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Créations poétiques au XXe siècle

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

 

 

 

Un cédérom édité par le CRDP de l’académie de Grenoble, qui récrit l’histoire de la poésie du XXe siècle.

Pour tous ceux qui croyaient connaître la poésie du XXe siècle, le CRDP de Grenoble a réalisé cet étonnant cédérom qui revient sur un siècle de création poétique pour la plupart méconnue du grand public.

On croyait tenir de grands noms : Valéry, Apollinaire, Char, Eluard, Aragon, Breton, Ponge, Queneau... mais cette nouvelle approche de la poésie renverse la postérité, et c’est Bernard Heidsieck, Julien Blaine, le "mail art", Joël Hubaut, Philippr Bootz et bien d’autres, qui sont les nouveaux pionniers d’une poésie qui s’oriente de plus en plus vers le multimédia. Foin des genres académiques ! il y a désormais trois grandes tendances : la poésie visuelle, la poésie sonore et la poésie informatique.

Ces trois nouveaux genres sont présentés dans une première partie, intitulée "Comprendre" qui présente, dans l’ordre chronologique et avec une grande rigueur scientifique les poètes et les mouvements qui ont marqué chaque décennie. Ces poètes, les auteurs du cédérom ne sont pas allés les chercher dans l’unique sphère francophone, mais partout dans le monde où l’innovation poétique a ému : chez les poètes anglo-saxons, les norvégiens, les "concrets" brésiliens jusqu’au Japon, en passant par les pays de l’Est.

La poésie visuelle

C’est celle qui met en oeuvre "des signifiants visuels de nature variée, plastiques ou iconiques." On aura reconnu bien sûr les calligrammes, qui font ici figure de pionniers pour un genre qui s’est développé largement au-delà d’Apollinaire et Marinetti, et dans une tradition qui existe pourtant depuis l’Antiquité. Le cédérom met en perspective l’histoire - ou les histoires - des mouvements poétiques avec l’ensemble des mouvements artistiques : le concret, le Bauhaus... ou intellectuels, comme le structuralisme. Mais il rapporte surtout des pièces manquantes au puzzle : la "dépathétisation" de Jini Kollar à Prague, ou le manifeste de 1953 d’Oyvind Fahlström, dont le point commun est la "réduction concrète de la langue à ses composantes matérielles élémentaires.

Avec les années 60, l’image arrive dans le poème : photographie, image publicitaire, icône... et y aporte le caractère incontrôlable de sa polysémie. C’est le point de départ d’une "pop culture poétique" à la manière d’Andy Warhol. C’est dans les années 80 que les premières expériences informatiques voient le jour, héritières des recherches visuelles et concrètes.

La poésie sonore

Méconnue du grand public, la poésie sonore jouit pourtant d’une grande vitalité et d’une étonnante diversité. Il ne s’agit pas de la confondre avec la chanson : son histoire remonte au tout début du siècle, même si elle démarre véritablement dans les années 50. Ses productions les plus surprenantes sont celles qui exploitent, en fin de siècle, les dernières technologies du son et de la communication.

Elle recouvre la production poétique "mettant en jeu la voix et recourant à un outillage électroacoustique" (microphone, improvisations autour du magnétophone, ordinateur, voire séquenceur...). Elle intègre une dimension gestuelle qui l’apparente parfois aux "performances" qui se développent dans les années 60. Ses nouveaux supports : le disque, la bande magnétique, la cassette audio, puis la vidéo ou le cédérom. Ses pionniers : Brion Gysin, Henti Chopin, Julien Blaine, Charles Dreyfus, Christian Prigent et bien d’autres, puisqu’au total une trentaine de poètes et leurs oeuvres sonores sont présentés.

La poésie informatique

Chapitre le plus spectaculaire du cédérom, celui sur la poésie informatique, ou "électronique", propose au lecteur une introduction à l’histoire du numérique signée par Jacques Donguy. Un passage très rapide sur l’impact des avancées techniques sur l’écriture littéraire pointe l’apparition des premiers générateurs automatiques de haïkus en 1964, "à partir de listings de vocabulaire et de structures grammaticales", l’exposition fondatrice de 1985, "Les Immatériaux", à Beaubourg, avec Jean-Piere Balpe, jusqu’à la parution en 1997 de l’anthologie internationale de poésie sur cédérom, par la revue alire.

La poésie électronique se décline selon trois paradigmes : l’hypertexte, le multimédia et l’interactivité, et le cédérom distingue trois époques : celle des pionniers, de la fin des années 50 à 1981, qui exploitent la combinatoire et la permutation et posent le problème des textes générés automatiquement : qui en est l’auteur, le poète ou la machine ? La seconde préiode est celle de la mise en place des genres fondamentaux de la lecture sur écran : la littérature algorithmique, la littérature sémiotique (ou "de l’écran") et l’hypertexte. A partir de 1997, les logiciels auteurs se démocratisent et libèrent les artistes des contraintes de la programmation. Les productions se diversifient et se rapprochent des arts numériques et de leurs problématiques, largement développées dans le "salon de lecture électronique" qui reproduit et commente les oeuvres pionnières de la poésie électronique.

Prolonger la découverte de la poésie contemporaine

Créations poétiques au XXe siècle n’est pas seulement une révolution de l’histoire de la poésie : c’est aussi, et surtout, un cédérom à l’intention des enseignants et de leurs élèves, qui invite à découvrir les oeuvres et les auteurs, et à prolonger cette découverte dans la poésie contemporaine, sur le Web ou à travers des revues et manifestations diverses. Ainsi, pas moins de 50 poètes de toutes tendances et leurs oeuvres sont présentés dans le chapitre "Découvrir" : ainsi, par exemple, "l’horloge" ou le "passage" du coq à l’âne d’Alis, le "Labylogue" et les "Trajectoires" de Jean-Pierre Balpe, les "variations sur la série des U" de Philippe Bootz, "l’Orphée aphone" de Pierre Henri Burgaud, "I am that I am" de Bryon Gysin, "Y a pas d’dimanchede Pilote le hot"... ; le chapitre "Pratiquer" propose des travaux d’écriture poétique variés à partir des diverses formes à contraintes pratiquées par les artistes, du cadavre exquis au texte animé, en passant par le caviardage, la composition aléatoire, le mail art, le poème à vers "arithmogrammatiques" et bien d’autres... Et pour ceux qui auront mordu à l’hameçon de la poésie contemporaine, la partie "S’informer" apporte un complément précieux d’adresses, de manifestations, de revues et de liens sur Internet.

Faut-il parler de l’ergonomie du cédérom ? On est d’abord frappé par un graphisme très travaillé qui fait de l’interface elle-même un véritable oeuvre numérique. Et malgré cela, une navigation extrêment confortable et simple, pour retrouver ses marques dans ce cédérom "poli" qui demande toujours avant d’agir (changer ou pas la résolution de l’écran...) et que l’on peut ouvrir et quitter sans passer par des myriades de génériques. Un vrai bonheur.

 

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