9 jan. 2012

L’OuLiPo : atelier d’écriture en classe de 6e


par Guillaume Duez, professeur de Lettres Classiques, Collège Rol Tanguy, Champigny-sur-Marne

et Julie Canan-El Hariry, professeur de Lettres modernes, Collège A. Franck de Bussy-Saint-Georges, Seine et Marne.



 



 Expérimenté sur trois classes de 6ème, de profils assez différents, cet atelier s’accompagne d’une correspondance (sur papier) entre deux classes, d’établissements différents ou non, il se révèle néanmoins exploitable sous plusieurs formes : un atelier ponctuel (qui exclut alors les séances 4, 5 et 7 ainsi que le dispositif de correspondanceentre deux classes), un atelier suivi en marge des séquences en cours, une séquence en soi. Il a été proposé aux élèves soit comme deuxième séquence de l’année, soit comme projet de troisième trimestre.


Dans tous les cas, le cœur du projet demeure, qui est de proposer des activités d’écriture mettant directement en question la plasticité du langage. L’observation et la production de textes reposant sur des contraintes ou des variations formelles comme structurelles (nombre, forme ou type de lettres et de mots employés, en particulier) engagent en effet un regard critique (au sens propre, supposant un choix) sur la langue et les éléments qui la structurent. La valeur des lettres, en particulier, devient une réflexion impérieuse s’il s’agit d’appliquer une contrainte comme le lipogramme (qui interdit l’emploi de telle ou telle voyelle ou consonne) et par là même les compétences grammaticales et orthographiques liées à ces contraintes sont proprement mises en pratique. Le sens du –e en finale, ou sa valeur phonique ne peuvent être minorés ou approximatifs s’il s’agit d’écrire un texte dans lequel cette lettre, tantôt phonème, tantôt morphème, est interdite.


Par ailleurs, cette réflexion s’articule sur la production de textes destinés à être lus par d’autres élèves. Non seulement ce dispositif permet d’aborder la lettre dans sa réalité tant physique qu’énonciative, mais surtout, il contextualise les connaissances et compétences langagières, réinvesties ou découvertes, ajoutant un intérêt au texte produit qui n’est pas scolaire. Il ne s’agit pas d’écrire pour répondre aux attentes du professeur, mais pour se conformer à une stratégie d’écriture : respecter la contrainte source, adresser à des pairs un texte informatif, une consigne, un texte les mettant en situation de recherche.


Les objectifs et activités proposées aux élèves sont ainsi modulables en fonction de sa propre progression annuelle et adaptables à d’autres niveaux de classe, en particulier la 4ème. Le tableau ci-joint détaille un grand nombre de compétences visées de manière à percevoir les possibilités engagées et non dans une perspective prescriptive, et l’on voit que l’on peut choisir de mettre l’accent sur certains points mentionnés plutôt que d’autres. En particulier, les éléments liés à la compétence 3 du socle occupent ici une place particulière car pour deux des classes concernées, ce projet a été conduit conjointement avec le professeur de mathématiques pour les séances de recherche de contraintes dans les textes.


Enfin, l’on trouvera en annexe des exemples de production d’élèves ; productions de textes respectant des contraintes identifiées dans des textes oulipiens ou productions de texte à partir de contraintes inventées. Dans un cas, les productions finales ont été notées comme évaluations de fin de séquence ; la note s’attachait à attester de la capacité à construire un texte cohérent, conforme à la situation (c’est-à-dire au projet d’écriture en jeu et à la prise en compte d’une contrainte), de porter un regard construit sur la langue (en réussissant à orthographier et/ou construire les textes selon la contrainte choisie), enfin de choisir une contrainte valide (c’est-à-dire non thématique par exemple). Dans les deux autres cas, les productions finales étaient soit l’objet d’une dernière lettre entre les groupes soit d’une exposition en fin d’année à destination des élèves du collège. L''expression orale entrait alors en jeu, puisqu'après rédaction, les textes ont tous été soumis à la classe qui devait retrouver la contrainte de chacun en s'appuyant sur des arguments et justifications précis.




 


 

Objectifs généraux



 


Liens avec les programmes :


- oral polygéré[1], entre pairs


- activités d’écriture contextualisées


- explorer les possibilités plastiques du langage


- identifier morphèmes et graphèmes


- le texte poétique


- écrire un texte à contrainte formelle


- écrire pour soi/pour autrui


- la lettre


Compétences du socle :


- Adapter son mode de lecture à la nature du texte proposé et à l’objectif poursuivi (Comp. 1)


- Repérer les informations dans un texte à partir des éléments explicites et des éléments implicites (Comp. 1)


- Utiliser ses capacités de raisonnement, ses connaissances sur la langue, savoir faire appel à des outils appropriés pour lire (Comp. 1)


- Participer à un débat, à un échange verbal (Comp. 1)


- Rechercher, extraire et organiser l’information utile (Comp. 3)


- Réaliser, manipuler, mesurer, calculer, appliquer des consignes (Comp. 3)


- Raisonner, argumenter, pratiquer une démarche expérimentale ou technologique, démontrer (Comp. 3)


 


 

Déroulement de la séquence


 


 


Séances


Objectifs


Activités


1- Découverte de l’OuLiPo


(2/3 heures)


- Organiser le travail en groupes[2] et la correspondance.


- Découvrir le principe de l’écriture à contrainte.


- S’interroger sur la forme, la nature et la visée d’un texte.


- Adapter sa lecture à la nature du texte lu[3].


- Rédiger un texte pour autrui.


- Présentation de l’OuLiPo : réflexion sur l’acronyme, les principaux auteurs, les principes fondamentaux du groupe.


- Lecture des textes 1, 2 et 3 : recherche collective des contraintes ; explicitation du principe de l’écriture sous contraintes. (Document 1)


- Lecture du texte « Qu’est-ce que l’OuLiPO ? » (Document 1bis) : statut énonciatif du texte (narratif ? explicatif ? descriptif ?) ; recherche individuelle des informations délivrées ; recherche collective de la contrainte, interprétation des jeux sur la police et les caractères.


- Rédaction par groupe d’une lettre pour se présenter et prendre contact avec le groupe homologue. (1ère lettre)


- Répartition en groupes ; présentation de l’atelier et des modalités de la correspondance ; chaque groupe s’invente un nom sur le modèle d’OuLiPo.


2- Les terminaisons -é, -er, -ez : relire et orthographier les lettres envoyées.


(2 heures)


- Analyser les terminaisons verbales en jeu dans la correspondance et le vouvoiement.


- Se fixer des repères pour orthographier les terminaisons verbales.


- Identifier morphèmes et graphèmes


- Distinguer désinences et terminaisons des substantifs.


- Reprise des brouillons de lettres : lecture à voix haute par le professeur de certaines lettres, identification du son fréquemment utilisé correspondant à des lettres muettes (réinvestissement des séances de séquence 1 sur les lettres muettes).


- Observation : recherchez et classez les catégories de mots dont la terminaison est -é, -er ou -ez.


- Exercices de manipulation et de consolidation des procédures d’accord. (Document 2)


3- Analyse de textes oulipiens


(2/3 heures)


- Entrer dans une démarche scientifique.


- Identifier morphèmes et graphèmes


- Ecrire un texte à contrainte.


- Rédiger un texte pour autrui.


- Rechercher la contrainte-source d’un texte existant. (Documents 3, 4)


-  Ecrire un texte à partir de la contrainte découverte.


- Rédaction d’un courrier pour adresser le texte produit au groupe correspondant. (2ème lettre)


- Recherche de la contrainte-source du texte reçu.


- Rédaction d’une réponse au groupe correspondant explicitant la contrainte identifiée. (3ème lettre)


4- Les accents (2 heures)


- Distinguer le rôle phonétique et diacritique des accents.


- Lien entre nature et fonction des accents.


- Se donner des repères pour accentuer : distinguer phonèmes et morphèmes.


- Réinvestir les connaissances et compétences acquises : sens propre et sens figuré.


- Lecture et recherche de la contrainte source. Contrainte d’un nouveau type : transformation d’un texte existant. Réinvestissement : sens propre et sens figuré.


- Observation : « La vie du métallurgiste » (Documents 5et 5bis). Relever tous les mots comportant un accent et les classer selon le rôle de cet accent.


- Accents et sons, accents et information grammaticale, accents et étymologie + réflexion sur le statut du tréma.


- Exercices de mémorisation et de consolidation des repères établis.


5- Exercices d’homosyntaxismes


(2 heures)


- Entrer dans une démarche scientifique.


- Ecrire un texte à contrainte.


-Réinvestir les connaissances et compétences acquises : les classes grammaticales. 


- Savoir orthographier : discriminer les éléments grammaticaux dans les phrases produites.


- Recherche de la contrainte source à partir de deux textes (Document 6).


- Rédaction d’un troisième texte suivant la même contrainte.


- Vérification du respect de la contrainte par relectures individuelles et croisées. 


6- Ecrire en se créant des contraintes


(1 heure)


- Ecrire un texte à contrainte.


- Consolider les acquis de la séance 4.


- Rédiger un texte pour autrui.


- Identifier morphèmes et graphèmes


- A partir du travail sur les accents : inventer des contraintes formelles (lipogrammes, hétérogrammes, etc.) en rapport avec l’accentuation ou avec d’autres éléments grammaticaux étudiés.


- Rédiger un ou des textes suivant cette contrainte.


- Envoi des textes produits au groupe correspondant. (4ème lettre)


7- Analyse des textes reçus.


(1 heure)


- Entrer dans une démarche scientifique.


- Réinvestir les connaissances et compétences acquises.


- Rédiger un texte pour autrui.


- Lecture des textes reçus et recherche de la contrainte source.


- Bilan sur les accents.


- Rédaction d’une réponse explicitant la contrainte identifiée. (5ème lettre).


 


 




[1] Pour un éclairage sur cette notion : Michel Grandaty, IUFM de Toulouse « Elaboration à plusieurs d'une conduite d'explication en sciences, au cycle 2 ». Revue Repères, n°17/1998, INRP. Parmi les ouvrages de référence on peut renvoyer à : DOLZ, J., SCHNEUWLY, B., Pour un enseignement de l'oral. Initiation aux genres formels à l'école, Paris, Esf, 1998, et KERBRAT-ORECCHIONI C., Les interactions verbales, Paris, A. Colin, 1990. Voir aussi, sur Eduscol, le compte-rendu du colloque de 2002 sur la didactique de l’oral : http://eduscol.education.fr/pid25228-cid46413/sommaire.html.


[2] La constitution des groupes est laissée à l’initiative des élèves, le travail à fournir étant favorisé par la réunion par affinités. Je veille seulement à un équilibre des profils d’élèves. Dans la mesure où les groupes sont de 4 à 6 élèves, cela permet de chercher cet équilibre en maintenant si besoin certains binômes.


[3] Les passages en italiques signalent les ajouts opérés pour transposer cet atelier en séquence d’enseignement.