9 nov. 2012

Un Petit Classique interactif avec Didapages

 par Françoise Cahen, professeur de lettres au lycée Maximilien Perret d’Alfortville

Niveau(x) : seconde, transposable à d’autres niveaux

Durée : 5 heures environ

Objectifs :

- créer le livre qui manquait dans des éditions classiques « papier », alors qu’on pouvait aller voir la pièce au théâtre. Le premier but était de pallier un manque pédagogique : l’absence en librairie d’un texte abordable.

-une petite initiation aux métiers de l’édition : réflexion autour d’un projet éditorial

-favoriser un lien avec les collégiens de la ville qui sont allés aussi voir la pièce en leur proposant de faire les exercices qu’on a créés.

-rendre les élèves actifs dans leur approche de l’œuvre, stimuler leur créativité. Créer des démarches d’analyse plus spontanées.

-montrer qu’un travail collaboratif mobilisant toute la classe pouvait déboucher sur une réalisation collective conséquente, favoriser l’esprit d’équipe.

 

Supports : - la pièce de théâtre de Marivaux Le préjugé vaincu, disponible uniquement sur internet (sur « wikisource »)

-la mise en scène qui en a été faite par Jean-Luc Revol, en tournée dans le théâtre de notre ville ;

-un lot de « petits classiques » de divers éditeurs, et de différents auteurs, pour analyser leur composition.

 

Outils TICE : word, une connexion internet, le logiciel didapages, un blog de classe

 

Démarches et activités :

  • Une heure avec la documentaliste en demi-classe : les élèves analysent ce qu’ils voient dans les petits classiques habituels en les observant et ils définissent ce qu’ils aimeraient y trouver.
  • Les élèves vont voir Le préjugé vaincu au théâtre.
  • Trois heures de travail en groupes de 2 à 3 personnes sur une scène (Le texte de toute la pièce est réparti sur la classe entière).
  • Les élèves préparent la définition des mots difficiles, des questions qui leur semblent spécialement intéressantes pour la compréhension de la scène (avec leur réponse entièrement rédigée), et une partie « jeux » (QCM, etc…) moins classique. Ceux qui savent dessiner réalisent des illustrations. Tout est enregistré sur word. On corrige et on améliore les contenus proposés.
  • Le professeur reporte les fichiers sur le logiciel Didapages, et les rend interactifs : la définition des mots difficiles se voit au survol de la souris, les corrigés apparaissent au clic, les QCM peuvent être validés et font apparaître un score, etc… Le livre peut ensuite être partagé.

Apport spécifique des TICE : les élèves sont vraiment les créateurs de l’analyse de l’œuvre, ils ne la subissent pas, ils produisent un livre original, qui a des aspects ludiques et peuvent en partager le résultat, en faire profiter d’autres élèves.

 

Le déroulement de la séquence

  • Avec la documentaliste, nous préparons un stock de « petits classiques » divers, issus de différents éditeurs, afin de les faire observer aux élèves. Nous concevons un questionnaire, que ma collègue leur fera remplir au CDI. (Voir pièce jointe n°1 : à imprimer sur un format A3) Cette séance d’observation dure une heure pour chaque groupe. De retour en classe entière, les élèves commencent à concevoir un projet éditorial pour leur propre « petit classique », projet dont on leur a précisé les objectifs, notamment celui de s’adresser aux collégiens de la ville qui iront aussi voir le spectacle. Les élèves envisagent de concevoir des questions de lecture corrigées mais aussi des jeux, dans un esprit plus ludique que les petits classiques habituels.
  • Un petit travail d’enquête préalable sur Marivaux, à la maison, est demandé, à l’aide de quelques questions sur sa vie, qui évitent le « copier-coller » des renseignements biographiques habituels. (Quelle est sa date de naissance et sa date de mort ? Quel était le métier de ses parents ? Avec qui s’est-il marié ? Pourquoi a-t-il dû écrire plus après la mort de sa femme ? Citez cinq de ses pièces. Dans quel théâtre faisait-il jouer la plupart de ses pièces ? Citez deux de ses romans. A quels journaux Marivaux a-t-il collaboré ? Que veut dire le mot « marivaudage » ?)
  • Nous allons voir la pièce de Marivaux, mise en scène par Jean-Luc Revol, après une lecture préalable en classe de la première scène photocopiée et une discussion commune autour de celle-ci : quel est le genre théâtral de cette pièce ? Que peut-on apprendre des personnages à travers cette scène ? Que peut-on deviner de l’intrigue ? Comment est construite la structure de cette scène elle-même ?
  • Les élèves rédigent des critiques du spectacle, qu’ils déposent sur le blog de l’enseignement d’exploration « littérature et société ». Voici un exemple de critique rédigé par une élève de la classe, que l’on pourra placer éventuellement à la fin de notre « petit classique » : http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=explo&e_id=52200
  • Nous réservons ensuite la salle informatique du lycée et nous répartissons toutes les scènes de la pièce par groupes de deux à trois élèves (un groupe de quatre est autorisé pour une scène importante). Les scènes courtes sont regroupées et attribuées à un seul groupe, notamment celles de la fin de la pièce.
  • Nous distribuons les consignes de travail aux groupes (voir pièce jointe n°2) Trois séances sont nécessaires pour que les groupes finalisent leur travail : on leur fait remanier les éléments insatisfaisants au fil des séances.
  • Ensuite, le professeur recueille sur le réseau du lycée les fichiers produits par les élèves et il les évalue avec un barème : 4 points pour la pertinence des explications de vocabulaire, 8 points pour les questions de lecture (2 points pour la pertinence des questions, 6 points pour la qualité des réponses, 4 points pour les jeux, 2 points pour l’orthographe et la présentation du document, 2 points pour la coopération et la discipline du groupe).
  • Il faut ensuite placer les fichiers dans le logiciel Didapages pour donner une forme interactive à ce travail collectif. Ainsi, les définitions des mots difficiles données par les élèves apparaissent au survol de la souris, les QCM sont assortis de boutons de validation et de scores, les corrigés des questions se révèlent au clic…

Le Didapages réalisé :
http://www.weblettres.net/blogs/uploads/f/fcahen/petit_classique/

Intérêt et limites du projet

  • La motivation des élèves était évidente, le travail d’analyse des textes avait un sens, ils se sont sentis plus libres dans leurs démarches d’analyse.
  • La qualité du travail obtenu m’a semblé bonne, et témoigne de cet investissement collectif. On remarquera l’intérêt du dessin de couverture, qui met en relief le cloisonnement initial des personnages, renfermés dans des cases de BD, à l’image de leur condition sociale… Les jeux, qui peuvent parfois sembler enfantins, rendent l’aspect du petit classique plus ludique, moins strictement scolaire.
  • Il aurait été plus pertinent de faire travailler directement les élèves sur didapages : mais le logiciel est assez difficile à maîtriser, surtout pour ses fonctions interactives. Il m’a fallu beaucoup de temps pour arriver à mettre tous ces fichiers dans Didapages, n’étant pas une experte au départ. Je me sentirais plus compétente maintenant pour expliquer son fonctionnement aux élèves. Ce style d’activité est chronophage, et il faut veiller à ne pas trop dépasser le temps initial prévu dans sa propre progression de travail annuelle avec la classe.
  • Le logiciel Didapages a lui-même ses limites : il existe une seule police d’écriture, peu élégante (arial) et le nombre de pages ne peut excéder 50. Il faut donc prévoir un deuxième tome pour finir notre pièce. Sa mise en ligne est compliquée.
  • L’envoi du Didapages aux collèges n’a pas pu se faire dans un délai satisfaisant, mais nous l’avons tout de même réalisé, et c’est déjà très bien…
  • Avec le recul, je pense que même si la pièce était courte, notre objectif était un peu trop ambitieux. Il faut sans doute se limiter à un travail sur quelques extraits, plutôt que sur toute une pièce. Il a fallu, mine de rien, faire le travail de toute une équipe d’éditeurs… Cela dit, c’est aussi l’ambition de ce travail qui l’a rendu passionnant, pour le professeur et pour les élèves.

"Quand les élèves se font éditeurs", l’article du Café pédagogique consacré à cette expérience :http://www.weblettres.net/blogs/upl...http://www.cafepedagogique.net/lexp...