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Terminale L - Le Guépard de Lampedusa - introduction

15 / 10 / 2008 | le GREID Lettres
 

Pour introduire l’étude de l’œuvre, nous nous proposons de partir du titre et de ses échos dans l’ensemble du roman.

 

I. Un animal héraldique

 

1. Des Lampedusa aux Salina

Le guépard est tout d’abord dans le roman l’animal qui orne le blason des Salina, comme la licorne orne celui des Falconeri (p. 94). En réalité, il n’existe pas de guépard dansant sur les blasons. L’animal héraldique auquel songe l’auteur est le « léopard rampant » (léopard = lion de face ; rampant = les pattes levées de manière à suggérer le mouvement). Cet animal figurait sur le blason de la famille Lampedusa. La métamorphose du « léopard rampant » en un « guépard dansant » est une manière d’affirmer et de nier tout à la fois la dimension autobiographique de l’œuvre. Voir annexe 1.  

 

2. Le « roman de la fin »

Il s’agit maintenant d’observer l’évolution de ce blason au cours du roman, en s’appuyant sur quelques citations.

1/

 Sur la fresque du plafond, les divinités se réveillèrent. Les cortèges de Tritons et de Dryades s’élançant depuis montagnes et mers dans des nuages de framboise et cyclamen vers une Conque d’or transfigurée, pour exalter la gloire de la maison Salina, étaient apparus comblés d’une si grande allégresse qu’ils en négligeaient les règles plus élémentaires de la perspective ; et les plus grands Dieux, les Princes parmi les Dieux, Jupiter foudroyant, Mars sévère, Vénus langoureuse, qui avaient précédé les foules de divinités mineures, soutenaient de bon gré le blason azur au Guépard (p. 10).

Dans le salon du Palais, le Guépard symbolise donc la puissance de la famille sur la Sicile (la Conque d’or = le golfe où est située Palerme) : emploi du pluriel « montagnes et mers », énumération des dieux…

À noter également sur ce première extrait, le ton ironique (couleurs criardes, dieux caricaturaux…) qui prend de la distance par rapport à cette affirmation de la toute puissance familiale : regard de l’auteur derrière celui du personnage, auteur qui sait déjà que tout va disparaître ?

2/

[…] s’élargissaient les rondeurs argentées d’une soupière énorme au couvercle surmonté du Guépard dansant (p. 21). 

Sur la porte très solide mais enfoncée dansait un guépard de pierre bien qu’un coup de pierre justement lui eût tronqué les pattes (p. 56).

 […] habitués à voir le Guépard moustachu danser sur la façade du palais, sur le fronton des églises, en haut des fontaines, sur les carrelages de maïolique des maisons (p. 65).

 […] s’essuyant les mains avec une grande serviette sur le bord de laquelle dansait un guépard en fil rouge (p. 296)

Multiplicité des occurrences qui affirme la puissance familiale mais tend aussi à rendre le motif commun, galvaudé, d’autant plus qu’il se retrouve associé avec des objets utilitaires comme la soupière ou la serviette. Là encore regard distancié. Première image du déclin avec l’atteinte aux pattes sur la porte de la ferme de Rampinzeri. Symbole ambigu.

3/

 Quelques minutes plus tard ce qui restait de Bendico fut jeté dans un coin de la cour que l’enleveur de la voierie visitait chaque jour : au cours de son vol par la fenêtre sa forme se recomposa un instant : on aurait pu voir danser dans l’air un quadrupède aux longues moustaches et la patte droite antérieure semblait lancer une imprécation. Puis tout s’apaisa dans un petit tas de poussière livide (p. 294).

Le Guépard qui apparaissait dans la première partie soutenu par les dieux, sur le plafond, est ici associé à une chute vers le sol. Il est incarné par le chien Bendico, « poussiéreux et piqué par les vers ». Image de la ruine, décadence de la famille.

Noter ensuite l’effet de boucle : le premier chapitre du roman et le dernier chapitre : 24 heures du mois de mai au palais Salina : unité de temps et de lieu qui permet de mesurer le déclin de la famille.

Le motif du Guépard met donc en évidence la fin de la supériorité aristocratique.

Don Fabrizio se sert d’ailleurs du Guépard dans une métaphore qui annonce la fin de sa classe :

 Nous fûmes les Guépards, les Lions ; ceux qui nous remplaceront seront les petits chacals, les hyènes (p. 195).

Cela permet d’introduire quelques références importantes au contexte historique.

Voir annexe 2.
 

II. Un personnage

Le Guépard ne désigne pas seulement l’animal héraldique mais aussi Don Fabrizio lui-même.

 Ils étaient curieux de voir maintenant l’authentique Guépard en pantalon de piqué distribuer à tous des coups de pattes amicaux et sourire de son visage de félin courtois (p. 65).

Ce glissement a été préparé par des remarques sur la taille et la force de Don Fabrizio dont « la puissante grosse patte » (p. 22) est longuement décrite. Le personnage a tout du guépard : sa force, sa démarche,… Ainsi, lors de la sixième partie, il incarne proprement le Guépard dansant, avec Angelica à son bras :

 Les énormes pieds du Prince bougeaient avec une délicatesse surprenante et jamais les escarpins de satin de sa cavalière ne coururent le danger d’être effleurés ; sa grande patte la serrait à la taille avec une fermeté vigoureuse […], p. 242-43.

Au moment de mourir, Don Fabrizio constate lui-même en se regardant dans un miroir qu’il est « un Guépard en très mauvaise forme ». En effet, pour la première fois, Don Fabrizio qui soigne son apparence, qui s’énerve dans la première scène contre une tache de café, que l’on voit se rasant et se baignant, est négligé.

Cette assimilation du personnage à l’animal et au blason suggère d’une part que Don Fabrizio est le héros du roman, remarquable par sa taille et son intelligence, d’autre part que c’est à travers lui que l’on va suivre le déclin d’une famille et d’une classe sociale. Lampedusa fait de ce dernier point un des éléments caractéristiques de son œuvre :

 Il me semble qu’il présente un certain intérêt parce qu’il montre un noble sicilien dans un moment de crise (dont il n’est pas dit que ce soit seulement celle de 1860), comme il y réagit et comment s’accentue le déclin de la famille jusqu’à la débâcle presque totale : tout cela, cependant, vu de l’intérieur, avec une certaine participation de l’auteur et sans aucune hostilité, comme l’on en trouve au contraire dans les Viceré. (lettre à Enrico Merlo, p. 322).

 

Ainsi l’étude du titre et de l’évolution du motif du Guépard dans le roman permet d’envisager un certain nombre de lignes de force du roman :

- dimension autobiographique

- dimension historique

- thème du déclin (d’un homme, d’une famille, d’une classe)

- ironie et distance


Annexes

ANNEXE 1. Contexte autobiographique

 
La famille

Giuseppe Tomasi de Lampedusa est le dernier descendant d’une famille aristocratique, attestée dès le XVIe siècle : en 1637, les jumeaux Carlo et Giulio Tomasi fondent la ville de Palma di Montechiaro (au sud-est d’Agrigente) et en 1638, Giulio prend le titre de duc de Palme ; en 1667, ils deviennent princes de Lampedusa. Giulio Tomasi : « le duc-saint », p. 169. Une de ses filles, Isabella, fut béatifiée (« la bienheureuse Corbera »), p. 90-91.

Au XVIIe, la famille s’installe à Palerme mais continue à visiter son fief. En 1812 : abolition de la féodalité et changements dans les lois de succession : la famille peine à gérer ses affaires, p. 12.Ventes de terres.

Modèle de Don Fabrizio (cf. lettre de l’auteur à son fils, p. 321) : l’arrière-grand-père de Giuseppe, Giulio Fabrizio Tomasi e Wochinger (1815-1885), passionné d’astronomie. L’auteur affirme avoir fait son personnage « plus intelligent […] » que l’original, mais il est aussi plus mondain. Il meurt du choléra en 1885, sans avoir fait de testament : ces dix enfants se disputent l’héritage. Finalement, c’est surtout grâce à la fortune de sa femme Béatrice que le prince Giulio, père de l’écrivain, put maintenir son train de vie.

 

La première enfance, le paradis perdu

Giuseppe naît le 23 décembre 1896 à Palerme. Sa grande sœur meurt quelques jours après sa naissance si bien qu’il mène une enfance solitaire. Il est très proche de sa mère.

La vie mondaine est très riche à Palerme et les grandes familles (aristocrates sur le déclin, nouveaux riches) se ruinent en réceptions. La mère de l’auteur y participe et se rend souvent à Paris avec son fils. Elle hérite d’une maison à Santa Margherita où la famille passe l’été. C’est là que l’auteur apprend à lire et explore les ressources variées de la bibliothèque.

Deux événements mettent fin à cet âge d’or : le tremblement de terre de Messine en 1908 et l’assassinat d’une des sœurs de sa mère par son amant en 1910. Béatrice de Lampedusa quitte alors la Sicile avec son fils.

Documents complémentaires : extraits de « Les lieux de ma première enfance ».

 

La vie d’un aristocrate

Il fait des études de droit (la seule « profession » admise dans la famille est celle de diplomate) et s’engage comme volontaire lors de la première guerre mondiale. Après la guerre, il voyage en Europe (à Paris et à Londres en particulier), accompagné de sa mère. Il en profite pour apprendre l’anglais et peut ainsi découvrir les grands chefs d’œuvre de la littérature européenne dans leur version originale.

Il épouse, en 1932, à Riga, Licy (Alexandra Wolff), femme cultivée, férue de psychanalyse. Le mariage est voué à l’échec du fait de la relation de Giuseppe à sa mère.

On n’a peu d’informations sur ses opinions politiques : si sa mère est une fasciste convaincu, il semblerait que Giuseppe reproche aux chemises noires des fautes de goût (militarisme d’opérette, dictats linguistiques…) mais qu’il ait confiance dans la monarchie pour servir de rempart aux excès du fascisme.

Il a horreur de la guerre : « quand on voit ce qui est arrivé, on a envie de cracher sur son passeport d’homme », écrit-il à Licy. 1943 : le palais est bombardé (la douleur est telle qu’il reste trois jours sans parler). 1944 : il est nommé président régional de la Croix-Rouge par les Alliés qui cherchent des personnalités qui ne se sont pas compromises avec le régime fasciste. 1946 : nouveau malheur, sa mère meurt. La seule consolation de l’auteur est de visiter ses cousins, les excentriques Piccolo. Licy le rejoint à Palerme (son propre palais à Somersee a également été détruit) et ils tentent d’aménager une nouvelle résidence. Malgré les difficultés financières, il ne vient pas à l’esprit de Giuseppe de travailler. Il se désintéresse des questions économiques et politiques et se consacre à sa grande passion : la littérature.

Vers 1953, il s’improvise professeur de littérature. Ses principaux élèves sont Francesco Orlando et Gioacchino Lanza, à qui Tancredi devrait beaucoup (il l’adopte en 1856). Pour ce cours, il écrit en particulier quelques centaines de pages sur Stendhal dans lesquelles il exprime toute son admiration. Il oppose les « maigres » (Stendhal, Racine,…) au « gras » (Dante, Rabelais, Montaigne, Shakespeare…). Il estime que la littérature italienne a sombré dans le « provincialisme ».

Documents complémentaires : extraits de Voyage en Europe.

 

La rédaction du Guépard

En 1954, il participe à un colloque où est convié son cousin Lucio Piccolo dont les poèmes viennent d’être publiés. Surpris par le succès de son cousin, fatigué par les prémices d’une maladie qu’il ignore encore, marqué par une vie de désillusions, il entreprend d’écrire un roman qui, au départ, devait être 24 heures de la vie de son arrière-grand-père le jour du débarquement de Garibaldi (sur le modèle de Ulysse de Joyce). En juin 1955, il interrompt l’écriture du roman pour commencer son autobiographie, dont il n’écrivit que le début (Les Lieux de ma première enfance). Il se rend à Palma di Montechiaro et visite le couvent (p. 90).

Il estime avoir terminé son roman en mars 1856 et le fait lire à quelques amis. Le roman est ensuite modifié (développement du séjour à Donnafugata, ajout des cinquième et sixième parties). Refus de plusieurs éditeurs. Il écrit alors deux nouvelles et peut-être le début d’un nouveau roman. Alors qu’il se consacre à cette intense activité littéraire, il découvre qu’il est atteint d’un cancer du poumon. Il meurt le 23 juillet 1957, sans avoir pu trouver d’éditeur pour Le Guépard.

Lorsque Giorgio Bassani décide d’éditer le roman, il se heurte à la multiplicité des versions, manuscrites et dactylographiées. Publication de la première édition en 1958. Juillet 1959, Le Guépard est couronné du prix Strega.

 
Le Guépard est-il un roman autobiographique ?
Plan détaillé

I. Le personnage de Don Fabrizio

1. Don Fabrizio et l’arrière-grand-père de l’auteur

Dans une lettre à Enrico Merlo, l’auteur affirme :

 Il est superflu de te dire que le « prince de Salina » est le prince de Lampedusa, Giulio Fabrizio, mon arrière-grand-père : tout est vrai : sa taille, les mathématiques, sa fausse violence, son scepticisme, sa femme, sa mère allemande, son refus d’être sénateur (p. 321).

 

Du point de vue factuel en effet, on trouve un certain nombre de points communs entre Giulio Fabrizio Tomasi e Wochinger et le personnage : on sait par exemple que l’arrière-grand-père de Giuseppe utilisa l’argent que sa mère, d’origine allemande, avait obtenu de la vente de l’île de Lampedusa pour acheter une villa au pied du Mont Pellegrino où il fit construire une tour avec un observatoire astronomique afin d’assouvir sa passion pour les étoiles. On sait également qu’il garda la neutralité pensant l’expédition de Garibaldi ouvrant seulement son palais aux officiers britanniques comme poste d’observation. En revanche, l’auteur affirme avoir fait le personnage « plus intelligent[…] » que son arrière-grand-père. Il le fit aussi plus brillant : Giulio Fabrizio était en effet bigot et effacé, dépourvu de la capacité à briller en société du personnage.

Finalement, si incontestablement l’auteur a fait appel à ses souvenirs et l’histoire familiale pour construire son roman, ce qui rend le personnage de Don Fabrizio émouvant et séduisant, son ironie en particulier, n’appartient pas à ce prétendu modèle.

 2. Don Fabrizio et l’auteur

Dans une autre lettre, à Giudo Lajolo cette fois, Giuseppe écrit : « Le protagoniste, au fond, c’est moi. Et le personnage nommé Tancredi est mon fils adoptif ». Cette affirmation est contestée par Licy qui s’appuie sur les faits pour montrer que tout sépare Don Fabrizio de son créateur :

-à la richesse de Don Fabrizio, elle oppose les difficultés financières de son mari surtout après la destruction du palais en 1943 ;

-l’un a une famille nombreuse, l’autre n’a pas d’enfant et n’adopte Gio que tardivement ;

-l’un règne en despote, l’autre est timide et réservé ;

-l’un a une vie mondaine, l’autre vit en solitaire ;

-l’un s’intéresse aux mathématiques et à l’astronomie, l’autre à la littérature.

Certes, et cela confirme que du point de vue factuel, Don Fabrizio doit sans doute beaucoup à Giulio Fabrizio.

Pourtant, du point de vue du caractère, les points communs entre le créateur et sa créature sont nombreux :

-l’ironie (cf. lettre XXII)

-l’attachement aux objets : le cœur de Don Fabrizio se serre en pensant à « la fin imminente de ces pauvres chères choses » (p. 262), tandis que l’auteur avoue qu’il « préféra[it] de beaucoup la fréquentation des choses à celle des personnes ».

-l’inaptitude à gérer son patrimoine : la lignée des Salina « au cours des siècles n’avait jamais su faire l’addition de ses dépenses ni la soustraction de ses dettes » (p. 12).

-le pessimisme.

Finalement, en suivant Christiane Michel, on peut analyser la relation entre Don Fabrizio et Lampedusa comme celle entre Fabrice del Dongo et Stendhal :

 Avec Fabrice del Dongo, en revanche, il adonné une vie réelle à l’homme qu’il aurait voulu être, à l’homme noble, riche, aimé, qu’il ne fut pas. Il lui donna vie, puis il l’enferma en prison, émouvant témoignage de la clarté de son intuition.

 Lampedusa, Sur Stendhal.

 

Don Fabrizio n’est pas Lampedusa et le roman n’est pas une autobiographie mais Don Fabrizio apparaît comme l’incarnation d’un désir, la compensation des frustrations de son auteur.

 

II. De l’écriture du souvenir à l’écriture romanesque

1. Les lieux de l’enfance

Le roman se joue dans des lieux chargés de l’histoire familiale : le palais qui rappelle la Casa Lampedusa, Donnafugata, imaginée à partir des souvenirs de Santa Margherita (relire le début de la deuxième partie et l’extrait du chapitre III des « Lieux de ma première enfance »). Ces lieux permettent d’évoquer des figures fondatrices de la famille Lampedusa : le duc-saint (p. 169), dont Tacredi et Angélica découvrent l’appartement à Donnafugata, ou la « bienheureuse Corbera » (p. 90-91), mentionnée lors de la visite annuelle du Prince au Monastère du Saint-Esprit. 

La dimension autobiographique des descriptions se lit dans :

-les tournures impersonnelles : « pendant ces cinq heures on n’avait vu que des flancs engourdis de collines », « On avait traversé des villages »… p. 55. Les héros du roman, les héros fictifs, disparaissent.

-la primauté des sensations : voir par exemple les phrases nominales : « Jamais un arbre, jamais une goutte d’eau : soleil et nuages de poussières ». (Pour l’importance des sensations, voir « Les lieux de ma première enfance », chapitre II).

-des énumérations : p. 13 ou p. 164. Elles suggèrent la vivacité des souvenirs et le désir de tout dire pour sauvegarder les souvenirs faute d’avoir pu sauvegarder les lieux eux-mêmes (vente de la maison de Santa-Margherita, destruction du palais de Palerme en 1943).

 2. Les lieux du roman

Pourtant, si l’on compare le texte autobiographique au roman, on mesure un écart entre l’écriture du souvenir et l’écriture romanesque.

Les descriptions romanesques se caractérisent en effet aussi par :

-une dimension idéologique : l’évocation des lieux et les descriptions mettent en place une théorie politique des climats. « Le soleil, qui était cependant bien loin en ce matin du 13 mai de sa plus grande ardeur, se révélait comme le souverain authentique de la Sicile » (p. 42) ; « le soleil était remonté sur son trône comme un roi absolu qui, éloigné durant une semaine par les barricades de ses sujets, revient régner courroucé mais refréné par des chartes constitutionnelles » (p. 97). Pouvoir du soleil annonce le discours de DF à Chevalley.

-une dimension narrative : la description des lieux, à travers le regard de Don Fabrizio, révèle son caractère, son pessimisme puis, de plus en plus nettement, son aspiration à la mort. Dès le début : « Mais le jardin, resserré et macérant entre ces clôtures, exhalait des parfums onctueux, charnels et légèrement putrides comme les liquides de décomposition aromatique distillés par les reliques de certaines saintes », p. 13. Annonce de la décadence familiale, préfiguration de la dernière partie du roman.


ANNEXE 2. Le contexte historique

Le contexte politique et littéraire de l’Italie des années 1950 : le temps de l’écriture

 

La vie politique et économique

Commençons par un événement qui bouleversa Lampedusa : la destruction de son palais en avril 1943, lors des bombardements alliés. Il y fait d’ailleurs allusion dans le roman : « Ils [les Dieux du plafond] se croyaient éternels : une bombe fabriquée à Pittsburgh, Penn., leur prouverait le contraire en 1943 ».

L’Italie connaît ensuite une histoire mouvementée jusqu’en 1954 (a priori, les élèves devraient avoir connaissance de cette période, au programme en Histoire) :

-juillet 1943 : débarquement allié en Sicile puis en Italie centrale en septembre.

-3 septembre 1943 : armistice. Mussolini est emprisonné tandis que l’Allemagne nazie envahit l’Italie du Nord.

-12 septembre 1943 : Mussolini est libéré par les Allemands et la République de Salo est constituée (-> 1945), tandis que le Sud assiste aux tribulations du gouvernement Badoglio avant qu’il ne soit remplacé en juin 1944 par la coalition nationale émanant de toute la résistance antifasciste.

-1945 : le fascisme est mort et la monarchie, qui s’est compromise, est de plus en plus contestée. 2 juin 1946 : la République est instituée par référendum. Président de la République sans réel pouvoir, gouvernement responsable devant les deux chambres.

-la politique dans les années 50 est dominée par deux partis : la démocratie chrétienne et le parti communiste italien. Si ce dernier est exclu du pouvoir dès 1947, il exerce encore une forte influence sur les intellectuels, le monde des arts et de la culture. Parallèlement, l’Italie entre dans les « Trente glorieuses », qui profite surtout au Nord… et surtout aux riches.

 

La vie culturelle

Apparaissent le néoréalisme et l’expérimentalisme. Le néoréalisme est l’art de l’antifascisme, de la guerre et de la résistance, il est lié à la mauvaise conscience des années Mussolini et au désir d’éduquer le peuple par :

-le portrait quasi photographique de la société (parlers quotidiens ou dialectaux).

-une interprétation critique du réel.
 
Le Guépard fait figure d’intrus !

Alors qu’il connaît un succès populaire, il est attaqué :

-par les communistes et les critiques marxistes qui y lisent la nostalgie de la domination aristocratique

-par les catholiques qui condamnent l’agnosticisme de l’auteur

-par les avant-gardistes qui reconnaissent dans le roman les romans historiques du XIXe siècle (il est vrai que le romancier avoue son admiration pour des romanciers comme Stendhal ou Proust).

C’est finalement de l’étranger que vient la reconnaissance : article d’Aragon et de E.-M. Forster.

 

Le Risorgimento  : le temps de l’intrigue

Le réveil de la conscience nationale de l’Italie, du verbe « risorgere », « naître ».

 

1815 : le congrès de Vienne met fin à la parenthèse napoléonienne : l’Italie est une mosaïque d’états. Premiers mouvements insurrectionnels et, en 1849, première guerre d’indépendance : peu de résultats.

Document complémentaire : carte de l’Italie en 1859.

 

De 1859 à 1870 : le mouvement national italien se bat pour l’unité du pays.

-La Lombardie. Cavour (1810-1861), président du Conseil des ministres piémontais, cherche en la France un allié. 1858 : accord avec Napoléon III, qui se réalise en 1859. Bataille de Magenta (4 juin 1859) ouvre Milan à Napoléon III et à Victor Emmanuel. Bataille de Solférino : particulièrement sanglante. Armistice de Villafranca qui cède la Lombardie au Piémont. La Italie, en échange de son aide, se voit céder Nice et la Savoie.

-L’Italie centrale (Toscane, Modèle, Parme) est rattachée au royaume de Piémont-Sardaigne par plébiscite.

-L’Italie du Sud. L’insurrection palermitaine du 4 avril 1860 (Risolino Pilo et Francesco Crispi) sert de prétexte aux piémontais pour intervenir en Sicile. Pour ne pas susciter le mécontentement de Napoléon III, le gouvernement piémontais n’agit pas directement, mais c’est avec sa complicité que Garibaldi organise à Gênes l’expédition des Mille ou chemises rouges, corps d’un millier de volontaires. En mai 1860, ils s’emparent de la Sicile et rejoignent la Calabre, et poursuivent une progression qui inquiète Napoléon III et Cavour. Ce dernier obtient de l’empereur le droit de faire traverser aux troupes piémontaises les états pontificaux (Ombrie et Marches). Rencontre de Teano, près de Caserte, au cours de laquelle Garibaldi remet au roi VEII les territoires qu’il a conquis, demandant seulement que ses partisans soient incorporés dans l’armée régulière piémontaise. Le 21 octobre 1860 : plébiscite pour le rattachement du Royaume des Deux-Siciles au Piémont. Novembre 1860 : plébiscite pour l’annexion des Marches et de l’Ombrie.

1861 : le royaume de Piémont-Sardaigne devient le royaume d’Italie. Le 14 mars, Victor-Emmanuel II devient roi d’Italie « par la grâce de Dieu et la volonté de la nation ».

 
Il reste à régler le sort de Rome et de Venise.

-Rome : en 1862, Garibaldi veut envahir les états pontificaux. Il est arrêté à Aspromonte par l’armée régulière du Roi, sous la pression de Napoléon III. Il faut attendre la chute de ce dernier pour que les Italiens puissent occuper Rome. Toutefois la question romaine n’est définitivement réglée qu’avec les Accords du Latran (février 1929).

-Venise : en 1866, au cours de la troisième guerre d’indépendance.

 

Avec les élèves :

-indiquer sur la carte, au fur et à mesure, l’expansion du royaume de Piémont-Sardaigne et la construction de l’Italie.

-repérer dans le roman, les épisodes historiques qui sont mentionnés. Commentaire à l’oral :

*évoquer les conséquences des faits historiques et en particulier l’évolution économique : en 1861, la vente des anciens fiefs et des biens des congrégations religieuses profite non pas aux paysans comme le souhaitait Garibaldi mais aux bourgeois comme don Calogero (p. 69 et p. 205),

*montrer que les faits historiques sont surtout présents dans les quatre premières parties (ensuite, le temps de l’intrigue se dilate et l’on semble de se concentrer sur la famille et son histoire intime),

*faire le lien entre l’Histoire et l’histoire (remplacement de Paolo par Tancredi en raison du débarquement, mariage de Tancredi et Angelica possible en raison de l’ascension sociale de Don Calogero…).


Chapitre
Période
Intrigue
Événements historiques
I

Mai 1860

-Rosaire et présentation du Prince

-Le jardin et le soldat mort
(les italiques indiquent les analepses)
 
 
 
 
-Les audiences royales
-En voiture pour Palerme
 
-En allant chez Mariannina
-Le retour à San Lorenzo
-Conversation avec Tancredi
 
 
 
 

-À l’intendance : les fiefs et les raisonnements politiques

- À l’observatoire avec le Père Pirrone

-Détente au cours du déjeuner

-DF et les paysans
-DF et son fils Paolo

-La nouvelle du débarquement

 
 
 
-Encore le rosaire
 
 

Mouvements de révolte d’avril 1860 : « le cadavre d’un jeune soldat du 5e bataillon de Chasseurs, qui blessé dans la mêlée de San Lorenzo contre les escouades des rebelles » (p. 14)

 
 

Mouvement du 4 avril : à propos de Tancredi (p. 24).

 
 

Ralliement des siciliens à un mouvement de révolte contre le roi des Deux-Siciles, dont profite Garibaldi : « Un grand duel, mon oncle. Contre Franceschiello » (p. 32).

 
 
 
 
 
 
 
 

Mai 1860 : « Les piémontais ont débarqué » (p. 50) ; « le débarquement de gens armés sur la côte de Marsala » (p. 51).

II

Août 1860

-En route pour Donnafugata
-L’étape
-Précédents et déroulement du voyage
 
 
 
-Arrivée à Donnafugata
 
 
 
 
-À l’église
-Don Onofrio Rotolo

-Conversation dans la salle de bain

-La fontaine d’Amphtrite
-Surprise avant le dîner

-Le dîner ; les réactions diverses

-DF et les étoiles
-Visite au monastère

-Ce que l’on voit par la fenêtre.

 
 
 
 

-Palerme au moment de la conquête par les troupes de Garibaldi : « le spectacle que Palerme avait offert les trois derniers mois l’avait un peu écoeuré » (p. 58).

-Signes de l’avancée de Garibaldi : « sur les murs des maisons les inscriptions de « Vive Garibbaldi », « Vive le roi Victor » et « Mort au Roi Bourbon » » (p. 66). Voir aussi p. 65.

III
Octobre 1860

-Départ pour la chasse

-Soucis de Don Fabrizio
 
 
 
 
 
-Une lettre de Tancredi

-La chasse et le plebiscite

 
 
 

-Don Ciccio Tumeo s’emporte

-Comment on avale une couleuvre

-Petit épilogue

 

De manière indirecte est annoncée la recontre de Victor-Emmanuel et Garibaldi près de Caserte : « il [Tancredi] se trouvait maintenant à Caserte et campait dans les appartements de son roi » (p. 100).

 

21 octobre 1860 : plébiscite décidant l’annexion des Deux-Siciles : « Comment avez-vous voté le jour du Vingt-et-un ? » (p. 111).

IV
Novembre 1860

-Don Fabrizio et Don Calogero

-Première visite d’Angelica

-Arrivée de Tancredi et Cavriaghi

 
 
 
 
 
 
 
 
 

-Arrivée d’Angelica

-Le cyclone amoureux

-Détente après le cyclone

-Un piémontais arrive à Donnafugata

-Un petit tour dans le village

-Chevalley et DF

-Départ à l’aube

-Arrivée du père Pirrone à San Cono

 
 
 
 

Allusion à la rencontre de Caserte où Garibaldi demande l’entrée de ses volontaires dans les armées royales et annonce de la loi du 17 mars 1861 : « Plus question de garibaldiens, mon oncle ! Nous l’avons été, c’est fini. Cavriaghi et moi, nous sommes des officiers de l’armée régulière de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, pendant quelques mois encore, d’Italie dans peu de temps » (p. 158)

V
Février 1861

-Conversation avec des amis et l’herboriste

-Les ennuis de la famille d’un jésuite

-Résolution des ennuis

-Conversation avec l’« homme d’honneur »

-Retour à Palerme

 
 
 
VI
Novembre 1862

-En allant au bal

-Le bal : entrée de Pallavicino et des Sedara

-Mécontentement de DF

-La salle de bal

-Dans la bibliothèque

DF danse avec Angelica

-Le souper ; conversation avec Pallavicino

 

-Le bal s’étiole. Retour à la maison

 
 
 
 
 
 
 

Insertion d’un personnage réel. Bataille d’Aspromonte en août 1862 (p. 247)

VII
Juillet 1883

La mort du Prince

 
VIII
Mai 1910

-Visite de monseigneur le Vicaire

-Le tableau des reliques

-La chambre de Concetta

-Visite d’Angelica et du sénateur Tassoni

 
 
 
 
 
 

-Le Cardinal : fin des reliques

-Fin de tout

 
 
 
 

-Rappel de la fuite de François II dans la ville de Gaète (sept. 1860) et de la bataille du Volturno et de la victoire définitive de Garibaldi sur les Bourbons (oct. 1860) : « Que de fois dans les nuits glacées des bivouacs sur le Volturno ou autour des glacis de Gaète assiégée » (p. 285)


Le Guépard est-il un roman historique ?
Introduction

Un roman historique mêle des personnages fictifs et des éléments historiques attestés. Il doit par conséquent obéir à une double exigence :

-rendre compte d’une documentation solide sans être voyante

-proposer une intrigue qui évite l’anachronisme tout en parlant à un public moderne.

(définition donnée par Christiane Michel).

Le Guépard répond-il à ces exigences ?

 

I. Un point de vue subjectif sur l’Histoire

 1. L’Histoire collective et l’histoire familiale

L’Histoire n’est pas traitée en tant que telle, les épisodes historiques ne sont pas racontés pour eux-mêmes. En effet, l’Histoire ne touche les Salina que parce qu’elle s’introduit à l’intérieur même du palais :

-le soldat mort, dont l’odeur est venue défier celle des roses (« Aujourd’hui ça sent bon, mais il y a un mois… », p. 14)

-Tancredi, qui vient annoncer à son oncle qu’il va s’engager dans un « grand duel. […] Contre Franceschiello » (p. 32)

-la lettre de Malvica qui annonce le débarquement (« Les Piémontais ont débarqué », p. 50).

Les épisodes pourtant majeurs pour l’Histoire de l’Italie ne sont donc évoqués que lorsqu’ils résonnent dans le Palais. Mais cette intrusion de l’Histoire n’a aucune conséquence sur l’histoire de la famille. Contrairement à son beau-frère qui prend la fuite (« moi et toute ma famille nous nous réfugierons sur les navires anglais »), Salina décide de continuer à mener sa vie exactement comme si de rien n’était : la boucle que forme le premier chapitre, qui s’ouvre et qui se ferme sur le Rosaire, suggère ce refus de l’action et l’immuabilité d’un rituel que l’Histoire ne parvient pas à bouleverser. Le Prince refuse l’action et Lampedusa semble refuser le rythme et le dynamisme du roman historique traditionnel.

 2. L’Histoire comme prétexte à un roman psychologique

De même que l’Histoire est venue s’immiscer à l’intérieur du Palais, sans que les héros daignent s’engager, aller au-devant d’elle, elle va être perçue non pas d’un point de vue objectif, mais d’un point de vue subjectif. Elle n’est perçue que dans le Palais et dans la conscience de Don Fabrizio. Elle est envisagée dans le cadre des méditations de Don Fabrizio (« Comme conséquence de quelques associations d’idées qu’il serait importun de préciser, l’affairement des fourmis empêcha le sommeil de Don Fabrizio et lui rappela les jours du Plébiscite », p. 110) ou dans des dialogues (avec Tancredi, avec don Ciccio, avec Chevalley,…). Grande différence selon Lampedusa avec le roman de Federico de Roberto, Les Princes de Francalanza.

L’Histoire n’est donc pas le moteur de l’action mais le prétexte à la méditation. Elle rend plus profonde, plus urgente, une réflexion sur des thèmes chers à Don Fabrizio, et à l’auteur : la mort, le déclin,… Ainsi, c’est en prenant acte de l’ascension d’hommes nouveaux au bal des Ponteleone qu’il en vient à une réflexion sur sa propre mort : « c’était à son [celle de Don Calogero], à celle de cent autres qui lui ressemblaient, à leurs obscures intrigues, à leur avarice et à leur avidité tenaces que l’on devait le sentiment de mort qui assombrissait maintenant le palais » (p. 237).

 3. Le regard distancié d’un aristocrate : la destruction d’un mythe

Le regard distancié et ironique que Don Fabrizio porte sur la société de son temps attaque le mythe du risorgimento (une des causes des attaques que subit le roman à sa publication).

-la prise de Palerme par Garibaldi vue comme une scène de carnaval : « une comédie, une comédie bruyante, romantique, avec quelques taches de sang sur son habit de bouffon », p. 39 ; « l’épouvantail en chemise rouge », p. 58 ; « Tous les autres affichaient leur joie, portaient à la ronde des cocardes tricolores sur leurs cols, faisaient des cortèges du matin au soir et, surtout, parlaient, péroraient, déclamaient », p. 59.

-la rencontre de Caserte est présentée comme une promenade d’agrément : « « les risques de la guerre » (il fallait lire : les promenades dans le parc de Caserte) » (p. 100).

-son regard sur les hommes neufs est impitoyable. Voir en particulier l’entrée du colonel Pallavicino (personnage réel) au bal des Ponteleone : harnachement ridicule (« Il avançait avec un tintement de breloques, chaînettes, éperons et décorations dans son uniforme rembourré à plastron croisé, son chapeau empanaché sous le bras, son sabre recourbé appuyé sur son poignet gauche », p. 230) et rhétorique mélodramatique (« Je pleurais, comtesse, je pleurais comme un enfant »).

L’Histoire n’est donc pas au cœur de l’action romanesque : elle nourrit la réflexion de Don Fabrizio et permet d’affiner son portrait de grand aristocrate sur le déclin. Pourtant, le romancier, présentant le roman à un ami, évoque : « un noble sicilien dans un moment de crise (dont il n’est pas dit que ce soit seulement celle de 1860) ». C’est peut-être dans cette ambiguïté que se situe la véritable réflexion sur l’Histoire.

 

II. Du passé au présent : entre mouvement et immobilité

 1. Un regard pessimiste tourné vers l’avenir

Si Don Fabrizio regarde le présent avec une distance amusée et méprisante, il se montre pessimiste quant aux conséquences des bouleversements historiques auxquels il assiste.

Ainsi, même si son amour pour le jeune homme tend à lui masquer la vérité, on voit se creuser un écart de plus en plus grand entre lui et Tancredi : Tancredi fait le double choix pragmatique de l’engagement politique et du mariage d’intérêt, il entre en politique (« il était député », p. 265), autant d’actions auxquelles s’est toujours refusé Don Fabrizio.

Le pessimisme de Don Fabrizio s’exprime de manière plus nette, sans le voile de l’amour paternel quand il regarde Fabrizietto, l’incarnation de la nouvelle génération et de l’avenir. Ce jeune homme est en parfaite continuité avec les hommes nouveaux comme Don Calogero. Celui-ci était indifférent aux valeurs aristocratiques et ne percevait au bal des Ponteleone que la valeur marchande des choses (« Des choses comme ça on n’en fait plus désormais, au prix actuel de l’or pur ! », p. 237). Don Fabrizio imagine que son petit fils à son tour vendra les symboles de la grandeur passée des Salina (confirmation dans « La matinée du métayer ») : « Les tapisseries de Donna Fugata, les plantations d’amandiers de Ragattisi, peut-être, qui sait, la fontaine d’Amphitrite subiraient le sort grotesque d’être métamorphosées en terrines de foie gras vite digérées ». On peut aussi penser au sénateur Tassoni (« la moitié de l’Italie et une grande partie des pays balkaniques cousaient leurs boutons avec les fils de la société Tassoni & Cie », p. 285).

Les valeurs marchandes sont destinées à devenir les seules valeurs. Dans ce constat, on semble entendre davantage la voix de l’auteur, aux prises avec des difficultés financières et qui pourtant n’envisage jamais de travailler, que celle du personnage. L’Histoire sert ici à condamner la société dans laquelle vit l’auteur.

 2. La superposition de deux strates temporelles

En effet, l’Histoire passée pour Lampedusa entre en r&ea

 

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