20 jui. 2007

Étudier un thème à travers un ensemble de contes


LES LIEUX : LA FORET, LE CHATEAU ET LA FONTAINE DANS LES CONTES DE PERRAULT

A partir d’un conte de fées étudié en classe, on peut envisager d’approfondir un thème, voire plusieurs, si l’on distribue le travail par groupes. Dans Le petit Poucet, la plus grande partie de l’histoire se passe dans la forêt. Mais c’est également dans la forêt que le petit Chaperon rouge rencontre le loup. La Belle au bois dormant demeure dans un château, et c’est aussi dans un château que vit l’ogre du Chat botté, ou encore Finette, "l’adroite princesse".

Basile permet de faire une recherche dans l’ensemble des textes d’un corpus préalablement défini.

Cette recherche aboutira à un certain nombre d’extraits, que les élèves analyseront ensuite pour en déduire les caractéristiques de quelques lieux dans les contes de fées.

Le travail peut s’organiser par groupes : chaque groupe est chargé d’un thème et, dans chaque thème, on peut envisager des sous-groupes chargés d’examiner les extraits d’un même conte.

 

La recherche

Un mot-clé
Chaque groupe peut partir du mot définissant le thème proposé. Mais il pourra, si le résultat donne un corpus trop maigre, élargir la recherche en allant, par exemple, rechercher des synonymes du mot-clé grâce au Robert, également présent dans l’ENS. Ainsi par exemple, pour "Château", on trouve :

- des synonymes : fort, forteresse, palais, manoir ;

- des termes proches : donjon, muraille, tour, tourelle.

Un corpus
Il est préférable que l’enseignant définisse lui-même le corpus. En effet, Basile contient 258 contes, qui ne sont pas tous des contes de fées (certain sont des contes orientaux, d’autres des contes plus modernes, comme ceux de Musset). Dans un premier temps, on trouvera un corpus suffisant en s’en tenant à Perrault et à la contesse d’Aulnay.

Pour l’élargir, on pourra faire une nouvelle recherche dans les deux recueils de contes intitulés respectivement Les Contes de fées et Le Cabinet des fées. Attention, il faut alors choisir une édition, car Basile en propose deux pour chaque ouvrage. Ne pas oublier non plus de choisir, pour des élèves de 6e, la graphie moderne (ce choix se fait avant d’entrer dans le moteur de recherche, sur la page d’accueil de Basile).

Les extraits
Une fois la recherche lancée, Basile présente une liste d’extraits, dans laquelle le mot recherché (dans le cas d’une recherche par mot-clé) apparaît en rouge, sur la page concernée (la pagination de l’édition originale est conservée).

Pour une recherche thématique sur les lieux en 6e, on évitera aux élèves un travail fastidieux et peu utile en leur donnant comme consigne précise de ne relever que la phrase dans laquelle apparaît le mot-clé, à condition de bien prendre toute la phrase, ce qui suppose parfois de se référer à la page précédente ou à la suivante. Les élèves devront naturellement relever également le titre du conte, celui de l’ouvrage et le nom de l’auteur.

A titre d’exemple, la recherche a été faite pour "château", "fontaine" et "forêt", dans le genre " conte ", sur un corpus réduit aux contes de Perrault. A chaque fois, on a relevé la phrase dans laquelle se trouvait le mot.
Voir le résultat de la recherche.

 

L’analyse

Les élèves trient ensuite les occurrences selon les indications qu’elles donnent sur le thème choisi, puis rédigent un paragraphe pour définir les caractéristique du lieu donné dans les contes.

Voici les conclusions que l’on peut tirer de la recherche faite sur "château", "fontaine" et "forêt" :

Le château

Il se caractérise d’abord par ses différents lieux ; les chambres d’abord, souvent nombreuses : "montant de chambre en chambre", "il alla dans toutes les chambres du château les unes après les autres...", mais aussi le donjon ("il alla jusqu’à un haut donjon"), les "tours", "un petit galetas", "l’office", "les appartements" et l’extérieur : le pont-levis du château du marquis de Carabas, la cour et la basse-cour, les jardin et notamment leurs arbres et leurs "avenues" (arbres touffus du château de la Belle au bois dormant, "grandes caisses remplies d’arbres tout chargés de beaux fruits" de Finette).

Une série de personnages sont attachés au château : le roi, la reine, les princes et princesses, mais aussi les "gouvernantes, filles d’honneur, femmes de chambre, gentilshommes, officiers, maîtres-d’hôtel, cuisiniers, marmitons, galopins, gardes, suisses, pages, valets de pied" de la Belle au bois dormant, ou encore "le grand aumônier", "la damme d’honneur" et des personnages isolés, inspirant la solitude ou la peur : l’Ogre du Chat botté, la "bonne vieille" de la Belle au bois dormant, la fée de Finette.

Le corpus présente également une particularité du château, qui est son pouvoir d’attraction : le Prince de la Belle au bois dormant, malgré les inquiétantes rumeurs qui courent au sujet du château, "marche vers le château qu’il voyait au bout d’une grande avenue où il entra"  ; le roi du Chat botté "qui vit en passant le château de l’Ogre, voulut entrer dedans". Enfin, la "pauvre femme vêtue de haillons" de Finette "priait à mains jointes de la laisser entrer dans leur château". Cette dernière occurrence pourra faire la transition avec une recherche plus fine qui s’intéressera aux différences sociales, et notamment à la richesse que symbolise le château.

Enfin, le château peut aussi devenir la prison ; on le sait pour Peau d’Ane (qui n’est pas dans le corpus, parce que nous avons laissé de côté les contes en vers), mais aussi dans une certaine mesure pour La Barbe bleue, et davantage encore pour Finette.

La Forêt

La forêt n’est pas un endroit rassurant ; certes elle est le lieu vers lequel on s’enfuit ("La pauvre enfant s’enfuit, et alla se sauver dans la forêt"), mais l’on s’y perd surtout : "Le prince lui dit qu’en chassant il s’était perdu dans la forêt" (La Belle...), les frères du Petit Poucet s’y perdent à plusieurs reprises et "plus ils s’égaraient, plus ils s’enfonçaient dans la forêt", car celle-ci est épaisse : "une forêt fort épaisse, où, à dix pas de distance, on ne se voyait pas l’un l’autre". Qui plus est, on y fait des rencontres peu recommandables : "En passant dans le bois, elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger" ; c’est là encore, que le petit Poucet rencontre la maison de l’Ogre.

La Fontaine

C’est un lieu symbolique du conte ; celui de la pause qui prête à toutes sortes de rencontres ; dans les Fées, les deux soeurs y rencontrent successivement la même fée : "Un jour qu’elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de luii donner à boire". A une époque où les miroirs sont encore rares, on profite aussi de l’eau de la fontaine pour se regarder, comme Peau d’Ane : "Un jour qu’assise près d’une claire fontaine, où elle déploroit souvent sa triste condition, elle s’avisa de s’y mirer, l’effroyable peau d’âne, qui faisoit sa coiffure et son habillement, l’épouvanta."