20 jui. 2007

Quand l’ordinateur fait de la prise de notes

Dans l’activité choisie, la prise de notes, l’objectif était de faire des notes prises par chaque élève à tour de rôle, un écrit support d’un triple apprentissage : celui qui rend capable de choisir l’information en fonction de son importance par rapport aux activités en cours, celui aussi qui permet de réaliser un écrit compréhensible pour ses destinataires et enfin celui qui, s’appuyant sur une suite de documents, rend possible des bilans sur les étapes et les évaluations de ses propres apprentissages.

Extrait de Médialog n°31-Avril 98

 

Hiérarchiser les informations à l’écran

Des séquences visant à faire repérer dans des textes l’ordre suivant lequel l’information est proposée au lecteur ont été mises en place : travail sur la progression thématique (reconnaissance du thème et du rhème – ou propos –, différents types de progression). Elles ont eu pour effet de permettre aux élèves de découvrir que tout scripteur peut choisir l’ordre dans lequel il livre ses informations et donc qu’il a un pouvoir sur son lecteur. Elles les ont aussi conduits à distinguer plus aisément les informations importantes et à faire la différence entre l’anecdotique et l’essentiel. C’est lorsque les élèves ont été amenés à penser l’organisation de leur page en fonction de ces connaissances nouvelles, qui leur permettaient d’agir consciemment sur leurs lecteurs, que l’ordinateur a joué un rôle essentiel. Grâce au traitement de texte, la matérialité a pris toute son importance : mise en page, titres, sous-titres, caractères typographiques variés, paragraphe, espaces sont devenus des éléments facilitant la lecture en guidant l’œil du lecteur et en assurant la cohérence de l’écrit. La facilité avec laquelle le traitement de texte rend possible ces opérations a conduit les élèves (tous grands amateurs des possibilités offertes par les barres d’outils !) à chercher des présentations claires, complètes et correspondant à ce que chacun souhaitait présenter à ses camarades. Si les notes prises à la fin de l’année sont plus lisibles, plus claires, plus précises que celles du mois de septembre, c’est parce que, grâce au traitement de texte, les élèves ont pu mettre leur énergie, non à recopier, mais à améliorer leurs productions dans le sens d’une fidélité plus grande à ce qu’ils souhaitaient communiquer.

L’imprimante outil de socialisation

Chaque semaine, la page réalisée individuellement a été imprimée. Cette page une fois dupliquée, la semaine commençait par un retour sur le contenu des cours de français des jours précédents. Différents objectifs étaient ainsi poursuivis : - rendre les élèves capables d’avoir sur les écrits de leurs pairs un regard tolérant et capables de les évaluer en présentant des arguments recevables, - faire de ces élèves des acteurs conscients de leurs apprentissages en leur fournissant la possibilité d’un recours à l’écrit comme support de la mémoire, - les rendre sensibles au rôle des écrits dans notre société. Ces trois objectifs ont été atteints pour l’ensemble des élèves : un début d’année scolaire avec cette même classe confirme cette évaluation. Il serait bon d’y ajouter des effets non prévus : le groupe-classe, dans son ensemble, convaincu par l’efficacité de cette pratique a émis le souhait d’utiliser de façon régulière l’ordinateur pour écrire en cours. Enfin, la plupart des élèves, lorsqu’ils ont un texte à écrire, utilisent le traitement de texte, soit au collège, soit à la maison et, avant de proposer leur écrit au professeur, ont pris l’habitude de le soumettre à l’avis de certains de leurs camarades.

Josiane GAUDIN

Collège Clément Guyard Créteil (94)

 

 

À une certaine distance de l’écran

 

L’ordinateur crée en lui-même une distance qui permet une relecture critique, que ce soit dans le tête à tête avec la machine ou dans un regard collectif vers un grand écran.

Lorsque l’élève voit apparaître son texte sur l’écran du portable, deux choses s’imposent à lui. D’abord, ses mots, ses phrases sont lisibles sans difficulté, son texte ressemble à un " vrai" texte, ensuite ce texte qui répond à des normes graphiques est bien le sien mais, situé ainsi face à lui, à une certaine distance (dont l’effet est renforcé par la neutralité des caractères d’imprimerie) il devient un écrit sur lequel intervenir lui semble possible. Les élèves savent et disent que leurs phrases doivent être correctes et que l’orthographe doit être respectée. Mais ils ont très rarement présente à l’esprit l’idée que les écrits servent à communiquer donc à dire quelque chose à quelqu’un pour produire un effet sur le ou les destinataire(s). Ils ont l’impression qu’ils ont fait ce que l’on attendait d’eux lorsqu’ils rendent une copie propre, exempte de trop grandes libertés avec la syntaxe et l’orthographe, en un mot lorsqu’ils ont " relu" leur écrit. Or c’est cette "relecture" qui pose un réel problème. Amener les élèves à intervenir sur leurs textes est difficile et nous n’obtenons bien souvent comme modifications que des changements sans véritable importance. Placés devant le texte qui s’inscrit sur l’écran, les élèves sont libérés de la trop grande familiarité avec leur propre écriture et ils ont moins de mal à lire vraiment le texte.

Josiane GAUDIN
Collège C. Guyard
Créteil (94)

 

En classe entière, régulièrement, un texte d’élève est proposé sur téléviseur et soumis à l’analyse des élèves. Après discussion et consensus, l’auteur du texte, au clavier, réécrit le texte et le soumet à nouveau à ses camarades. Ces séances préparatoires aux séances individuelles sont très dynamiques et très fructueuses grâce à la distanciation (travail sur un texte autre que le sien) et à la dédramatisation des maladresses (le premier jet est évalué mais pas noté). L’objectif premier est d’obliger les élèves à prendre conscience de la recevabilité de ce qu’ils proposent et de les obliger à justifier leurs choix. L’objectif dernier est de faire en sorte que, progressivement, ils prennent conscience notamment du statut du destinataire, souvent oublié. De ce point de vue, le traitement de texte efface les "blocages" dus à la matérialité même du texte manuscrit et à la lourdeur de la réécriture à la main. Ainsi, dans cette expérience, ce qui est le plus nouveau pour beaucoup d’élèves, ce n’est pas le traitement de texte lui-même, vite dompté, mais la prise en considération du lecteur, du destinataire de leur texte.

José CAMPOS
Collège J.-B. Vermay
Tournan-en-Brie (77)

 

Pour des élèves en grande difficulté, avoir la possibilité de lire leurs textes sur l’écran et a fortiori, de les voir reproduits sur une feuille, relève d’un rapport quasi-magique à "la chose imprimée". Dans un premier temps, "la mise à distance" de l’écran ne les incite pas à une lecture critique plus pertinente. Comment pourraient-ils mettre en place des stratégies pour supprimer leurs erreurs, voire même en tirer des effets de style inattendus ? S’il ne semble pas capable de percevoir ses propres erreurs, l’élève possède cependant la compétence lui permettant de reconnaître qu’un texte est linguistiquement correct ; il est légitime, à ce titre, qu’on le lui donne comme objet d’étude et comme modèle : ainsi sera gommé ce respect de la page imprimée.

Chantal LAVIGNE
Collège Guy Môquet
Villejuif (94)

 

Mise en page et organisation de la pensée

Une fois le texte saisi, se pose le problème de sa présentation matérielle, de sa mise en page. Cet aspect échappe en grande partie à la production manuscrite essentiellement à cause de sa difficulté de mise en oeuvre et du temps que cela nécessite... avec règles, feutres, etc. Cette mise en page ne sert pas seulement à faire "joli". Elle est l’expression du genre dans lequel on situe son écrit ; elle est la marque matérielle de l’organisation de sa pensée ; elle demande analyse et synthèse, distance face à son propre écrit. Il faut avoir compris le sens et le rôle joué par les encadrés, les titres et sous-titres, les mots en gras, en italique, les notes de bas de page, etc. pour pouvoir les utiliser. Il faut savoir ce qui se dit, du scripteur au lecteur, derrière ces codes et ces choix.

Et l’on voit bien encore les rejaillissements que cette pratique, si facile avec l’ordinateur, peut avoir sur la lecture.

 

Yannick CARRÉ