Lettres
&
Langues et culture de l'Antiquité

  Accueil > Archives > Espace Numérique des Savoirs (ENS) > Le Déluge dans l’Epopée de Gilgamesh

Le Déluge dans l’Epopée de Gilgamesh

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

 

Dans une île, au-delà des eaux de la Mort, vit d’une vie éternelle Outa-Napishtim que les dieux ont sauvé du déluge. Il raconte cette aventure au héros Gilgamesh qui est parti en quête de l’immortalité.

Dans la vieille ville de Shurrupak, au bord de l’Euphrate, habitaient les dieux : Anu, le maître du ciel, le guerrier Enlil, le sage Ea... En ce temps-là, les hommes n’existaient pas. Les dieux devaient accomplir tous les travaux pénibles : dépierrer les champs, nettoyer les rigoles, creuser les canaux... et ils n’aimaient pas du tout ça !

Au bout de trois mille six cents ans, ils en eurent assez et affrontèrent Ellil, le possesseur de la tablette où est inscrit le sort des dieux. Ellil convoqua l’assemblée de grands dieux pour entendre les griefs des mécontents. Tous décidèrent de créer une race de mortels pour effectuer le travail à leur place.

Belet-ili, la déesse-mère, prit quatorze poignées d’argile. Elle plaça sept poignées à droite, sept poignées à gauche ; au milieu, elle posa une brique. Ea, à genoux sur une natte, ouvrit le nombril des figurines et, des deux groupes, sept produisirent des femmes et sept produisirent des hommes. La déesse qui crée les destins les compléta par paire et Belet-ili dessina les formes humaines. Tout se passa si bien que six cents ans plus tard la population des hommes devint trop nombreuse et surtout trop bruyante.

La terre alors était riche, les hommes se multipliaient et le monde mugissait comme un taureau sauvage si bien que la rumeur réveilla les dieux. Enlil, indisposé par un tel tumulte alla se plaindre aux grands dieux : l’humanité l’empêchait de dormir. Alors, pour se débarrasser des hommes, Ellil leur envoya trois fléaux successifs : la peste, la sécheresse et la famine. Au bout de six années, les hommes en furent réduits à dévorer leurs filles. Ils ne purent plus effectuer les travaux pour lesquels ils avaient été créés. Ellil décida alors, malgré la volonté des autres dieux, d’envoyer un Déluge afin d’anéantir ce qui restait de l’humanité.

Mais Ea, le seigneur de l’eau sous la terre, source de toutes les connaissances magiques, m’avertit en songe. Il m’ordonna de construire un bateau et me prévint que le déluge durerait sept jours. Sur ses conseils, je démolis ma maison de roseaux et construisis un bateau couvert où je rassemblai la semence de tous les êtres vivants. Les enfants apportèrent la poix pour le calfatage, les charpentiers préparèrent la quille et le bordage. Je construisis sept ponts superposés, divisés par des cloisons. On rangea les provisions dans les cales.

Chaque jour, je tuai des boeufs et des moutons, et pour les travailleurs je fis couler à flots le vin rouge, le vin blanc et le vin nouveau. Je me parfumai la tête ; c’était la fête, comme au temps de l’année nouvelle. Au septième jour la construction du bateau était terminée.

Je portai dans le bateau tout l’or et l’argent que je possédais, je fis monter toute ma famille et mes parents, toutes les bêtes domestiques et les animaux de la plaine. Je fis monter aussi tous les artisans. Shamash, le dieu-soleil, m’avait fixé le moment précis et m’avait dit : " Lorsque le soir qui tient les tempêtes fera tomber la pluie du malheur, entre dans ton bateau et ferme la porte ! "

Le jour venu, je regardai le ciel. Il était sombre et terrifiant. J’entrai alors dans le bateau et je fermai la porte. Aux premières lueurs de l’aurore, un nuage noir monta des profondeurs du ciel, au-dessus de l’horizon lointain. A l’intérieur du nuage, le dieu Adad, dieu des orages et de la pluie, tonnait et devant lui marchaient ses messagers. Le déluge mugissait comme un taureau furieux, les vents hurlaient comme les braiments d’un âne. Le soleil avait disparu, les ténèbres étaient totales. Certains dieux, eux-mêmes terrifiés, fuyaient, rampant le long des murs comme des chiens.

Les nuages s’avançaient en menaçant à travers les montagnes et les plaines. Nergal, le dieu de la peste et de la guerre, arracha les piliers du monde. Ninourta, le dieu chasseur et guerrier, fit éclater les barrages du ciel. Les dieux du monde d’en bas, les dieux Anounnaki, enflammèrent la terre tout entière. Les tonnerres du dieu Adad montèrent au plus haut des cieux et transformèrent toute la lumière en ténèbres opaques. La terre immense se brisa comme une jarre. Les tempêtes du sud se déchaînèrent un jour entier. Les flots couvrirent même le sommet des montagnes. Tous les hommes furent massacrés.
Les tempêtes du Déluge soufflèrent pendant six jours et sept nuits. Le septième jour, l’armée des vents du sud qui avait tout massacré sur son passage, s’apaisa enfin. La mer se calma. La clameur du déluge se tut.

Je regardais le ciel. Un grand silence régnait sur le monde. Je vis que les hommes étaient redevenus de l’argile. Les eaux lisses formaient un toit sur la terre invisible. J’ouvris une petite fenêtre. La lumière inonda mon visage. Je tombai à genou et me mis à pleurer. Au loin, vers l’horizon, j’aperçus une bande de terre. Le bateau accosta au pied du mont Niçir. Je restai là pendant six jours entiers.

Lorsqu’arriva le septième jour, je lâchai une colombe. Elle prit son envol et, comme elle ne trouva où se poser, elle revint au bateau. Je lâchai une hirondelle. Elle prit son envol et, comme elle ne trouva où se poser, elle revint au bateau. Puis je lâchai un corbeau. L’oiseau prit son envol. Il vit que les eaux s’étaient retirées. Il trouva de la nourriture, se posa sur la terre et ne revint plus. Alors je lâchai aux quatre vents tout ce que le bateau avait sauvé des eaux du Déluge puis j’offris un sacrifice aux dieux.

Légende babylonienne

Retour à la séquence