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Séquence 3e : le discours argumentatif (séance 1)

20 / 06 / 2007 | le GREID Lettres

par Nicole HAMEL

Séance 1 : textes et activités

 

Séance 1 : Discours explicatif argumentatif

Une civilisation de surmenage
I- L’enchaînement des idées.
1- Entourer tous les connecteurs logiques. Préciser le lien logique.
2 -Retrouver et délimiter dans ce texte : l’introduction, la conclusion, le développement. A l’intérieur du développement : comment sont regroupées les idées ? Distinguer arguments et exemples.
II- Expliquer
1 - Compte tenu du paratexte, le locuteur (l’auteur) cherche-t-il à expliquer ou à convaincre ?
2 – Y a-t-il dans ce texte des marques de la présence du locuteur ?

Petits riens et ripailles
I- Enchaînement des idées Relever le champ lexical de la nourriture en abondance ; opposition abondance / dénuement, misère) relever les connecteurs logiques et expliquer l’enchaînement des idées. A quoi correspondent les deux points après « et joyeuses ripailles » ?
II- Compte tenu du paratexte Quelle est la fonction de cette chronique ? Que pense Roger-Pol Droit du livre de l’historien ? Ce texte présente-t-il des marques de jugement du locuteur ? Etudier de ce point de vue le dernier paragraphe. Quel sentiment est exprimé ?

TEXTE 1

Une civilisation du surmenage
Notre société « de consommation », est essentiellement une « société de tentation, de travail, de stress et d’anxiété. », (Kourilsky) (l)
Sur le lieu même du travail, la vie professionnelle est rendue plus minutieuse par l’introduction accélérée de techniques de plus en plus élaborées, créant par là même une tension de compétition et une sourde crainte de ne pouvoir suivre le train. La peur de perdre la sécurité de l’emploi et de ne pouvoir la retrouver crée, surtout à partir d’un certain âge, un état permanent de tension anxieuse majeure.
En dehors du travail, l’Homme ne trouve plus la détente, car la tension se maintient, due aux distances, aux difficultés de transport, à la lenteur de la circulation, aux attentes, à la crainte du retard, au bruit...
Le loyer, ce havre de paix, n’est plus un lieu de repos : il y a la télévision, les transistors, les électrophones des enfants ; les travaux ménagers ne sont certes pas un délassement, surtout pour les femmes qui travaillent à l’extérieur. Le surmenage d’un des membres de la famille affecte l’atmosphère générale. La nuit, souvent peuplée des bruits de la ville, n’accorde plus le sommeil bienfaisant et réparateur.
Entre l’escalade quotidienne de la tension nerveuse et la modicité des possibilités de récupération, I’Homme ne peut plus tenir qu’en augmentant sans cesse sa dépense d’énergie nerveuse. La tentation est souvent forte de mobiliser ses réserves par divers moyens : alcool, tabac, café, médicaments, et d’échapper à la monotonie de l’effort quotidien par la multiplicité des distractions. Mais aucune de ces stimulations n’accroît l’efficacité des mécanismes de récupération, elle les affaiblit au contraire.
Ainsi, la société moderne place l’homme dans une situation périlleuse : d’une part, elle le contraint à vivre au maximum de la dépense nerveuse, d’autre part, elle limite ses possibilités de récupération.
(Docteur F. Frisch, L’Homme fatigué, Privat éd.)
Philippe Kourilsky : biologiste contemporain.

TEXTE 2 

Petits riens et ripailles
C’est à table que se sont construites les cultures, affinées les idées, prises les décisions politiques, célébrées les alliances, depuis qu’existe l’histoire. Otez aux Grecs leurs banquets, à Rome ses festins, à la bourgeoisie ses cuisiniers, vous n’aurez qu’une histoire squelettique à peine intelligible. Le fait est : les peuples affamés n’ont pas d’histoire. Sans doute est-ce le point qui fait défaut, dans ces célébrations(1) érudites et joyeuses des ripailles : pas un mot sur les meurt-de-faim, sur ces millions d’hommes qui crèvent à présent moins bien que des bêtes, par l’incurie de tous. On dira que ce n’est pas le sujet, qu’on parle de la table et pas de la tombe, qu’il y eut toujours des gavés et des faméliques et qu’on ne va pas en faire une histoire… On aura tort. Car il n’y a pas moyen d’oublier, aujourd’hui, cet incompréhensible contraste entre le contentement des ventres pleins et la souffrance des mal-nourris. Un milliard trois cent millions d’hommes, à la fin de ce siècle, survivent et meurent avec moins de six francs par jour. La modernité transmet instantanément des images, multiplie les robots, accroît l’espérance de vie, mais demeure incapable de nourrir un homme sur quatre !
Ainsi, nous avons élevé à la hauteur d’un art le fond de sauce. Nous avons au cours du temps apprêté, déglacé, flambé, bouilli, rôti, nappé, saisi, grillé, poêlé, frit, enfourné, papilloté... des dentées innombrables. Nous avons composé des mixtures insolites, forgé des alliages baroques et les siècles nous ont vu engloutir des troupeaux bigarrés et des vaisseaux d’épices. Nous savons célébrer les nourritures, nous savons les produire, nous ne savons pas encore les partager pour que, exigence minimale, aucun être humain ne meure de faim.
Car jamais le monde n’a été si riche, tandis que jamais tant d’humains ne furent si pauvres. Chacun le sait, et ceux qui ont à manger volontiers l’oublient. II n’existe certes aucune solution miracle qui réglerait la situation en trois mois. Mais il n’existe pas non plus de fatalité qui rendrait cet enfer éternel. La question n’est pas qu’il y eut toujours des ventres creux a l’écart des tables fastueuses, mais qu’ils soient aujourd’hui de plus en plus nombreux au moment même où la technique permettrait qu’ils ne soient qu’un mauvais souvenir des temps anciens. Un milliard trois cent millions de petits riens ignorent la fête de vivre.

Chronique de Roger-Pol DROIT (Le Monde du 27 juin 1997) (Texte donné en 1998 à l’évaluation seconde)
(1) L’auteur de l’article (le locuteur), fait allusion au livre d’un historien qui glorifie les fêtes de table.

 

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