montrer sa belle voix,

Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.

Le renard s’en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,

Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

Cette leçon vaut bien un fromage sans doute."

Le Corbeau honteux et confus

Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.


La Fontaine (1621-1695), Fables, I, 2.

 
 
Séance 2 – La deuxième déclinaison.
 

Cette séance est centrée sur le repérage et l’analyse des mots de la deuxième déclinaison : il s’agit de compléter les blancs, en signalant ou non les mots latins correspondants dans le texte original. Les élèves doivent ensuite retrouver la fonction du mot dans la traduction française pour déduire le cas correspondant et reconstituer ainsi, au moins partiellement, le tableau de déclinaison. Ce type d’exercice implique d’avoir vérifié ou refait la traduction, afin que la correspondance entre les deux textes permette réellement de faire ce travail. Selon l’efficacité des élèves et leur rapidité de compréhension, on peut proposer plusieurs fables ou se concentrer sur une seule. Il devient alors plus délicat de reconstituer le tableau...

 Le cours sur la deuxième déclinaison peut être fait avec les mots tirés des textes ou avec un seul, choisi comme modèle pour tous les autres. Les élèves ont souhaité en majorité remplir leur tableau avec des mots différents : en variant les noms pour chaque cas, ils avaient l’impression de mieux comprendre comment (et surtout où) ajouter la désinence au radical. Ce que le professeur pouvait considérer comme une complication inutile s’est avéré être un facteur de compréhension supplémentaire.

 
 
 

I- « Lupus et Agnus »


Ad rivum eundem lupus et agnus venerant,
siti compulsi.
Superior stabat lupus,
longeque inferior agnus. Tunc fauce improba
latro incitatus iurgii causam intulit
« Cur » inquit « turbulentam fecisti mihi
aquam bibenti
  ? » Laniger contra timens
« Qui possum, quaeso, facere quod quereris, lupe ?
A te decurrit ad meos haustus liquor ».
Repulsus ille veritatis viribus
« Ante hos sex menses male » ait « dixisti mihi ».
Respondit agnus « Equidem natus non eram ».
« Pater hercle tuus » ille inquit « male dixit mihi » ;
atque ita correptum lacerat injusta nece.
Haec propter illos scripta est homines fabula
qui fictis causis innocentes opprimunt.

 
 

Au bord du même ruisseau étaient venus ……… …………….…. et ……………….….. pressés par la soif. En amont se tenait ………..…….. et loin de là, en aval, était ……..……... Alors, poussé par sa voracité sans scrupules, le brigand prit un prétexte pour lui chercher querelle. « Pourquoi, dit-il, as-tu troublé l’eau que je bois ? » Le porte-laine répondit tout tremblant : « Comment pourrais-je, je te prie, …………….., faire ce dont tu te plains ? C’est de ta place que le courant descend vers l’endroit où je m’abreuve. » Repoussé par la force de la vérité, il se mit à dire : « Il y a six mois tu as dit du mal de moi. » - « Moi ? répliqua …………….., je n’étais pas né. » - « Ma foi, dit celui-ci, c’est ton père qui a dit du mal de moi. » Et là-dessus il le saisit, le déchire et le tue au mépris de la justice.

Cette fable a été écrite pour les hommes qui, pour de fausses raisons, accablent les innocents.


 

XIII. « Vulpis et Corvus »


Quae se laudari gaudent verbis subdolis,
serae dant poenas turpi paenitentia.
Cum de fenestra corvus raptum caseum
comesse vellet, celsa residens arbore,
vulpes invidit, deinde sic coepit loqui :
« O qui tuarum, corve, pinnarum est nitor !
Quantum decoris corpore et vultu geris !
Si vocem haberes, nulla prior ales foret ».
At ille, dum etiam vocem vult ostendere,
lato ore emisit caseum ; quem celeriter
dolosa vulpes avidis rapuit dentibus.
Tum demum ingemuit corvi deceptus stupor.

Hac re probatur, quantum ingenium polleat ;

virtute semper praevalet sapientia.

Qui se plaît à recevoir des louanges trompeuses est puni honteusement par des regrets tardifs. ………..……….. avait enlevé sur une fenêtre un fromage qu’il voulut manger sur un arbre élevé. ……..………….. l’aperçut et se mit à lui parler ainsi : « Oh ! …………, que ton plumage est brillant, que de beautés tu portes sur ton corps et sur ta tête ! Si tu avais de la voix, aucun oiseau ne l’emporterait sur toi. » Celui-ci, voulant montrer sa voix, laissa tomber de son bec le fromage, que le rusé ………………. saisit de ses dents gloutonnes. Alors la stupidité du …………..…….. dupé s’exprima dans un gémissement.

On voit grâce à cela combien l’intelligence est puissante ; le bon sens l’emporte toujours sur la témérité.


 

XVI. « Ovis Cervus et Lupus »


Fraudator homines cum advocat sponsum improbos,
non rem expedire, sed malum ordiri expetit.
Ovem rogabat cervus modium tritici,
lupo sponsore. At illa, praemetuens dolum,
« Rapere atque abire semper adsuevit lupus ;
tu de conspectu fugere veloci impetu.
Ubi vos requiram, cum dies advenerit ? »

 
 
 

Lorsqu’un fripon fait appel à la garantie d’hommes malhonnêtes, il ne cherche pas à régler une affaire, mais à préparer une mauvaise action.

………….…… demandait à emprunter à …………..….. un boisseau de blé ; …………… devait être sa caution. Mais celle-ci, appréhendant une fourberie, [dit] : « ……………..….. a toujours eu l’habitude de prendre et se sauver ; la tienne est de fuir hors de vue grâce à ta course rapide. Où irai-je vous chercher lorsque le jour de l’échéance arrivera ? »



XVII. « Ovis Canis et Lupus »

Solent mendaces luere poenas malefici.
Calumniator ab ove cum peteret canis,
quem commendasse panem se contenderet,
lupus, citatus testis, non unum modo
deberi dixit, verum adfirmavit decem.
Ovis, damnata falso testimonio,
quod non debebat, solvit. Post paucos dies
bidens iacentem in fovea prospexit lupum.
« Haec » inquit « merces fraudis a superis datur . »

 
 
 
 
 
 

Les menteurs sont souvent punis de leurs méfaits.

……………….. plein de mauvaise foi réclamait à ………..………. un pain qu’il prétendait lui avoir confié en dépôt. ……..…………, cité comme témoin, dit qu’elle ne devait pas seulement un pain, il affirma qu’elle en devait dix. ………………, condamnée sur un faux témoignage, paya ce qu’elle ne devait pas. Quelques jours après elle vit ………….…… gisant au fond d’une fosse. « Voilà, dit-elle, la récompense que les dieux donnent à la perfidie. »


Une fois ce travail fait, il semble indispensable, pour entraîner les élèves et les préparer à l’évaluation, de faire des exercices plus mécaniques, à partir de mots ou de groupes isolés dans le texte, ou du manuel.

 
 

Le texte du contrôle est donné sans traduction pour empêcher les élèves de se raccrocher au français pour répondre. Lors de la correction, on voit ce que les élèves peuvent deviner ou croient avoir compris, et on finit par leur proposer une traduction, ou tout au moins un résumé de la fable.

 
 

Evaluation n° 1, sur la deuxième déclinaison

 

XXIX. « Asinus inridens aprum » : L’âne se moquant du sanglier

Plerumque stulti, risum dum captant levem,
gravi destringunt alios contumelia,
et sibi nocivum concitant periculum.
Asellus apro cum fuisset obvius,
« Salve » inquit « frater ». Ille indignans repudiat
officium, et quaerit cur sic mentiri velit ?
Asinus demisso pene « Similem si negas
tibi me esse, certe simile est hoc rostro tuo ».
Aper, cum vellet facere generosum impetum,
repressit iram et « Facilis vindicta est mihi :
sed inquinari nolo ignavo sanguine ».

 
Questions :

1- Analysez les deux noms soulignés (cas, nombre).    2 pts

2- Quelles sont les deux analyses possibles du mot en gras ?   2 pts

3- Quel est le genre des mots analysés dans les deux premières questions ?   1 pt

4- Changez le nombre de ces trois noms.     3 pts

5- Retrouvez dans la fable le « sanglier » à un autre cas que celui du mot déjà souligné. 1 pt

6- A quel cas est-il ? Quels autres mots appris sont des exceptions du même type ?  3 pts

7- Sachant que « periculum » est neutre, quelles peuvent être ses trois analyses ?  3 pts

8- Laquelle peut-on éliminer ? Pourquoi ?     1 pt

9- Comment dit-on en latin « dieu », « ami », « jardin » et « lieu » ?   4 pts

 
 
 
Séance 3 – Vocabulaire.
 
 

Le vocabulaire est travaillé à partir d’une liste de titres de fables qui permet d’observer un large éventail de noms d’animaux. La première activité consiste à relier les noms latins des titres et leur traduction, par reconnaissance pour les mots les plus proches du français puis par élimination. Les noms des animaux sont mis en gras pour éviter des confusions.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Document 1 :
 


Lupus et agnus
Graculus superbus et pavo
Canis et capella,
Ovis et leo
Lupus et gruis
Asinus et leo Venantes
Vulpis et corvus
Ovis cervus et lupus
Ovis canis et lupus
Leo senex, aper, taurus et asinus
Mustela et homo
Rana rupta et bos
Aquila et cornix
Canes et corcodilli
Vulpis et ciconia
Vulpis et aquila
Milvus et columbae
Aquila feles et aper
Cervus ad boves
Musca et mula
Apes et fuci vespa judice
Cicada et noctua
Equus et aper
Pugna murium et mustelarum
Serpens ad fabrum ferrarium
Vulpis et caper
Formica et musca
Asinus et porcelli hordeum
Taurus et vitulus
 
 
Mouche
Porcelet
Serpent
Fourmi
Chat
Corneille
Renard
Colombe
Corbeau
Taureau
Cheval
Chouette
Crocodile
Mule
Agneau
Grenouille
Paon
Chèvre
Brebis
Lion
Loup
Grue
Ane
Cerf
Chien
Boeuf


 
 
Document 2 :
 

La deuxième activité consiste à fournir un tableau selon le modèle ci-dessous, en sélectionnant un nombre réduit d’animaux et en demandant une recherche sur les mots français dérivés, à la maison avec un dictionnaire.

Quelques-uns de ces mots sont fournis à titre d’exemple ; certains sont assez rares et nécessitent des explications en classe.

Les élèves apprennent ensuite la sélection faite par le professeur accompagnée des mots dérivés trouvés.

 
MOT LATIN
GENITIF
GENRE
DECL.
TRADUCTION
MOTS FRANÇAIS
agnus
-i
masc.
2e
agneau

agnelle, agnelée, agnelage, agneler, agnèlement, agnelet, agneline

aper
apri
masc.
2e
sanglier
 

apes / apis

-is
fem.
3e
abeille
apiculteur, apiculture, apicole
aquila
-ae
fem.
1e
aigle
aquilin
asinus
-i
masc.
2e
âne
asinien
bos
bovis
masc.
3e
bœuf
bovin, bovidé, boviné, ovibos
canis
-is
fem. ou masc.
3e
chien
canin, caniche, canine, canidé
capella
-ae
fem.
1e
chèvre
 
caper
capri
masc.
 

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