15 mai. 2012

Brouillon oral et écriture


par Sarah Pépin, professeur au collège Jean de Beaumont, Villemomble


Niveau(x) : 4e


Durée : 3 à 4 séances


Objectifs :

  • Rédiger un texte long (rédaction d’une nouvelle fantastique)
  • Encourager l’usage du brouillon
  • Observer pour décrire
  • Enrichir son récit par des descriptions et l’usage d’un lexique précis
  • Visiter un lieu du patrimoine artistique et culturel (musée du Louvre)


Supports :


Enregistrements effectués pendant une visite au musée du Louvre.


Nouvelles fantastiques de T. Gautier, P. Mérimée et E.A. Poe.


Dossier Histoire des Arts « L’antique au cœur du fantastique », pages 78-85 du manuel Fleurs d’encre 4e, Hachette, 2011.


Contexte :


Dans le cadre d’une séquence sur la nouvelle fantastique, les élèves ont plus particulièrement étudié le goût de l’antique au XIXe siècle par la lecture intégrale et l’étude d’extraits d’Arria Marcella et du Pied de momie de T. Gautier, de La Vénus d’Ille de P. Mérimée et de Petite Discussion avec une momie d’E. A. Poe.


Dans la continuité de ce travail de lecture, on propose un travail d’écriture impliquant plusieurs phases.


Démarches et activités :


Lors d’une visite en autonomie du département des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre, les élèves réalisent une prise de notes orales en s’enregistrant avec les baladeurs mp3, en fonction dictaphone. De retour en classe, ces notes sont écoutées individuellement et servent d’appui à la rédaction d’une nouvelle fantastique.


Outils TICE :


Lecteurs / enregistreurs mp3, casques d’écoute.


Apport spécifique des TICE :

  • La possibilité de prise de notes orales et leur écoute.
  • La motivation et la concentration des élèves lors de la visite et de la séance d’écoute.
  • Le déclenchement de l’écriture par le passage par l’oral pour les élèves en difficulté.

Déroulement de l’activité

Séance 1 : préparation à la sortie pédagogique


Avant la visite au Musée du Louvre, l’objectif du travail est expliqué aux élèves. Il s’agira, à l’issue de la sortie pédagogique, de rédiger une nouvelle fantastique dont voici l’élément perturbateur :


Le narrateur assiste à un phénomène fantastique au Musée du Louvre : un objet du département des Antiquités égyptiennes s’anime.


Un plan du rez-de-chaussée du département des antiquités égyptiennes est distribué mentionnant cinq objets se situant à différents endroits : Les Peintures de la tombe d’Ounsou (salle 4), une statue de scribe (salle 6), le sarcophage de Ramsès III (salle 13), une momie d’homme (salle 15), des momies d’animaux (crocodile, chat) (salle 19).


Les objets ont été choisis en fonction de leur intérêt et de leur emplacement, afin que les élèves parcourent les lieux dans leur ensemble et en autonomie. L’objet s’animant dans la nouvelle fantastique devra être l’un d’eux.


On explique aux élèves qu’ils auront des mp3 pour s’enregistrer. La consigne est de prendre des notes orales qui pourront servir lors de la rédaction de leur nouvelle fantastique. Il est précisé que les enregistrements n’ont pas vocation à être écoutés par le professeur. Il s’agit pour les élèves d’un outil de prise de notes.


Le sujet est ensuite commenté oralement par les élèves à partir de questions posées par le professeur, ce qui permet de réactiver des éléments travaillés pendant la séquence et de lancer des pistes pour la prise de notes. Ces questions, qui figurent au dos du plan, constituent un mémento qui aidera les élèves lors de la visite :


• A quelle personne le texte sera-t-il rédigé ? Qui peut être le narrateur ?


un élève, un touriste, un guide…


• Où et quand se déroule le début du récit ?


La situation initiale doit présenter un cadre réaliste. Il faudra décrire le musée, son entrée par exemple, puis noter les éléments du décor propices au fantastique. L’observation du lieu peut aussi être déclencheur d’inspiration : on encourage les élèves à enregistrer également des idées qu’ils pourraient intégrer dans leur récit.


• L’objet qui s’anime : que faudra-t-il en dire ?


Il faudra relever un maximum d’informations : un lexique précis concernant les matières, les formes, les couleurs, sa fonction. (c’est l’occasion de rappeler ce qui a été vu lors du travail sur les extraits de nouvelles du XIXe siècle où la précision scientifique du narrateur favorise l’adhésion du lecteur)


• Quelles sont les réactions du narrateur ?


On insiste sur les sensations visuelles, auditives, tactiles voire olfactives qu’il faudra noter.


Pour des élèves ne connaissant pas du tout le fonctionnement des baladeurs, un temps est nécessaire à l’explication de l’utilisation du matériel.

Séance 2 : Pendant la visite


Les baladeurs sont distribués aux élèves à l’entrée du musée. Le professeur indique que le travail commence au moment où la classe se trouve sous la grande pyramide. Le point et l’heure de rendez-vous sont donnés dans la salle 1 (rdc) du département des antiquités égyptiennes.


La visite est autonome. Les élèves sont munis du plan mentionnant les 5 objets, d’un document rappelant le sujet de la rédaction accompagné des questions évoquées lors de la séance de préparation, et de leur baladeur mp3.


A la fin de la visite, le professeur récupère les baladeurs.

Séance 3 : De retour en classe (1 heure)


Les mp3 sont redistribués aux élèves, qui écoutent et prennent des notes écrites de leur enregistrement. Ils peuvent s’écouter plusieurs fois. Les enregistrements durent en général de 6 à 20 minutes. Ce passage de l’oral à l’écrit se fait sans difficulté. Les élèves mettent par écrit ce qui leur semble intéressant dans ce qu’ils ont enregistré.


A partir de ces notes, un brouillon prend forme : les premières idées sont posées par écrit, elles vont pouvoir être développées. 


Pour la plupart des élèves, les notes consistent en la description de l’entrée du musée, du parcours passant par le Louvre médiéval qui mène au département des antiquités égyptiennes, puis de la description de l’objet choisi et parfois d’autres objets. Certains élèves insistent sur leurs sensations (les changements de température par exemple), sur le cadre (les touristes, la pyramide de verre).


Ces notes constituent déjà pour certains élèves les bribes d’un premier jet : en effet, ils se sont mis à la place du narrateur et ont imaginé que l’objet s’animait, ou ont transposé leur description dans un cadre temporel différent de celui de la visite (la nuit, ou un jour de tempête). C’était une des pistes de travail possible évoquées dans la séance préparatoire.


La prise de notes orales a donc plus qu’une fonction de documentation, elle permet également de noter des pistes narratives.


Pendant cette séance, le professeur intervient peu, les élèves ayant un casque sur les oreilles. Il aide surtout ceux qui ont fait peu d’enregistrements, afin qu’ils complètent leurs notes avec leurs souvenirs et qu’ils notent des idées pour élaborer la trame narrative.


Le travail de rédaction peut être poursuivi en classe ou donné à faire à la maison. C’est cette dernière solution que nous avons choisie pour cette classe, la visite ayant été programmée lors d’une semaine précédant des vacances.


L’évaluation n’a pas porté sur la prise de notes, car je souhaitais que les élèves se sentent libres d’enregistrer leurs idées sans penser qu’ils seraient écoutés. Mais on pourrait imaginer que l’évaluation prenne en compte l’usage fait des notes : leur intégration, leur transformation, leur développement dans le travail final.

Commentaires


Les élèves ont été motivés par la nouveauté et l’originalité que constitue l’utilisation du baladeur dans un musée.


L’analyse des enregistrements, des brouillons successifs et des rédactions montre que la plupart des élèves avaient bien en tête l’objectif final du travail et qu’une bonne partie des notes orales ont été reprises dans les textes rédigés.


Voici plus précisément l’analyse du travail de quelques élèves :


• G. observe et décrit précisément la momie d’homme. Elle prend de nombreuses notes orales, et en fait une sélection pour sa rédaction.
 

G_momie
IMG/mp3/G_momie-2.mp3


 


Le brouillon de G.



Un extrait de la rédaction



Keziban (élève non-francophone il y a deux ans) s’est servie de l’enregistrement pour lire les cartels décrivant la momie et les rites funéraires. Le vocabulaire précis est introduit dans une description.



• Certains élèves, en plus de la description de ce qu’ils voient, notent oralement des idées qu’ils intégreront dans leur nouvelle. Par exemple, Jeanne imagine ce qui constituera un élément de doute à la fin de la nouvelle fantastique : une bandelette de momie de chat sera trouvée à terre.

J_doute
IMG/mp3/J_doute-2.mp3




• Certains élèves ne passent pas par la phase de prise de notes mais tentent de rédiger directement à l’oral, comme ils l’auraient certainement fait à l’écrit sans passer par un brouillon. On remarque qu’ils essayent d’employer le passé simple, alors que les autres élèves emploient plus volontiers le présent à l’oral. Un des objectifs du professeur, qui était d’encourager l’usage du brouillon, n’est donc pas atteint. Cependant, effectuer un enregistrement les a incités à observer et à décrire, ce qui est en général difficile pour eux. L’outil permet alors d’être déclencheur d’écriture.